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Ce livre qui a reçu le prix Médicis 2012 porte, peut-être abusivement, l'appellation de “roman”. Il est en effet curieux de qualifier de roman un ensemble de textes, disparates, sans fil narratif. Il ne s'agit pas non plus d'un essai mais d'une fantaisie constituée de fragments sans lien visible les uns avec les autres. Simplement, malgré le titre accrocheur, on ne retrouvera aucune féerie dans le contenu du “roman”.

Ouvrons le livre : une table des matières annonce une joyeuse liste de titres de chapitres ; ils disent bien le biscornu et l'incongru susceptibles d'appâter un lecteur hurluberlu : « Comment planter sa fourchette ? », « Comment habiter le paramilitaire ? », «  Le tourisme est-il un danger pour nos filles faciles ? », « Friedrich Nietzsche est-il halal ? », etc. Le joyeux drille qui s'aventure salive déjà ; sa joie de lire repart à fond, page suivante, à l'introduction du premier texte, en énumérant les acteurs comme au théâtre :  « Roxane, Cheval, Mirem et Malcolm, Claude Lévi-Strauss, Umberto Eco, les quatre fillettes de Tokyo, le futur mangaka, population japonaise ». Dispositif semblable pour aborder les textes suivants.

Ensuite ? Eh bien c'est un pot pourri de divers aspects de la société d'aujourd'hui, présentés avec un regard décalé qui pourra enthousiasmer certains lecteurs et en exaspérer d'autres.

Au hasard : des écoliers qui lisent le “Financial Times”, un portrait d'otaku nippon, une équipe municipale au restaurant chinois, Tolstoï encore inconnu visitant une école, le pingouin rêvé par l'inventeur de Linux, un gourou du storytelling, une présentation powerpoint qui foire, Béatrice Dalle usant d'une fourchette dans “37°2 le matin”, une maison écologique habitée par une femme qui est tombée par la fenêtre et fait la promotion des toilettes sèches, la crise des prêts immobiliers qui fait que « le bonheur est has been », et enfin des traders qui par instant perçoivent la vie réelle.

Ce kaléidoscope de pastiches ou de collages de discours rappelle à plusieurs moments les créations de Jean-Charles Masséra dans “A cauchemar is born” ou “United Emmerdements of New Order”, mais en moins réussi ! Exemple : « La transformation de la ville européenne aura lieu en douceur, avec la réhabilitation en douceur des friches industrielles. Au fur et à mesure que le monde économique, financier et paramilitaire se découvre de nouveaux objectifs, qu'il dématérialise ses activités ou les délocalise vers d'autres pays, il abandonne les bâtiments qui ne correspondent plus à ses nouvelles ambitions. Aussi nous, les habitants, suivons le mouvement ; nous suivons avec un léger délai, découvrant comme une aubaine ces vastes bâtiments vides, ces casernes désaffectées, ces ateliers de peinture pour voitures, petites usines, hangars de matériaux. Nous les habitants, nous nous promenons, furetons dans la ville… »

Les plus romantiques trouveront des considérations sur les baisers de cinéma et verront Marion Cotillard se faire maquiller pour jouer Édith Piaf.

Peut-être fallait-il éclater de rire ? Personnellement je n'ai pas ri du tout. J'ai été intrigué, parfois un peu amusé, et plus souvent ennuyé. Voilà, ça reste une curiosité.

Emmanuelle PireyreFéerie générale. Collection « Points », Éd. de l'Olivier, 2012, 220 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE
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