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Si « Les chrétiens d'Orient sont en danger » comme l'affirme l'exposition en raison des multiples conflits qui ont affecté et qui affectent encore la région, ils le sont aussi, vus d'Europe ou d'ailleurs, en raison de la méconnaissance du public. Aussi est-ce une présentation ordonnée du sujet qui s'offre aux visiteurs de l'Institut du Monde Arabe jusqu'au 14 janvier 2018. L'Orient délimité pour cette exposition s'étend aux territoires actuels du Liban, de la Syrie, de l'Irak, de la Jordanie, d'Israël et de la Palestine, et enfin de l'Egypte. Chacune des périodes successives porte témoignage de richesses artistiques porteuses d'un même héritage qui est de plus en plus menacé.

Les œuvres exposées présentent une remarquable diversité par leurs sujets et par la matière de leurs supports. On s'intéressera plus particulièrement ensuite au domaine pictural et donc aux icônes.

Icône du concile de Nicée (Tempera sur bois, Alep, c.1637). En 325, l'empereur Constantin, après avoir fait du christianisme la religion officielle de l'empire, convoqua à Nicée un premier concile œcuménique : pourtant du IV° au VI° siècle, les Eglises continuèrent de se diviser selon des arguments théologiques auxquels s'ajoutèrent les divisions par les langues de la liturgie.

 

 

Des Œuvres d'une large diversité

 

Issues de monastères ou d'églises, les œuvres présentées proviennent aussi de collections privées (de Georges Abou Adal à Beyrouth, de Georges Antaki à Londres, et d'Antonis Benakis à Athènes) et de nombreux musées.

 

DES MOSAIQUES

• Mosaïque représentant une basilique. Paris, Louvre. V° siècle.

Représentation d'une donatrice dénommée Maria. Cathédrale de Jérash, Jordanie, VII°siècle.

 

DES FRESQUES

Fresque de la Vierge et l'Enfant. Beyrouth, XIII°s. Musée national de Beyrouth. Il existe une trentaine de chapelles rurales du comté de Tripoli comportant des fresques de cette sorte, exécutées par des artistes locaux, mais s'inscrivant dans le répertoire de l'art byzantin, en partie restaurées depuis 2004.

 

DES IVOIRES

 

• Plaque avec le prophète Joel (Chaire de Grado). VII°siècle.

Plaque avec saint Ménas. Chaire de Grado. VII°s. Milan, Raccolte d'Arte Applicata del Castello Sforzesco.

 

DES MANUSCRITS 

 

Livre des Homélies. Vierge allaitante (Virgo Lactans) Fayoum, Egypte, 989-990. Londres, British Museum.

 

Evangile syriaque. Folio représentant Jean le Baptiste. Irak, XV° siècle. Londres, British Library. 

 

Illustration d'un manuscrit de Memre (homélies métriques de sept syllabes) offert au monastère de Mar-Hananya. Mardin, Turquie actuelle, XIII°s.

 

Guide des Pèlerins en Terre Sainte (Proskynetarion). XVII°s. Athènes, Byzantine and Christian Museum.

 

Lettre de Soliman le Magnifique à François Ier relative à la protection accordée aux chrétiens dans l'Empire ottoman. Archives nationales, Paris. Dix capitulations s'étalèrent de 1536 à 1869 reconnaissant à la France la protection de chrétiens d'Orient. Deux furent conclues avec l'Autriche (1699 et 1718) et une avec la Russie en 1774. La Première Guerre mondiale mit fin à la tradition de protection des chrétiens d'Orient par les puissances européennes. 

 

Firman ottoman qui confirme l'installation des frères au couvent de Saint Sauveur 1561. Encre et or sur papier en rouleau. Jérusalem, Terra Sancta Museum, Custodie de Terre Sainte.

=> Pour aller plus loin : sur le site de la BNF.

 

DES OBJETS EN METAL

 

Ce chandelier fabriqué par Dâwûd ibn Salâma al-Mawsilî en 1248-49, sur lequel on peut reconnaître des scènes bibliques comme ici la Cène, illustre une hybridation entre art chrétien et art islamique. (Paris, Musée des Arts décoratifs).

