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Les Etats-Unis et le monde depuis les "14 points " du Président Wilson

LES ETATS-UNIS ENTRENT EN GUERRE

Déclaration de Woodrow WILSON - 2 avril 1917

« La guerre actuelle de l'Allemagne contre le commerce est une guerre contre l'humanité : c'est une guerre contre toutes les nations. Des navires américains ont été coulés et des vies américaines ont été perdues dans des circonstances qui nous ont profondément remués. Notre mobile ne sera pas la vengeance ni l'affirmation de la force physique de notre pays, mais seulement la revendication du droit, du droit humain dont nous ne sommes qu'un des champions. ( ... )

Avec un sentiment profond du caractère solennel, voire tragique, de la démarche que je suis en train de faire, mais obéissant sans hésitation, à ce que je considère comme mon devoir constitutionnel, je recommande au Congrès de déclarer que la conduite récente du gouvernement impérial allemand, n'est en fait, rien moins que la guerre contre le gouvernement et le peuple des États-Unis ; d'accepter officiellement la position de belligérant qui lui est ainsi imposée ; et de prendre des mesures immédiates, non seulement pour mettre le pays dans un état plus complet de défense, mais aussi pour exercer toute sa puissance et employer toutes ses ressources afin d'amener à composition le gouvernement allemand et, par là, de terminer la guerre.

Ce que cela implique est clair ; cela implique la coopération et l’entente les plus complètes avec les gouvernements actuellement en guerre avec l’Allemagne, et, comme conséquence, l’ouverture à ces gouvernements des crédits financiers les plus larges, de manière à ce que nos ressources puissent, autant que possibles, être ajoutées aux leurs. Cela impliquera l’organisation et la mobilisation de toutes les ressources matérielles du pays (…)

La neutralité n'est plus ni possible, ni désirable quand il y va de la paix du monde et de la liberté des peuples. Et la menace pour la paix et la liberté gît dans l'existence de gouvernements autocratiques, soutenus par une force organisée qui est entièrement entre leurs mains et non dans celles de leur peuple. (…) Nous sommes heureux de combattre ainsi pour la paix définitive du monde, pour la libération de tous les peuples, sans en excepter l'Allemagne elle-même, pour les droits des nations, grandes et petites, et pour le droit de tous les hommes à choisir les conditions de leur existence et de leur obédience. La démocratie doit être en sûreté dans le monde. La paix du monde doit être établie sur les fondements éprouvés de la liberté politique.»

LES 14 POINTS

Message de Thomas Woodrow Wilson devant le Congrès des E.U. - 8 Janvier 1918

« Ce que nous exigeons dans cette guerre, ce n'est donc rien de particulier pour nous-mêmes. Ce que nous voulons, c'est que le monde devienne un lieu sûr où tous puissent vivre, un lieu possible spécialement pour toute Nation éprise de la paix, comme la nôtre, pour toute Nation qui désire vivre librement [ ... ] C'est donc le programme de la paix du monde qui constitue notre programme :

