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S'il faut en croire l'auteure, les petites filles sont particulièrement douées pour s'inventer une autre réalité, plus romantique, loin de la banalité quotidienne qui n'a rien de très palpitant et que l'on peut avoir envie de fuir. Y compris en sautant par la fenêtre en tenue de « déguisement vampire » —« cape de soie noire doublée fuchsia »— pour s'envoler plus facilement. Tout particulièrement si la fillette s'appelle Rose, comme sa mère. 

Une ville nettement méridionale : pas de chauffage en hiver. Rose et ses parents habitent au nième étage d'un immeuble donnant sur la rue Saint-Charles. En terrasse, Rose élève des lapins, des vrais qu'il faut nourrir. Elle en prend bien soin quand elle revient de l'Institut. Madame Isis est une voisine du dessous, « frapadingue ou mytho ou fabuliste…». Gourmande surtout. Chez cette veuve Rose passe des heures à manger des sucreries quand sa mère n'est pas rentrée de la confiserie qui l'emploie ou du cours de danse, à moins que ce ne soit d'un cabaret. Rose se demande souvent pourquoi et depuis quand sa mère porte une perruque blonde et se perd souvent dans la lecture de la presse, petites annonces, faits divers, etc. Elle aussi s'interroge sur le travail de son père qu'on appelle Monsieur Loyal. De quel drôle de cirque dirige-t-il le spectacle ? Rose ne cesse de demander à Madame Isis ce qu'il en est vraiment et pourquoi on ne l'emmène pas au cirque. N'est-ce pas un spectacle pour les enfants ?

Quand la mère de Rose disparaît et que Monsieur Loyal ne prévient pas la police, l'imagination de Rose va se démultiplier. En fait la fillette est plus âgée que sa taille ne le laisse croire... Elle va imaginer le passé de sa mère, le réinventer, y mettre du piment. Encore lycéenne, elle aurait été séduite par un certain Markus, aux allures de marginal : bientôt Rose s'imagine un autre géniteur que Monsieur Loyal ! Comme Monsieur Loyal on se demande « Qui est donc Markus ?». 

Ce roman sur l'affabulation est fort plaisant à lire, bien que la couverture —de l'édition originale reprise dans l'édition de poche— puisse donner une idée  erronée du sujet (on est loin d'Alice et du lapin blanc). Publié en 2005, ce quatrième ouvrage signé Véronique Ovaldé laissait présager d'une œuvre appétissante : ce qu'il advint, comme le montreront les succès de "Et mon cœur transparent" puis de "Ce que je sais de Vera Candida". 

Véronique Ovaldé. Déloger l'animal. Actes Sud, 2005, 166 pages. 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE