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Ah ! Le retour à la terre... Voilà un beau sujet qui ne se résume pas à d'ex-Parisiens débarquant dans l'Aude ou la Haute-Provence pour reprendre un mas à demi en ruines avec un potager d'un demi-hectare pour cultiver bio et vivre en autonomie. L'expérience peut aussi concerner la Russie, et pareillement capoter.

 

Avant d'accéder à la notoriété avec La Zone d'inondation, Roman Sentchine a publié un premier roman, Les Eltychev, qui se passe aussi en Sibérie, aux abords d'une ville desservie par le Transsibérien. C'est l'histoire d'une descente aux enfers, celle d'un couple qui en 2004-2005 a voulu retourner au village. Nikolaï a été évincé de la police suite à une grave faute professionnelle au dessoûloir municipal. La sanction s'accompagne de la perte du logement de fonction. Comme il n'a pas songé à se construire une datcha, il accepte, faute de mieux, l'idée de son épouse, Valentina. Elle propose de retourner à son village natal pour s'installer dans l'isba d'une tante octogénaire. Valentina quitte donc son emploi de bibliothécaire. Bon gré mal gré, Artiom, le fils aîné, est aussi du déménagement. Denis, le cadet, attendra sa sortie de prison dans trois ans.

 

Rien n'a été préparé et les Eltychev se retrouvent à cinquante kilomètres de leur ville, comme des martiens débarquant dans la cambrousse. Roman Sentchine n'y va pas avec le dos de la cuillère. Il leur fait subir tous les ennuis possibles ! Par un cocktail de manque d'initiative, de volonté, d'argent, ainsi que de naïveté envers certains voisins roublards et culottés, les voici, de saison en saison, de plus en plus dépassés par leur situation. Leur fils Artiom, malgré ses vingt-cinq ans, est un bras cassé de premier ordre, paresseux, velléitaire. Il a seulement su faire un gosse à une fille de réputation douteuse dont la famille n'est pas un cadeau. Le lecteur comprend vite que les catastrophes vont s'accumuler au point que pas un Eltychev ne s'en sortira.

 

Ce roman très réaliste sonne à la manière d'un conte noir pour donner une idée fort négative de la vie dans un village russe perdu au bord de la taïga. Comme beaucoup d'auteurs russes, Roman Sentchine excelle à nous décrire la ronde des saisons, l'arrivée de l'hiver et de la neige, l'arrivée du printemps et des bourgeons. Dans ce village des confins, les naufragés de la ville survivent d'allocations et de maigres pensions, et beaucoup de leur potager, tandis que la forêt leur procure le bois, les baies et les champignons. Encore faut-il se retrousser les manches, ce qu'Artiom ne sait pas faire. Cet obscur village végète largement en marge de son temps. Une seule chaîne de télévision semble correctement reçue. L'auteur n'hésite pas à multiplier les séquences dramatiques : l'oisiveté, la violence, l'alcoolisme font des ravages. Le comble, dans cette histoire, est de voir Nikolaï qui dans ses fonctions était censé combattre l'alcoolisme devenir progressivement un ivrogne bagarreur et un revendeur de gnôle !

 

À la réflexion, le retour à la terre à cinquante ans passés sans projet ni formation particulière est une affaire trop risquée pour un citoyen lambda. Même dans les romans.

 

Roman Sentchine : Les Eltychev. Traduit du russe par Maud Mabillard. Éditions Noir sur Blanc, 2013, 258 pages.

 

P.S. - La désastreuse couverture de l'édition française n'a aucun rapport avec le roman…

Voici celle de l'édition russe :  

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE RUSSE
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