  • 1 « Des traités de paix ouverts, auxquels on a librement abouti, après lesquels il n'y aura plus aucune espèces d'alliances internationales privées, mais une diplomatie franche et transparente »
  • 2 « Une absolue liberté de navigation sur les mers, en dehors des eaux territoriales, en temps de paix, aussi bien qu'en temps de guerre, sauf si les mers doivent être en partie ou totalement fermées afin de permettre l'application d'alliances internationales. »
  • 3 « Le retrait, autant que possible, de toutes les barrières économiques, et l'établissement d'une égalité des conditions de commerce parmi toutes les nations désirant la paix et s'associant pour la maintenir. »
  • 4 « Des garanties adéquates à donner et à prendre afin que les armements nationaux soient réduits au plus petit point possible compatible avec la sécurité intérieure. »
  • 5 « Un ajustement libre, ouvert, absolument impartial de tous les territoires coloniaux, se basant sur le principe qu'en déterminant toutes les questions au sujet de la souveraineté, les intérêts des populations concernées soient autant prises en compte que les revendications équitables du gouvernement dont le titre est à déterminer. »
  • 6 « L'évacuation de tout le territoire russe et règlement de toutes questions concernant la Russie de sorte à assurer la meilleure et plus libre coopération des autres nations du monde en vue de donner à la Russie toute latitude sans entrave ni obstacle, de décider, en pleine indépendance, de son propre développement politique et de son organisation nationale; pour lui assurer un sincère et bienveillant accueil dans la Société des Nations libres, avec des institutions de son propre choix, et même plus qu'un accueil, l'aide de toute sorte dont elle pourra avoir besoin et qu'elle pourra souhaiter. Le traitement qui sera accordé à la Russie par ses nations sœurs dans les mois à venir sera la pierre de touche de leur bonne volonté, de leur compréhension des besoins de la Russie, abstraction faite de leurs propres intérêts, enfin, de leur sympathie intelligente et généreuse. »
  • 7 « La Belgique, et le monde entier agréera, doit être évacuée et restaurée, sans aucune tentative de limiter sa souveraineté dont elle jouit communément aux autres nations libres. Nul autre acte ne servira comme celui-ci à rétablir la confiance parmi les nations dans les lois qu'elles ont établi et déterminé elles-mêmes pour le gouvernement de leurs relations avec les autres. Sans cet acte curateur, l'entière structure et la validité de la loi internationale est à jamais amputée. »
  • 8 « Tous les territoires français devraient être libérés, les portions envahies rendues, et les torts causés à la France par la Prusse en 1871, concernant l'Alsace-Lorraine, qui a perturbé la paix mondiale pendant près de 50 ans, devraient être corrigés, de telle sorte que la paix soit de nouveau établie dans l'intérêt de tous. »
  • 9 « Un réajustement des frontières d'Italie devrait être effectué le long de lignes nationales clairement reconnaissables. »
  • 10 « Aux peuples d'Autriche-Hongrie, dont nous désirons voir sauvegarder et assurer la place parmi les nations, devra être accordée au plus tôt la possibilité d'un développement autonome. »
  • 11 « La Roumanie, la Serbie et le Monténégro devraient être évacués ; les territoires occupés devraient être restitués ; à la Serbie devrait être assuré un accès à la mer libre et sûr; les relations des états Balkans entre eux devraient être déterminés par une entente amicale le long de lignes historiquement établies d'allégeance et de nationalité; des garanties internationales quant à l'indépendance politique et économique, et l'intégrité territoriale des États des Balkans devrait également être introduites. »
  • 12 « Aux régions turques de l'Empire ottoman actuel devraient être assurées la souveraineté et la sécurité ; mais aux autres nations qui sont maintenant sous la domination turque on devrait garantir une sécurité absolue de vie et la pleine possibilité de se développer d'une façon autonome ; quant aux Dardanelles, elles devraient rester ouvertes en permanence, afin de permettre le libre passage aux vaisseaux et au commerce de toutes les nations, sous garantie internationale. »
  • 13 « Un État polonais indépendant devrait être créé, qui inclurait les territoires habités par des populations indiscutablement polonaises, auxquelles on devrait assurer un libre accès à la mer, et dont l'indépendance politique et économique ainsi que l'intégrité territoriale devraient être garanties par un accord international. »
  • 14 « Une association générale des nations doit être constituée sous des alliances spécifiques ayant pour objet d'offrir des garanties mutuelles d'indépendance politique et d'intégralité territoriale aux petits comme aux grands États. »

Wilson et ceux qu'il a influencés présentent ces "14 points" comme la base d'« une paix juste et durable ». On en retient le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (principe des nationalités), libéralisme (politique, économique) et projet de ce qui sera la Société des Nations (SDN). En d'autres termes, un remède aux causes de la Guerre mondiale et à la situation laissée par quatre ans de conflits.

