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Dans une première série de romans dits policiers Jerome Charyn fait d'Isaac Sidel un flic attaché au Lower East Side et à des quartiers peuplés de juifs et d'irlandais de milieu populaire. Une seconde série menant à “Citizen Sidel” démarre avec “Les Filles de Maria”. Cet épisode mène Isaac Sidel à fréquenter la mairie, l'église, les milieux d'affaires, la mafia, sans oublier le FBI, et à roder du côté de Central Park – surnommé la forêt de Sherwood.

L'Eglise c'est le cardinal Jim au parler peu châtié. La famille c'est celle de Jerry DiAngelis et son beau-père le melamed Izzy Wasser. La mafia c'est Sal Rubino et ses cimenteries, don Salvatore survivant infirme à une tuerie qui s'est déroulée à la Nouvelle-Orléans. Le big business c'est Papa Cassidy et ses usuriers. Le FBI c'est LeComte, son indic Tarin frère de Jerry, et son agent Anastasia, alias Margaret Tolstoï, la princesse roumaine sans papiers, formée par le KGB, partagée entre le lit de Rubino et les souvenirs d'Isaac toujours amoureux de la « sorcière » qui « cassait du mafioso dans l'Amérique toute entière ». Incidemment, on notera que l'histoire se passe en 1984 et que le pistolet à la mode est le “Glock” avec sa carcasse en polymères. L'action court de la luxueuse résidence des Cassidy à un hôtel douteux avec vue sur le parc, d'un commissariat de quartier à un terrain de base-ball en forme de diamant et à une obscure boîte de nuit où opère l'éblouissante Delia St.John : « Elle avait des jambes liquides... Qui diable avait bien pu lui apprendre à flotter comme çà ? »

Un flic nommé Caroll Brent joue un rôle de premier plan dans l'enquête concernant les malversations de Carlos Maria Montalban, fournisseur des établissements scolaires de la métropole... En dépit de son manteau de fourrure et de ses chaussures à talon, Maria aime les filles. Pour en savoir plus sur ses activités illégales, Sidel pousse dans ses bras Diana Cassidy, la riche et séduisante épouse de Brent. Et quand Isaac est flingué lors d'un rendez-vous sous le pont de Brooklyn avec son agent préféré — on n'en est qu'à la page 78 – il est facile de supposer qui est le premier suspect : un mari jaloux qui se venge. Or la réalité est plus compliquée, c'est le moins qu'on puisse dire...

« La bestiole ne s'y trouvait plus » ! Les graves blessures dont souffre le commissaire ont fait périr le ver solitaire qu'il portait en lui depuis le temps de la guerre avec les Guzmann, et qui incarnait son remord, sa responsabilité dans la mort de Z'yeux Bleus, l'amant de sa fille Marilyn. « Ce ver était un moraliste, ce ver avait encouragé Isaac à s'aventurer dans les abîmes de l'inconnu, ce ver était comme Shakespeare, susurrant ses mélodies où que se rendît Isaac.» L'identité du tireur restant longtemps inconnue, le lecteur trouve dans ce mystère un moteur qui le fait avancer, quoique l'embrouillamini grandissant de l'intrigue, plombé de pesants bavardages répétitifs, puisse avoir raison de sa persévérance. Même si tout un lot de flinguages, de tabassages et d'enlèvements lui suggèrent qu'il lit un vrai polar.

Rebecca Karp quittant bientôt la mairie de New York, on commence à entrevoir la possibilité pour Isaac Sidel de se présenter aux élections et devenir le maire de Big Apple. Un maire démocrate bien sûr !

 

Jerome Charyn – Les Filles de Maria. Traduit par Marc Chénetier. Denoël, 1994, 365 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS
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