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Faut-il encore accorder quelque intérêt aux « postcolonial studies » ? Le chercheur qu’ont rendu célèbre les essais sur « L’Etat en Afrique » (Fayard, 1979) et « L’illusion identitaire » (Fayard, 1996) examine dans ce pamphlet le manque de solidité, voire la douteuse nécessité de cette « école »  dont la langue anglaise, plus que l'intérêt scientifique, a facilité la diffusion.

L’auteur part du constat qu’il n’y a « ni théorie postcoloniale ni même définition précise du terme ». Parfois assimilées à une offensive contre la pensée européenne si l’on considère certains auteurs indiens établis aux Etats-Unis les « postcolonial studies » ne devraient pas l’être selon d’autres chercheurs tel Achille Mbembe. Leur hétérogénéité est donc à retenir puisque le préfixe « post » indique pour les uns le temps de l’étude —depuis la fin de la colonisation européenne— et pour les autres le temps de l’objet d’étude —l’étude restreinte ou généralisée du système colonial. Même si cette seconde option domine, le projet n’en est pas rendu clair pour autant, pour plusieurs raisons que J.F. Bayart détaille et qu’on vous laissera découvrir. 

La faiblesse des « postcolonial studies » réside finalement dans leur préjugé méthodologique qui fige les uns dans la posture des colonisateurs, les autres dans celle des colonisés, statufiés pour l’éternité. Le déni de l’insertion de cet épisode colonial dans le temps long braudélien — qui seul convient à l’étude des civilisations et des empires —provoque une vision stéréotypée de l’histoire, comme si les sociétés, les conquêtes, les gestions, les dominations coloniales, étaient les pièces standardisées d’un unique puzzle.

Le « carnaval académique » qui en résulte ne doit pas cacher qu’il y a — sérieusement — encore beaucoup à apprendre et à chercher sur les empires et la notion d’empire, dont la version « coloniale » n’est qu’un avatar. Aussi, la France savante n’a pas à rougir d’un quelconque retard dans les études coloniales et post-coloniales : ses historiens et ses intellectuels ont su s’y consacrer depuis le milieu du XXe siècle sans attendre ce gadget d’importation répétitif et simpliste à la limite de la régression intellectuelle.

• Un joyeux pamphlet donc, accompagné de notes précises et d’une bibliographie savante où les ouvrages en français sont toutefois bien présents. On aurait pu craindre le contraire.

• Jean-François BAYART. Les études postcoloniales, un carnaval académique. Karthala, 2010, 126 pages.

 

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J'ai re-posté cette ancienne fiche de lecture à l'occasion de la publication par l'Express de la remarquable tribune co-signée (texte via ce lien) par Laurent Bouvet (université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines), Nathalie Heinich (CNRS), Isabelle de Mecquenem (université de Reims), Dominique Schnapper (EHESS), Pierre-André Taguieff (CNRS), Véronique Taquin (professeur de khâgne). 

 

 

Tag(s) : #HISTOIRE GENERALE
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