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Lionel Burger, un médecin sud-africain, est condamné à la prison à vie pour avoir soutenu le mouvement nationaliste noir en tant que leader communiste et clandestin. Quand il meurt en prison, Rosa, sa fille, ne rompt pas avec les amis de son père, mais ne s'engage pas non plus dans leur lutte. Pourtant, au terme d'un récit qui porte sur à peu près quatre ans, elle se retrouvera à son tour en prison, accusée de complicité avec une militante de l'ANC. La prison est au deux bouts du roman puisqu' à l'incipit Rosa n'est encore qu'une gamine faisant la queue devant la porte de l'établissement où sa mère syndicaliste est embastillée.

 

L'intérêt principal de ce roman vient de ce qu'il se focalise sur l'abomination que fut l'apartheid. L'action se situe dans les années 1974-1977. Nelson Mandela arrêté en 1962 et plusieurs autres membres de l'ANC sont alors détenus à Robben island, au large de Cape Town — la romancière le mentionne plusieurs fois. Le procès de Lionel Burger, la lutte clandestine, les opérations policières, les militants réfugiés à Londres, les sympathisants blancs avec la cause des Noirs, tels sont les éléments bien réels sur lesquels Nadine Gordimer s'est fondée pour raconter cette période de l'Afrique du Sud. Avec la « révolution des œillets » au Portugal, étape vers l'accession à l'indépendance du Mozambique et de l'Angola, les Noirs de Soweto c'est-à-dire de Johannesburg sont davantage portés à espérer la chute du régime d'apartheid ; mais la répression n'en finit pas et des massacres sont perpétrés en 1976 et 1977, date à laquelle Rosa travaille à soigner les blessés qui affluent à l'hôpital.

 

L'autre intérêt du roman est formé par le récit de ces événements du point de vue de Rosa. Parfois à la troisième personne, l'écriture emprunte plus souvent le biais du monologue à l'adresse de divers interlocuteurs : le père décédé, des relations, un ami : « Conrad, écoute-moi – peux-tu m'entendre quand je t'évoque devant moi, en quelque lieu où tu puisses te trouver ». La deuxième partie du roman se déroule hors d'Afrique du Sud. Ayant obtenu, grâce à l'intervention d'un lointain cousin, le passeport qui lui avait été d'abord refusé, Rosa décide de s'éloigner en douce de Johannesburg, de prendre un bol d'air en Europe et d'y respirer la liberté. Près d'Antibes, Rosa vient faire la connaissance de la première épouse de son père. Avec Katya qui mène joyeuse vie en compagnie d'autres retraitées et de touristes, elle redécouvre le passé de son père à l'époque de son engagement communiste. Durant cet été Rosa connaîtra aussi un amour sans lendemain en la personne d'un intellectuel parisien qui lui fait miroiter la vie à deux. Après la Provence, le séjour en Angleterre se passe mal : elle se brouille avec Baasie dont elle partageait jadis les jeux d'enfance dans la propriété des Burger. Il est devenu un militant noir radical qui déteste les Blancs progressistes que Rosa incarne malgré tout à la suite de son père. Se détournant de ces deux hommes, elle rentre à Johannesburg.

 

Voici donc un roman pour découvrir l'Afrique du sud du temps où Nelson Mandela était en prison. Néanmoins, l'écriture de Nadine Gordimer m'a paru assez souvent embrouillée et son intention pas très claire et si l'on ajoute un grand nombre de personnages secondaires dont l'utilité n'est pas évidente, il est difficile de recommander chaudement cette lecture à moins de vouloir absolument connaître le roman engagé le plus célèbre de cette auteure, roman d'abord interdit en Afrique du sud puis publié en 1979. Les bons sentiments ne font pas forcément les meilleurs romans...

 

• Nadine Gordimer. Fille de Burger. Traduit par Guy Durand. Albin Michel, 1996, 517 pages. 

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ANGLAISE, #AFRIQUE DU SUD
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