• Présentation powerpoint à télécharger : sur les "14 points" de Wilson avec des illustrations d'époque.

D'UNE GUERRE A L'AUTRE

La politique étrangère des E.U. entre 1919 et 1941

« Prise globalement, l'action extérieure des États-Unis, au cours de la période 1898-1940, ne présente d'unité que par ses contradictions, ses volte-face, l'incapacité de choisir une ligne et de s'y tenir, en bref, par le refus de l'univers interétatique, tel qu'il a été à travers les siècles, tel que les États-Unis en ont, eux aussi, utilisé les règles à leur profit et aux dépens tour à tour des Français, des Anglais, des Italiens, des Espagnols, mais sans en prendre conscience. (…)

Au cours du demi-siècle écoulé entre la guerre contre l'Espagne (…) et l'entrée en guerre contre le Japon et l'Allemagne en décembre 1941, l'action extérieure des États-Unis a péché non par volonté de puissance mais par inconscience du rôle que lui imposait le destin. La mise hors la loi de la guerre, le pacte Briand-Kellog appartient à la même veine que le moralisme et le juridisme wilsoniens, contre lesquels, après 1945, Kennan ou Morgenthau menèrent, à leur tour, une croisade passionnée. D'autres décisions témoignent de ce même refus de l'univers interétatique. Les États-Unis, en temps de paix, n'avaient pas besoin de grande armée puisqu'ils occupaient une sorte d'île continentale. Dès lors qu'en Asie ils s'opposaient aux ambitions japonaises et qu'ils risquaient, aux Philippines, une agression, la pratique ancienne - attendre le premier coup de canon pour se donner une armée à la mesure de leurs moyens - devenait anachronique.

En matière commerciale et financière, le même aveuglement caractérisait l'action extérieure des États-Unis. Le bas tarif Underwood, instauré par Wilson en 1913, avait été remplacé, en 1922, par le tarif Fordney-MacCumber, qui relevait les droits de douane. En 1930, alors que la crise sévissait déjà, le Congrès vota le tarif Hawley-Smoot, encore plus protectionniste les élus ne comprenaient pas ou ne voulaient pas comprendre -, en dépit des conseils prodigués par les économistes, que les États-Unis, longtemps importateurs de capitaux, étaient, à la faveur de la guerre, devenus créanciers du monde extérieur. Réclamer le payement des dettes de guerre, dettes jugées radicalement indépendantes des réparations, tout en freinant les importations par des droits de douane élevés comment expliquer ces décisions incompatibles, sorte d'actes manqués, sinon par une inconscience volontaire? De même, comment expliquer raisonnablement les lois de neutralité votées par le Congrès au cours des années 1930 pour prévenir la répétition du procès qui avait conduit à l'intervention de 1917? La loi de mai 1939 interdisait toute vente de matériel de guerre et tout prêt à des belligérants, elle retirait aux citoyens américains le droit de voyager sur les navires d'un État en guerre. Tout belligérant qui désirait acheter des marchandises américaines non prohibées devait les payer comptant (cash) et les transporter (and carry) sur ses propres navires. Cette loi, postérieure d'une année à l'annexion de l'Autriche, encourage les « agresseurs », en premier lieu l'Allemagne hitlérienne, contre lesquels l'opinion publique se déchaîne. Elle coïncide avec les efforts de Roosevelt et de la diplomatie américaine pour maintenir le vieux et vide principe de la « porte ouverte» en Chine, pour résister à l'entreprise japonaise d'expansion ou de conquête résistance par tous les moyens short of war, telle semble la formule américaine, dénuée de sens ou en tout cas de bon sens. Face à un État tel que le Japon, par quel miracle la mise en quarantaine des agresseurs ou les prêts aux États victimes d'agression auraient-ils pu se substituer à la force? Comme si les États-Unis eux-mêmes avaient pu éviter l'emploi de la force, au cours de leur brève histoire!

