Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

   Invité par son ami, le photographe animalier V. Munier, à découvrir au Tibet les dernières panthères des neiges, S.Tesson accepta car, comme il l’a déclaré, c’était l’occasion de « retrouver la part animale de soi » et surtout de tenter une expérience nouvelle pour lui, l’agité permanent : celle de l’affût, cette patiente attente dans le silence et l’immobilité. Après des semaines sur les plateaux tibétains, après avoir vu la panthère des neiges, S.Tesson revient transformé. Cet essai marque peut-être un tournant dans son évolution personnelle. Car même dans sa cabane au bord du lac Baïkal il « refusait de se livrer à l’amour de la nature » et multipliait les randonnées. Il  poursuit d’autant plus son habituel dénigrement de la modernité et du progrès qu’il a trouvé, grâce à cette once, nom scientifique de la panthère, « une raison d’être ». Dans cette ode à la nature, S.Tesson,  « nouveau converti », se fait le chantre de l’écologie. Il ne nous épargne pas, hélas, les discours moralisateurs et son style y perd de sa brillance.


 

   Pendant des semaines, de camp en grotte, à plus de quatre mille mètres et par – 25°C, « la bande des quatre » — Munier, sa fiancée, le jeune Léo et l’auteur — a guetté la panthère en pratiquant l’affût. Ce dernier est « aux antipodes de son rythme de voyageur » car S.Tesson a toujours tenu « l’immobilité pour une répétition générale de la mort ».

   Pourtant contraint au silence il apprend à voir ce qu’il regarde : yacks, chèvres bleues, loups et charognards. Il découvre les vertus de la patience. « L’affût était une prière, une foi modeste », l’occasion de se ressourcer dans l’unicité originelle, avant que l’évolution des espèces n’engendre la séparation dont souffre l’auteur. Et la panthère parut : véritable « arme de destruction massive » aux « yeux brûlants et glacials », elle symbolisait « la puissance et la grâce » : « c’était le plus beau jour de ma vie, note-t-il, depuis que j’étais mort » , depuis son accident en 2014. Il eut comme une vision de l’animal en « totem des êtres disparus. Ma mère emportée, la fille en allée : chaque apparition me les avait ramenées ». S.Tesson n’était plus seul, « la panthère fut ma pauvre mère ». Le bouddhisme, qui croit à la circulation des âmes sous diverses formes lui apparut alors comme un « élixir de consolation », puisque « mourir c’est passer » sans jamais disparaître.

   En opposition à cette communion avec la nature sauvage, S.Tesson poursuit le procès de l’homme moderne, destructeur qui « défriche, bâtit et se répand ». L’Empire du Milieu a réalisé « l’emprise du  milieu » tibétain (ouaf !) et y multiplie les chantiers de construction. L’homme tue pour dominer, les bêtes sauvages pour survivre ; elles ont conservé «  la liberté et  l’autonomie : ce à quoi nous avons renoncé » ; elles incarnent « la beauté pure », comme si une étincelle de l’énergie primitive les habitait encore...

   Tel Achab et la baleine, S.Tesson et la panthère... Il a découvert que « nous ne sommes pas seuls » dans la nature, d’où sourd toute énergie. La protéger, la sauver et « se contenter du monde » sans vouloir coloniser l’univers, c’est le message de cet aventurier « nostalgique » comme il se définit lui-même., « Antidote à l’épilepsie de l’époque », « l’affût est anti-moderne » . L’auteur nous le propose comme une « ligne de conduite ».

   Savoir écouter, regarder la nature où que l’on soit,dans la solitude et le silence.

« l’air froid craquait »,

« le ciel était bleu comme une enclume »

   Sylvain Tesson va-t-il cesser de s’agiter ? ou n’est-ce qu’une posture dans l’air du temps ?


 

   Sylvain Tesson : La panthère des neiges. Gallimard, 2019, 166 pages.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :