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Comme l'indique le titre, ce roman couronné par le Prix Renaudot en 1983 nous entraîne dans la France des années d'avant-guerre. Il s'ouvre en plein été sur la Côte basque au début des années 30, avec la réunion d'un groupe de jeunes gens pleins d'avenir en raison de leur situation sociale privilégiée ou de leurs études. Des couples qui se forment alors, en dépit de futures relations adultères, constituent l'essentiel de l'ossature romanesque. Marié à Rose, Roland de Neuville vit par la suite une longue liaison avec Solange. Rose à son tour lui est infidèle, mais à la fin leur couple sera sauvé ! La belle Antonia se donne à Eric de Spam avant de s'éprendre de Pierre Lenhart. Inutile de dire que malgré le style brillant et l'habileté de Jean-Marie Rouart pour peindre la psychologie des amants et la vie chaotique des couples, l'intérêt du lecteur est surtout ailleurs : dans le tableau de la France bourgeoise des années trente et dans les destinées de ces personnages entre 1939 et 1944.

 

Avec ces personnages de roman, l'auteur donne un aperçu de la société bourgeoise de l'époque. Ils illustrent le monde de l'industrie, de la banque et des professions libérales ou indépendantes. Roland de Neuville qui a réuni ses amis dans sa villa de Guétary a hérité d'une entreprise industrielle qui vient d'échapper de peu à la faillite mais la crise a provoqué le suicide de son père. Il a épousé Rose moins pour le sexe et les sentiments que pour sa grande fortune : le beau-père reçoit dans un château au milieu d'un domaine voué à la chasse. Fils d'un professeur de médecine juif immigré, le journaliste Weissberg se fait appeler Wiso et même Bellerive quand il vient œuvrer à Vichy. Le père d'Antonia est conseiller d'Etat. Solange Corbin, la séduisante maîtresse de Roland, est l'épouse d'un industriel du secteur aéronautique qui vent des moteurs aux Allemands. Seul bénéficiaire de l'ascenseur social dans ce groupe d'amis, Pierre Lenhart fait carrière dans la banque et deviendra ministre. On est loin des espoirs que le Front Populaire a suscité dans la France ouvrière de 1936.

 

Contrairement à une idée reçue, quand ce milieu social se retrouve confronté à la guerre, c'est surtout pour choisir la Résistance. Roland de Neuville fonde le réseau « Espoir » et il accepte difficilement de reconnaître l'autorité du BCRA, malheureusement son réseau tombe en 1943. Tout en découvrant sa judéité et ce qu'elle implique alors, Wiso rejoint « Patrie et Liberté » puis un maquis dans les Alpes où il trouve la mort face aux miliciens. Enfin Eric de Spam se hisse parmi les dirigeants gaullistes à Alger. Mais celui qui fut leur ami, Pierre Lenhart a choisi l'autre camp. Le parcours que Jean-Marie Rouart décrit est celui d'un brillant élément qui a fréquenté les camelots du roi puis le PPF de Doriot avant de devenir l'homme de confiance du Comité des forges. C'est ainsi qu'il devient ministre à Vichy dans l'équipe de Darlan. Mais Antonia ne supporte pas « les boches » et quand le vent tourne, Laval succédant à Darlan, il tente de rejoindre la France Libre au Maroc. Les autorités gaullistes l'arrêtent, le jugent à Alger, et le condamnent à mort pour trahison et crimes de collaboration. Son exécution capitale sert de prologue au roman. Il est évident que le personnage de Pierre Lenhart est la copie conforme de Pierre Pucheu, ancien ministre de Pétain fusillé à Alger en 1944.

 

En somme, un agréable roman psychologique et léger qui se transforme progressivement en roman historique sur un solide fond de tragédie nationale.

 

 

Jean-Marie Rouart. Avant-guerre. Grasset, 1983. Livre de Poche, 380 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE
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