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C'est un voyage dans l'Inde anglaise de la fin du XIXème siècle au temps de « la Veuve » — la reine Victoria —, on y voit davantage les Britanniques que les autochtones appelés ici « indigènes ». Un bon siècle s'est écoulé depuis le moment de ces histoires et le lecteur d'aujourd'hui est prié de ne pas oublier le contexte colonial et raciste auquel Kipling n'échappe pas. À quoi ces Anglais passent-ils leur temps dans les contes de Kipling ? Militaires ou administrateurs civils, l'auteur nous les montre de préférence en séjour à Simla mais on les retrouve aussi au travail dans leur « station » — ce qui reprend la recette du recueil « Sous les déodars ». Le ton de Kipling est apparemment léger et même badin et l'on pourrait souvent s'attendre à une “happy end” mais ce n'est presque jamais le cas. Il n'y a pas que les histoires d'amour qui finissent mal. C'est ça l'humaine condition.

 

Galanteries

 

Loin du bas-pays surchauffé, dans les premières pentes himalayennes, le loisir des Européens se meuble de « garden parties, parties de tennis, déjeuners à la campagne, lunchs à Annandale, concours de tir, dîners et bals, sans parler de promenades à cheval ». Comme les villes thermales d'Europe à la même époque, Simla est aussi un lieu du marivaudage. Mais tout ne va pas pour le mieux !

L'ingénieur Moriarty est pris de boisson car « un homme qui a passé plus d'un an seul dans la jungle n'a plus jusqu'à la fin de ses jours l'esprit tout à fait clair » aussi tombe-t-il à genoux devant mistress Reiver qui n'en vaut pas la peine. (Dans l'erreur).

Une femme, la quarantaine, attire les hommes « comme Ninon de Lenclos » et le jeune Gayerson voit en elle l'Aphrodite de ses rêves jusqu'au moment où il s'aperçoit qu'elle fut la maîtresse de son père (Venus Anno Domini).

Pack, que la nature n'a pas gâté vole un talisman pour séduire miss Hollis, mais le charme est bientôt rompu et la belle reconnaît qu' « elle avait commis (…) une méprise dans le placement de ses affections » (Le bisara de Pooree).

Hannasyde qui a rompu avec Alice avant de venir en Inde rencontre une femme mariée à son im. Il flirte avec elle. Celle-ci n'est pas dupe : « Alors je joue le rôle du mannequin que vous habillez des haillons de votre amour en lambeaux, n'est-ce pas ? » (Sur la foi d'une ressemblance).

Un invité se conduit fort mal avec les dames au « bal afghan » de Simla, son hôte organise la punition du trublion et en veut tant à celui qui l'avait recommandé au point de souhaiter le voir « blackboulé de son club » (L'ami d'un ami).

D'autres écrivent, comme Wressley qui croit qu'un livre d'histoire érudite sur l'Inde des rajahs séduirait la jeune miss Venner (Wressley des Affaires étrangères).

Quant à Mac Intosh Jellaludin c'est un ancien d'Oxford que l'alcool a fait sombrer jusqu'à vivre dans un séraï avec une femme du pays, mais au terme de ses jours il cite encore Dante et Ovide et donne au voyageur le livre qu'il a écrit. (À classer pour s'y reporter).

 

Armée des Indes

 

Les militaires évoquent la vie de régiment, les exploits guerriers ou le mal du pays. Déshabillés pour traverser le fleuve, Mulvaney et ses hommes s'emparent sans plus tarder d'un village tenu par les rebelles dacoits : « Ils étaient aussi nus que Vénus » (La Prise de Lungtungpen).

Le brave soldat Mac Kenna a baptisé ses enfants du nom des garnisons où il était affecté (La Fille du régiment).

Le cheval-tambour du régiment des Hussards blancs n'étant plus du goût du colonel, le lieutenant Yale fait croire à l'exécution de la bête mais sème la panique en le faisant revenir monté par un squelette, scène qui inspire la couverture de l'édition de 1915. (La déroute des hussards blancs).

Le mal du pays explique une courte envie de déserter (L'accès de folie du soldat Ortheris).

 

Administration coloniale

 

Les civils expédiés dans les administrations de la colonie se font souvent des illusions sur leur sort quand ce n'est pas le climat qui leur tourne la tête. Dicky Hatt a laissé sa jeune femme en Angleterre et croit pouvoir épargner suffisamment ; il laissait voir « des instincts d'Écossais marchand de chandelles » mais ses exigences étaient aussi longues qu' « une facture de Parsi » (Dans l'orgueil de sa jeunesse).

Directeur d'une agence bancaire, Reggie Burke est pris de pitié pour un employé incompétent et malade et lui « lit la Bible et d'ennuyeux tracts méthodistes » ce qui n'empêche pas le phtisique de mourir. (Une escroquerie financière).

C'est le moment de rappeler la fréquence et la gravité des épidémies dans cette Inde coloniale. L'épouse du chirurgien Dumoise est morte de la typhoïde ; envoyé du Punjub au Bengale il tombe dans l'épidémie de choléra. Son domestique, qui avait eu une vision, l'avait pourtant dissuadé d'y aller (De vive voix).

Deux Anglais travaillant dans l'administration se disputent après la vente d'un cheval ; pour se venger l'un d'eux impose à l'autre qui lui est hiérarchiquement inférieur de fastidieuses enquêtes sur les possibilités d'élevage du cochon en Inde (Le cochon).

 

Du côté des “indigènes”

 

Les relations avec les gens du pays reposent évidemment sur le malaise de la situation coloniale. « Vous autres, Anglais, vous êtes tous des menteurs ! » déclare Lisbeth au jeune Anglais blessé qu'elle a recueilli et qui promet de revenir. (Lisbeth).

Fréquenter une jeune veuve du pays peut s'avérer dramatique pour elle. « Il faut quoi qu'il arrive, rester dans sa caste, sa race, son milieu ». D'ailleurs le droit des femmes ne se porte pas nécessairement mieux dans l'Inde et le Pakistan d'aujourd'hui. (Hors du cercle).

La morgue britannique à l'égard des “indigènes” éclate au grand jour jusque dans les prétoires. « Aucun jury, nous le savions, ne condamnerait un homme sur des accusations criminelles portées par des indigènes, dans un pays où l'on peut acheter des témoins pour étayer une accusations d'assassinat, — et acquérir un cadavre par-dessus le marché,— pour cinquante-quatre roupies » (Le cas du divorce Bronkhorst).

L'administration coloniale planche sur les règlements fonciers « ryotwari » pour l'Inde du Nord. Tods, un garçon de six ans rapportant au conseiller juridique les propos d'un bazari fait judicieusement modifier la loi. « Jusqu'à son départ pour l'Angleterre, Tods fut de quelques degrés au-dessus du vice-roi dans la considération populaire. » On apprécie la litote ! (L'amendement Tods).

 

 

• Rudyard Kipling. Nouveaux contes des collines. Nelson, Edimbourg. 1932, 286 pages.

Ce choix de vingt-deux nouvelles publié par les éditions Nelson de 1932 sous le titre de « Nouveaux contes des Collines » recoupe en partie les vingt textes des « Simples contes des collines » éditées par Calmann-Lévy en 1915.

 

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Tag(s) : #LITTERATURE ANGLAISE
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