 

DES IMPRIMES

Un recueil de prières en arabe a été édité en Italie dès 1514. En 1590 l'Evangelium arabicum fut le premier Evangile imprimé en arabe, pour le clergé d'Orient. En 1702, l'évêque melkite d'Alep fit imprimer un livre liturgique en arabe à Bucarest sur une presse transférée ensuite à Alep, puis au monastère de Choueir au Mont-Liban. Des chrétiens se mirent à produire des ouvrages scientifiques en arabe à Damiette tout à la fin du XVIII° siècle.

 

Premier alphabet syriaque de grosses lettres.

Alphabet général arabe des Maronites.

 

DES TISSUS

 

• Saint Théodore. Détail central du Rideau de l'autel principal de la chapelle de saint Thoros à Madras, Inde (1799). Jérusalem, collection du patriarcat arménien.

 

L'art des icônes dominé par la Syrie et le Liban

 

Par rapport aux icônes byzantines et russes, la principale originalité des icônes de cet Orient réside, outre le représentation de certains saints locaux comme saint Elian de Homs, dans l'existence d'inscriptions en langue arabe, au côté parfois du syriaque, ou du grec, voire du latin. L'arabe est ici un « marqueur identitaire ».

Icône bilatérale avec saint Paul. Egypte VI-VII° siècle. Athènes, Benaki Museum. Désormais, l'art des icônes ne va jamais cesser. 

 

Icône bilatérale de saint Georges de Cappadoce. XIII°s. Athènes, Byzantine and Christian Museum.

 

• Icône de la Dormition de saint Ephrem le Syrien. Crète 1457. Athènes, Byzantine and Christian Museum.

Icône du Pèlerin. Jérusalem, XVIII-XIX°s. Bois et peinture sur toile. Marseille, Mucem. 

Icône du combat de saint Georges. Attribué à Ishaq Niqula al-Hursalimi, après 1850. Liban, collection Abou Adal.

 

DES ICONES DE L'ECOLE D'ALEP

De nombreuses icônes sont attribuées au peintre Youssef al-Musawwir actif entre 1641 et 1658. Il est le fondateur de l'Ecole d'Alep qui allait donner à l'art de l'icône un véritable renouveau et plusieurs générations d'artistes jusqu'à la fin du XVIII° siècle. Youssef transmit son savoir à son fils Ne'hme, qui à son tour le légua à son fils Hanania.

Icône des saints Siméon stylite, l'Ancien et le Jeune. Attribuée à Youssef al-Musawwir - Alep, avant 1666. Le premier des stylites, Siméon l'Ancien (v. 390 - 459) s'était établi à Qal'at Seman près d'Alep. Un vaste sanctuaire y fut construit sur ordre de l'empereur Léon et devint un grand centre de pèlerinage.

 

Icône de l'Hymne acathiste. Youssef al-Masiwwir. Alep 1650-67. Londres, collection Georges Antaki.

 

Icône de saint Elian de Homs. (av. 1666).

Icône de la descente aux limbes. Ecole d'Alep, 1645. L'icône représente la Résurrection du Christ sous sa forme orientale de la descente aux limbes. Le Christ, inscrit dans une mandorle, tire Adam et Eve du tombeau dont les portes volent en éclat. Se tiennent Jean-Baptiste et les prophètes Zacharie et Moïse, à gauche, les rois d'Israël avec au-dessus d'eux Daniel et Isaïe. Une dédicace en arabe indique : « cette icône a été constituée waqf à l'église de la Sainte-Vierge (…) par l'humble serviteur de Dieu Youssef al-Musawwir durant l'épiscopat du “catholique” Kyr Malaticos al-Halabi en l'an 7153 depuis Adam [1645].
 

Icône de la Vierge Hodigitria entourée de douze portraits de saints, dont quatre cavaliers. L'auteur de cette icône melkite d'influence grecque est le peintre Youssef al-Musawwir, vers 1650. Tempera sur bois. Liban, collection Abou Adal.

 

ENFIN : UNE ICÔNE D'AUJOURD'HUI

 

Paul Guiragossian. Madone à l'Enfant. c. 1960. Sharjah, Barjeel Art Foundation.

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• Le catalogue de l'exposition Chrétiens d'Orient. 2000 ans d'Histoire est édité chez Gallimard. 207 pages. 29 €. 

 

 

 

Tag(s) : #MONDE ARABE, #ARTS PLASTIQUES, #HISTOIRE GENERALE
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