En votant les çrédits supplémentaires pour la flotte, le Congrès exprimait pour ainsi dire des doutes sur sa propre action. Il cherchait à prévenir l'inévitable. Peut-être les membres du Congrès espéraient-ils que la France et la Grande-Bretagne parviendraient, sans le concours des États-Unis, à vaincre le IIIe Reich, éventuellement allié à l'Italie fasciste et au Japon. Probablement auraient-ils avoué qu'en cas de nécessité les États-Unis, une deuxième fois, redresseraient la balance de l'Ancien Monde. La conjonction entre les lois de neutralité et l'appui moral aux démocraties, à supposer qu'elle exerçât une influence sur le cours des événements, devait inciter Hitler à brûler les étapes, à déclencher la guerre avant que l'hostilité aux régimes totalitaires se traduisît en actes efficaces. (…)

La puissance insulaire dont le territoire demeure à l'abri des coups, qui envoie au loin des corps expéditionnaires, a conservé -jusqu'en 1945 - l'étrange privilège de profiter politiquement de ses erreurs. Par son abstention, en répandant l'illusion qu'elle se tiendrait à l'écart des hostilités en Europe, par l'incapacité de choisir entre le compromis avec le Japon et une résolution dont seul un réarmement massif aurait donné une preuve convaincante, les États-Unis portent historiquement une part de responsabilité dans le déclenchement de la double guerre de l'Atlantique et du Pacifique.»

Source : Raymond ARON. République Impériale. Les Etats-Unis et le monde, 1945-1972. Calmann-Lévy, 1973. - Extraits du prologue intitulé "L'île -continent", pages 26-29.

SECONDE GUERRE MONDIALE

1945 - la victoire sur le Japon
Message du président Harry Truman

« Américains, mes compatriotes, les pensées et les espoirs de toute l'Amérique, que dis-je, de tout le monde civilisé, se concentrent ce soir sur le cuirassé Missouri. Là-bas, sur ce petit fragment du sol américain, dans la baie de Tokio, les Japonais viennent de déposer officiellement les armes. Ils ont signé une capitulation sans conditions (…) C'est d'abord et pour nous tous un sentiment de gratitude qui nous inonde le cœur, gratitude envers le Tout-Puissant qui nous a soutenus, ainsi que nos alliés, aux jours sombres des graves périls, qui nous a permis de surmonter notre faiblesse pour créer la plus puissante force combattante qu'ait connue l'histoire et qui maintenant nous contemple à l'heure où nous triomphons des puissances de la tyrannie qui avaient essayé de détruire Sa civilisation (…)

Nos premières pensées vont à ceux de nos êtres chers qui ont été tués ou blessés dans cette terrible guerre (…) Nos pensées vont aux millions de travailleurs et d'hommes d'affaires américains, à nos fermiers, à nos mineurs, à tous ceux qui ont édifié la puissance combattante de ce pays et qui ont fourni à nos alliés les moyens de résister à l'ennemi, puis de l'abattre (…) Nous pensons à notre vaillant chef défunt, Franklin D. Roosevelt, défenseur de la démocratie, architecte de la paix et de la coopération mondiale.

Mais pour soutenir tout l'édifice, il y avait la volonté, le courage et la résolution d'un peuple libre qui sait ce qu'est la liberté et qui sait qu'elle vaut tout le prix qu'il a dû payer pour la sauvegarder. C'est l'amour de la liberté qui nous a donné la force de nos armes et qui a rendu nos hommes invincibles dans la bataille. Nous savons que cet amour de la liberté, l'indépendance de l'individu et la dignité personnelle de l'homme sont les forces les plus puissantes, les plus durables et les plus vivaces du monde (…)

Ces principes nous donnent la foi, l'espoir et la possibilité d'action qui aident les hommes à s'améliorer eux-mêmes et à améliorer leur sort. La liberté ne rend pas tous les hommes parfaits et ne met pas toutes les société à l'abri du danger, mais elle a assuré aux peuples plus de bonheur dans l'honneur que n'importe quelle autre philosophie du gouvernement dans l'histoire (…) Nous savons que, grâce à elle, nous pourrons affronter les rudes problèmes de la paix qui s'amoncellent devant nous. Un peuple libre avec des alliés libres et qui peut construire une bombe atomique est capable d'utiliser la même habileté pour surmonter toutes les difficultés qui le guettent.

