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Un premier trajet en 1980 en Inde du Nord et au Népal, suivi de deux autres à travers Ladakh et Zanskar, inspire la rédaction en 2006 de ce bref livre au ton souvent allégé d'auto-dérision face aux rappels de leur commune impréparation. « Nous sommes de vulgaires trekkeurs » tente de faire croire l'auteur en se souvenant de lui-même et de ses compagnons de route.

Pourquoi l'auteur est-il allé là-bas plutôt qu'à l'île de Ré ? Il ne le savait pas très bien lui-même. Il y avait encore, à l'époque, la quasi-actualité des routards de Katmandou, un parfum de Tiers-Monde, et l'attrait des confins exotiques, si l'on peut dire pour ce « confin du centre » des terres  eurasiatiques. Autre explication : « On est allé écouter le dalaï-lama et on le trouve sympathique ». Voilà qui devrait attirer des millions de gens à Lhassa ! Ou à Dharamsala...

« En réalité, il ne s'agissait pas tout à fait du Tibet, mais du Zanskar ». On l'apprend dès l'incipit. Peu importe, aujourd'hui toutes les agences vous proposent ça : «  Vingt cinq ans après le Zanskar est devenu banal ». Enfin, c'est lui qui le dit. Et qui rapporte ses deux premiers voyages entre le début et la fin du dernier. D'abord il y a eu le choc de l'Inde : chaleur de fournaise, puanteur, mendiants et matinale défécation de masse le long des voies ferrées... Sur les routes de l'impossible, voilà bientôt nos ingénus, autrement dit les « vulgaires trekkeurs », juchés sur des camions Tata crachotant des nuages noirs qui polluent la neige aveuglante des cols qu'ils devront finir à pied, torturés par un doute dramatique : est-ce la bonne piste ?

La 3e partie évoque davantage les naturels de la montagne, soulignant leur gentillesse, leur hospitalité, leur pauvreté, leur crasse — mais nos voyageurs constatent qu'eux-mêmes ne sont guère plus reluisants, noircis aux ultra-violets et amaigris de trop d'efforts malgré le beurre de yack. Que le lecteur se rassure : ils visitent aussi de jolis monastères perchés sur la montagne et rencontrent des gamins et des adultes en robes rouges, mais inutile de prendre ce livre pour un guide spirituel du Tibet. Juste un bon moment de lecture sans peine et le sourire aux lèvres.

Pierre JOURDE – Le Tibet sans peine. Gallimard, 2008, 118 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE