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Quand on cherche des romans dont l'action se situe à l'époque de la Révolution française, viennent d'abord à l'esprit Quatre-vingt-treize de Victor Hugo et Les Chouans d'Honoré de Balzac. Et à bien regarder, cette fois du côté de la littérature anglaise, il y a Un conte de deux villes de Charles Dickens dont la troisième partie se déroule à Paris sous la Terreur et qui a été publié en 1859.

 

Comme le titre l'indique, il n'y a pas d'unité de lieu : le roman se déroule alternativement à Londres et à Paris pour suivre les aventures du Dr Alexandre Manette, de sa fille Lucie, et de son gendre Charles Darnay. La manière dont Dickens conduit le récit abonde de détails mais oublie adroitement de nous donner les éléments nécessaires pour comprendre pourquoi le Dr Manette avait été embastillé, pourquoi Mr Lorry un banquier de Londres se rend chez un cabaretier du faubourg Saint-Antoine pour le ramener en Angleterre, pourquoi on assiste à Londres au procès de Charles Darnay. Ces mystères, et beaucoup d'autres, seront bien sûr éclaircis, mais le lecteur devra patienter… et se rappeler que les romans de Dickens, comme d'autres écrivains du XIXe siècle, étaient publiés en feuilleton, et donc il faut s'attendre à de nombreux rebondissements jusqu'aux dernières pages.

 

On sait Dickens motivé par la description de la misère sociale, des inégalités, des injustices. Ici, ce n'est pas dans l'Angleterre de la révolution industrielle qu'il les trouve, mais dans la France des Bourbons comme de la Révolution. Il montre la misère des campagnes exploitées par la grande noblesse avec le personnage de Monseigneur (dont le patronyme n'est divulgué que bien plus tard) et les exactions subies par les jeunes gens des campagnes comme il met en scène la misère du populaire faubourg Saint-Antoine en 1789. Cela permet de comprendre la détermination révolutionnaire des époux Defarge, les cabaretiers du faubourg Saint-Antoine, lui le chef des sans-culottes de sa section, elle la tricoteuse qui excite les femmes et les conduit aux procès révolutionnaires et à la place de la Révolution où la guillotine fait tomber les têtes.

 

Dickens aime assez la justice pour dénoncer l'iniquité des procès révolutionnaires sous la Terreur, où tout dépend de la fureur populaire. Néanmoins il ne va pas jusqu'à leur opposer totalement un modèle anglais idéal puisque dans le procès londonien de Darnay, à l'Old Bailey — la cour de justice criminelle — de faux témoins à charge sont manipulés par l'accusation. Mais les avocats de la défense veillent, l'ambitieux Stryver et son curieux adjoint Sydney Carton, tout dévoué à… Lucie Manette.

 

UN PROCES AU TRIBUNAL DE L'OLD BAILEY EN 1808

 

Car elle est tout à fait charmante cette Lucie Manette. C'est encore une jeune-fille de dix-huit ans quand Dickens l'embarque à Douvres avec le banquier Mr Lorry pour aller rejoindre son père qui l'avait crue à jamais disparue. Elle tombera amoureuse de Darnay en assistant à son procès. Quelques années plus tard, elle sera une épouse assez fidèle et courageuse pour se rendre à Paris en pleine Terreur et, accompagnée de sa fille et du Dr Manette, et tenter d'arracher son mari au Tribunal révolutionnaire et à l'invention du Dr Guillotin.

 

LA GUILLOTINE A PARIS EN 1794 : EXECUTION DE ROBESPIERRE ET DE SES COMPLICES

 

Charles Dickens. Un conte de deux villes. Traduit par Laure Terilli. Archipoche, janvier 2020, 489 pages.

(Existe en eBook gratuit - ici)

 

Tag(s) : #LITTERATURE ANGLAISE
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