La victoire a toujours apporté des fardeaux et des responsabilités, aussi bien que des réjouissances. Mais nous regardons l'avenir et tous ses dangers bien en face, avec confiance et espoir. L'Amérique peut se créer un avenir de sécurité, riche en travaux féconds.»

De Gaulle juge Truman et l'Amérique de 1945

«Quant aux problèmes compliqués de notre antique univers, ils n'intimidaient point Truman qui les considérait sous l'angle d'une optique simplifiée.

Pour qu'un peuple fût satisfait, il suffisait qu'il pratiquât la démocratie à la manière du Nouveau Monde. Pour mettre fin aux antagonismes qui opposaient des nations voisines, par exemple Français et Allemands, il n'était que d'instituer une fédération des rivaux, comme avaient su le faire entre eux les Etats d'Amérique du Nord. Pour que les pays sous-développés penchent vers l'Occident, il existait une recette infaillible: l'indépendance; à preuve l'Amérique elle-même qui, une fois affranchie de ses anciens possesseurs, était devenue un pilier de la civilisation. Enfin, devant la menace, le monde libre n'avait rien de mieux à faire, ni rien d'autre, que d'adopter le "leadership" de Washington.

Le président Truman était, en effet, convaincu que la mission de servir de guide revenait au peuple américain, exempt des entraves extérieures et des contradictions internes dont étaient encombrés les autres. D'ailleurs, à quelle puissance, à quelle richesse, pouvaient se comparer les siennes?

Je dois dire qu'en cette fin de l'été 1945 on était, dès le premier contact avec les Etats-Unis saisi par l'impression qu'une activité dévorante et un intense optimisme emportaient toutes les catégories. Parmi les belligérants, ce pays était le seul intact. Son économie, bâtie sur des ressources en apparence illimitées, se hâtait de sortir du régime du temps de guerre pour produire des quantités énormes de biens de consommation. L'avidité de la clientèle et, au-dehors, les besoins de l'univers ravagé garantissaient aux entreprises les plus vastes débouchés, aux travailleurs le plein emploi. Ainsi, les Etats-Unis se sentaient assurés d'être longtemps les plus prospères. Et puis, ils étaient les plus forts ! Quelques jours avant ma visite à Washington, les bombes atomiques avaient réduit le Japon à la capitulation.

Le président n'envisageait donc pas que la Russie pût, de sitôt, risquer indirectement une guerre. C'est pourquoi, m'expliquait-il, les forces américaines achevaient de quitter l'Europe, à l'exception d'un corps d'occupation en Allemagne et en Autriche. Mais il pensait qu'en maints endroits la ruine, la misère, le désordre, pouvaient avoir pour conséquence l'avénement du communisme et procurer aux Soviets autant de victoires sans batailles. Au total, le problème de la paix n'était donc, suivant lui, que d'ordre économique.»

Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, tome III, éd. Plon-Press Pocket, p. 252-253.

NAISSANCE DE LA GUERRE FROIDE

Le rideau de fer

A) 12 mai 1945. Lettre de Winston Churchill au président américain Harry Truman.

