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Il a neuf ans. Il s'appelle Iégorouchka. Sa mère l'a confié à son oncle Kouzmitchov pour l'emmener à la ville, l'inscrire au lycée et le confier à une parente qui ignorait son existence. C'est une affaire de quelques jours de voyage à travers la grande plaine russe ou ukrainienne. Le trajet à travers la steppe n'a pas de précision géographique : il s'achève sans doute vers un port qui pourrait être Rostov.

Ce qui est sûr c'est la saison puisque le voyage commence « un beau jour de juillet » comme le confirment les travaux des champs, la chaleur, les orages. Dans cette nouvelle de 1888, Tchékhov dépeint la nature en été, les moissonneurs à l'œuvre, les tornades de paille et d'herbes sèches, les chants des oiseaux. Il n'y a pas d'intrigue à proprement parler.

Tout en mettant l'accent sur de petits événements, l'écrivain nous fait partager la sensation d'ennui qui accable le garçon au fil des jours et des nuits, et parfois une montée d'inquiétude voire d'angoisse à force de contempler le ciel obscur et la crainte de mauvaises rencontres. Le premier jour, Iégorouchka partage avec l'oncle Kouzmitchov, le père Christophe et le cocher Déniska, une inconfortable calèche. La voiture ayant rejoint un convoi de nombreux charriots de laine et d'autres marchandises, Iégorouchka continue avec les charretiers et affronte la nuit et l'orage, tandis que l'oncle et le prêtre vont rejoindre le riche marchand Varlamov. Au terme de l'équipée, la laine bien vendue, le gamin quitte son oncle, l'inquiétude toujours en tête.

Les haltes permettent les récits d'aventures pas toujours véridiques, les frustes repas en plein air et la sieste sous les charrettes avant de repartir à la fraîche et de rouler une partie de la nuit. Des histoires d'aubergistes criminels donnent de l'éclat aux soirées entre voituriers : les marchands risquent leur vie surtout s'ils confessent de bonnes affaires et font état de portefeuilles bien garnis. Les grands chemins génèrent des récits de bandits tandis que des croix en bord de route rappellent des méfaits à faire frissonner Iégorouchka. Nul doute qu'il s'en façonne de beaux souvenirs. Et le lecteur aussi.

 

• Anton Tchékhov. La Steppe. Traduit par Olga Vieillard-Baron. GF-Flammarion, 1974, 157 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE RUSSE
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