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« Les malheurs des enfants, je crois que ça n’intéresse jamais vraiment les gens » déplore le jeune narrateur contraint de suivre ses parents en Syrie. Rachid Benzine, tout comme Romain Gary dans La Vie devant soi cité en exergue, adopte le point de vue et le langage d’un jeune garçon confronté à la barbarie de Daesch. Sa brièveté confère à ce récit d’un voyage en enfer sa puissance d’émotion et l’immersion du lecteur dans la conscience d’un enfant amplifie l’inhumanité des partisans de l’État Islamique.

 

Autrefois Fabien vivait à Sarcelles ; élève de CE2 il aimait la poésie et adorait son maître, Monsieur Tannier. Contraint de suivre ses parents musulmans à Raqqah, Fabien devenu Farid découvre la violence, la mort de son père au djihad, celle de ses copains sous les bombes à Baghouz en 2018 puis, dans l’enclave du camp kurde d’Al-Hol, le combat quotidien pour survivre. C’est d’abord le chagrin qui meurtrit son cœur, le regret de sa vie d’avant, de ses copains, de ses grands-parents — « Ils me manquent tous ». Puis vient la découverte du mensonge en comprenant que ses parents ne sont pas venus défendre les Syriens contre Bachar El-Assad mais « combattre le monde entier » ; qu’ils ont été abusés : mais non, « on s’est trompés nous-mêmes » reconnait son père.

 

Toutefois même si à l’école des lionceaux du califat on l’entraine à mourir en martyr, Farid ne cède pas au désespoir : débrouillard, courageux, sa force intérieure vient des poèmes qu’il compose car « c’est le meilleur médicament pour soigner les malheurs de maman » et « soulager la peine des gens ». Joyeuse, évoquant la beauté et l’amour, sa poésie lui permet de fuir la réalité.

 

Pourtant, au bout de quatre ans d’exil, ses poèmes « ont perdu l’innocence de l’enfance » et disent désormais la peur, la colère et la mort... Le réel a envahi son imaginaire, Farid est devenu adulte : parvenu « au bout de l’enfance » il a « ouvert très grand les yeux » sur le monde. « Pour toujours ».

C’est un récit poignant qui mérite de trouver son public.

 

Rachid Benzine : Voyage au bout de l’enfance. Seuil, 2021, 80 pages.

Chroniqué par Kate

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE
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