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Ancien diplomate, directeur de France Culture, O.Poivre d'Arvor (OPA) a trouvé un sens à sa vie en devenant le père d'Amaal, une fillette togolaise. Quand le vol Lomé-Paris les ramène, le 18 Juin 2011, jour de la fête des pères!, le journaliste est devenu un autre homme. Ce cinquantenaire célibataire et stérile livre ici son « autobiographie séminale »: l'humour et l'auto-dérision accompagnent l'expression d'une émotion très sincère : OPA brise le tabou de la stérilité masculine et redonne confiance aux hommes frappés comme lui de cette « maladie muette et honteuse ». Il plaide pour l'adoption, « aventure riche d'émotions qui valent bien par leur intensité l'expérience de la reproduction biologique » même si elle requiert « beaucoup de temps, d'énergie et si l'enfant est à l'étranger, d'importantes ressources financières ».

Réputé aimer les femmes, réfractaire à toute vie en couple, OPA éprouve à l'approche de la cinquantaine, la nécessité de faire un enfant pour « se prolonger » et repousser l'âge qui vient… Mais, après deux spermogrammes, le verdict est sans appel : stérilité totale. Son ego « anéanti », l'auteur vit comme une injustice cette « malédiction biologique ». Son puissant désir de paternité induit des réactions cocasses : après avoir vérifié auprès de ses nombreuses maîtresses que sa « frénétique activité érectile » n'a produit aucun enfant naturel, il envisage même, non sans cynisme ni bouffonnerie, de faire faire l'enfant par son frère Patrick… C'est son ami P. Grandet qui lui offre la chance de sa vie. Lors d'une enquête sur le vaudou au Togo en 2009, OPA rencontre Amaal –« espoir »– jolie peule de sept ans, sans frère ni soeur, abandonnée par son géniteur et dont la mère est décédée du sida. De suite tous deux se reconnaissent : « à cet instant précis il se passe en moi (…) quelque chose de très violent, de bouleversant. J'ai reconnu Amaal. Je sais qu'elle est ma fille ». Comme si « quelque chose de sacré, de supérieur » les avait poussés l'un vers l'autre : elle a besoin d'un père, il a besoin de le devenir et chacun sauve l'autre. On note l'originalité de cette émouvante situation car d'ordinaire les adoptants ne connaissent pas à l'avance l'enfant qui leur sera confié. Le diplomate en est d'autant plus ébranlé qu'il va enfin pouvoir « s'acquitter auprès de [sa] mère de cette dette dont [il] a été un demi-siècle l'obligé : la vie », cette mère atteinte d'un cancer du sang qui décède deux semaines après avoir connu sa petite fille…

Mais la filiation adoptive ne va pas de soi dans nos sociétés, de surcroît s'il s'agit d'adopter une enfant noire et que l'on est un vieux célibataire soupçonné de moeurs douteuses ou de trafic d'enfants! OPA a dû affronter mille complications administratives. S'il a bénéficié de l'aide de quelques amis et d'une grande chaîne de solidarité africaine, il n'a rencontré aucune compréhension chez les Français expatriés et a dû subir les poursuites du consul de France à Lomé: « notre situation, à Amaal et à moi, ne mobilise pas la communauté française, mes ex-collègues diplomates, les enseignants de l'école ». Si les plus belles pages du livre révèlent son attachement à l'Afrique et à sa profonde humanité, l'auteur n'épargne pas les Français, dénonce leur désintérêt pour les populations africaines, leur état d'esprit de coloniaux exploiteurs encore de nos jours.

Cette rencontre avec sa fille : un « miracle » pour OPA. Même si son tardif désir de paternité n'est pas exempt d'égoïsme, on ne peut nier la sincérité et l'émotion de son récit.  « Je suis devenu nécessaire à quelqu'un d'autre que moi-même » : y a-t-il plus belle définition de la responsabilité parentale?

On leur souhaite à tous deux beaucoup de bonheur!

Olivier Poivre d'Arvor : Le jour où j'ai rencontré ma fille. Grasset, 2013 , 252 pages.


 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE, #ESSAIS