«La situation européenne m'inquiète énormément. Les journaux sont pleins des grands mouvements de vos armées qui quittent l'Europe. N'importe qui peut se rendre compte qu'à bref délai notre puissance militaire sur le continent se sera évanouie, à part les modestes effectifs qui resteront pour occuper l'Allemagne. Que se passera-t-il entre temps du côté de la Russie? J'ai toujours oeuvré pour l'amitié avec les Russes mais j'éprouve comme vous une inquiétude très vive en raison de leur interprétation erronée des accords de Yalta, de leur attitude envers la Pologne, de leur influence écrasante dans les Balkans, la Grèce exceptée (…)

Un rideau de fer s'est abaissé sur leur front. Nous ignorons tout ce qui se passe derrière. Il semble probable que l'ensemble des région situées à l'est de la ligne Lübeck-Trieste-Corfou sera bientôt entre leurs mains (…)

Il est assurément vital de parvenir à un accord avec la Russie, ou de bien voir où nous en sommes avec elle, avant d'affaiblir mortellement nos armées ou de les replier à l'intérieur des zones d'occupation.»

B) 5 mars 1946, discours de Churchill au Collège de Fulton (Missouri) en présence du président H.Truman.

(…) J'en viens au second danger qui menace le monde: la tyrannie. Nous ne pouvons pas fermer les yeux devant le fait que les libertés dont jouit chaque citoyen sur toute l'étendue de l'empire britannique n'existent pas dans un grand nombre de pays, dont certains sont très puissants. Dans ces Etats, le peuple est assujetti à toutes sortes de contrôles exercés par le gouvernement. Le pouvoir de l'Etat est exercé sans restriction, soit par des dictateurs, soit par des oligarchies fermées agissant par l'entremise d'un parti privilégié et d'une politique de parti…

J'ai beaucoup d'admiration et d'amitié pour le vaillant peuple russe et pour mon camarade de combat, le maréchal Staline. Il existe en Grande-Bretagne -et je n'en doute pas, ici également- beaucoup de sympathie et de bonne volonté à l'égard des peuples de toutes les Russies, et une détermination à persévérer à établir, malgré différences et querelles, une amitié durable… Il est cependant de mon devoir de vous exposer certains faits concernant la situation présente en Europe.

De Stettin, dans la Baltique, à Trieste, dans l'Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent. Derrière cette ligne se trouvent les capitales de tous les pays de l'Europe orientale: Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia. Toutes ces villes célèbres, toutes ces nations se trouvent dans la sphère soviétique, et toutes sont soumises, sous une forme ou sous une autre, non seulement à l'influence soviétique, mais encore au contrôle très étendu et constamment croissant de Moscou. Athènes seule, avec sa gloire immortelle, est libre de décider de son avenir par des élections auxquelles assisteront des observateurs britanniques, américains et français… Les communistes, qui étaient plus faibles dans tous ces pays de l'Est européen, ont été investis de pouvoirs qui ne correspondent nullement à leur importance numérique, et cherchent partout à s'emparer d'un contrôle totalitaire. Sauf en Tchécoslovaquie, il n'existe pas, dans cette partie de l'Europe, de vraie démocratie…

Cependant, dans un grand nombre de pays éloignés des frontières russes, et à travers le monde entier, les cinquièmes colonnes communistes s'installent et travaillent dans une unité complète avec une obéissance absolue aux directives du centre communiste. Dans l'empire britannique et aux Etats-Unis, où le communisme est dans l'enfance, les partis communistes constituent un défi et une menace croissante à la civilisation chrétienne…

Je ne crois pas que la Russie désire la guerre. Ce qu'elle désire, ce sont les fruits de la guerre et une expansion illimitée de sa puissance et de sa doctrine. Mais ce que nous devons examiner ici aujourd'hui, alors qu'il en est encore temps, c'est le moyen d'empêcher la guerre de façon permanente, et d'établir dans tous les pays, aussi rapidement que possible, les prémices de la liberté et de la démocratie.

Les difficultés, les dangers auxquels nous avons à faire face ne disparaîtront pas si nous nous contentons de fermer les yeux. Ils ne s'évanouiront pas davantage si nous restons à attendre ce qui se passera, ni si nous pratiquons une politique d'apaisement. Il faut trouver une solution.

J'ai appris, pendant la guerre, à connaître nos amis et alliés russes, et je suis convaincu qu'il n'y a rien au monde qu'ils admirent autant que la force, et rien qu'ils respectent moins que la faiblesse militaire.»

