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Voici un polar qui vaut bien un documentaire. En 2014, quand la révolution a triomphé à Kiev et chassé un président pro-russe, les séparatistes soutenus par Moscou se sont insurgés dans le Donbass et la région a plongé dans une guerre fratricide et destructrice dont le front passe tout près d'Avdiïvka. Quatre ans plus tard l'auteur, correspondant du Monde à Moscou, montre une remarquable image du Donbass déchiré par la guerre avant que ne se déclenche la nouvelle agression russe de 2022.

 

Imaginez, non loin de Donetsk, cette petite ville née d'une cokerie que dirige l'arménien Levon Andrassian, au nom du milliardaire qui possède aussi les mines de charbon et l'usine sidérurgique de Marioupol. Le conflit a séparé ces établissements industriels. Le charbon arrive cependant par camions à la cokerie, livré en même temps que de mystérieux colis. C'est ce qui tombe sous le regard du jeune Sacha Zourabov que l'on retrouve quelques jours plus tard assassiné et dévêtu. Est-ce un témoin gênant qui a été éliminé ? En fait sa mort qui choque plus que d'autres ne doit rien à ces trafics, comme le découvrira bien plus tard — trop tard même — Henrik Kavadze, le policier d'origine géorgienne. Est-ce un crime isolé ou celui d'un serial killer. Des rumeurs courent...

 

Les deuils portent une ombre permanente sur cette société martyrisée où l'on vit au milieu d'immeubles à moitié détruits, de pavillons incendiés, et d'obus non explosés. Si Anna et Henrik Kavadze ont perdu leur fille dans un banal accident de circulation, Levon Andrassian a perdu sa femme avec le tout début de l’insurrection et beaucoup d'autres ont suivi. Ces morts récentes réactivent le souvenir de celles des soldats tombés en Afghanistan dans les années 1979-1988, conflit auquel ont participé bien des jeunes ukrainiens comme Henrik Kavadze. Il a longtemps cherché à occulter les scènes dramatiques dont il fut l'acteur et le témoin, et il est devenu quelque peu désabusé face aux divers trafics et corruptions qui l'environnent.

 

Dans cette société déboussolée, la vieille Loussia Louzovitch pleure son Aliocha et fuit désormais le monde. Comme elle d'autres mères pleurent leur fils tombé là-bas et rentré dans un cercueil de zinc — ainsi que Svetlana Alexievitch l'a raconté dans un livre célèbre (ici)... Les anciens d'Afghanistan ont tous eu du mal à se réinsérer dans la société. Il en va de même pour le colonel de la police d'Avdiïka, Henrik Kavadze, qui prend en charge l'enquête sur le crime du jeune Sacha Zourabov tandis que les obus séparatistes continuent de pleuvoir un peu au hasard sur la localité. Revenu névrosé, querelleur et alcoolique, Arseni Ostapovitch ferait le coupable idéal pour Henrik pressé de toutes parts d'en trouver un. Mais est-ce bien lui l'assassin ?

 

Benoit Vitkine : Donbass. Les Arènes, 2020 et Le Livre de Poche, 2022, 312 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE, #UKRAINE
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