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LE PLAN MARSHALL / L'ALLIANCE ATLANTIQUE / L'OTAN

Les bases américaine selon le PCF en 1950

Le plan Marshall vu de Moscou

Une réplique occidentale

Les bases américaines dans le monde sont vues à Moscou comme un encerclement agressif, de même que le plan Marshall de reconstruction de l'Europe y est vu comme une agression militaire. L'Ouest réplique en ironisant sur le sous-équipement des campagnes soviétiques au temps de Staline.

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• Trois cartes pour illustrer trois périodes successives de la Guerre froide.

1945-1960

1960-1975

1975-1990

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Chronologie Guerre du Vietnam

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LES ETATS-UNIS, PUISSANCE NUCLEAIRE

Accords diplomatiques

1963 – Traités de Moscou :

• interdiction des essais nucléaires dans l’atmosphère.

• accord commercial pour l’achat par l’URSS de blé aux Etats-Unis.

1967-- Interdiction de satelliser des ogives nucléaires

1967 (février) Traité de Tlatelolco : prohibition des armes nucléaires en Amérique centrale et latine.

1968 (1er juillet ): GB, Etats-Unis et URSS signent (à Moscou et à Washington) le traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

1971 -- Interdiction de tester et stocker les bombes atomiques sur les fonds marins.

1971 – Traité inter-allemand (RFA- RDA)

1972 (26 mai 1972 ) : accords SALT-1 signés à Moscou Nixon et Brejnev : 2 volets ABM et ICBM / SLBM

1973 : Vienne, ouverture des discussions MBFR (Mutually Balanced Forces Reduction)

1973 – Helsinki – ouverture de la 1ère CSCE (Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe).

1973 – Alger : 4è conférence des Non-Alignés (a triplé ses effectifs initiaux, passant à 75 pays).

1974 (novembre) : accord intérimaire de Vladivostock entre Gerald Ford et Leonid Brejnev, en vue d’aboutir aux accords SALT-2.

1975 (1er août) : 1° CSCE : Accord final d’Helsinki. [D’autres CSCE suivront : la 2ème à Belgrade (1977-78), la 3ème à Madrid (1980), la 4ème à Stockholm (janvier 1984)].

1979 (18 juin) : Accords SALT-2 signés par Carter et Brejnev.

— Documents diplomatiques —

- convention 26 mai 1972

- principes - pravda, 30 mai 1972

- traité ABM de 1972

- accords SALT du 22 juin 1973

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LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

Un climat mondial d'incertitude,

par Alexander Haig, Secrétaire d'Etat sous R. Reagan

« Nous avions abandonné de sang-froid notre allié fidèle, le chah d’Iran, attitude qui a fait trembler d’appréhension tous les chefs d’État modérés du Moyen-Orient. Le golfe Persique se trouvait désormais menacé par le régime théocratique installé à Téhéran, où la raison semblait ne pas avoir cours, et les Arabes modérés se demandaient qui allait les protéger si les Soviétiques réussissaient à prendre le contrôle du mouvement fondamentaliste. Que les Soviétiques nourrissent des ambitions quant au Golfe et au-delà, personne n’en a jamais douté. L’Armée rouge occupait l’Afghanistan. L’Éthiopie et les deux Yémen étaient aux mains des gens favorables à l’URSS. Des troupes cubaines étaient postées dans trois pays africains, et la présence de troupes soviétiques, également, était un secret de polichinelle. Kadhafi était en train d’armer une conspiration internationale, servi par des coupe-gorge gauchistes munis d’armes et d’explosifs soviétiques, et il menaçait le Tchad et le Soudan avec une force militaire conventionnelle [...] Les feux de l’insurrection, allumés par les Soviétiques et alimentés par leurs représentants, les Cubains, s’étendaient sans contrôle possible dans toute l’Amérique centrale. En Europe, où l’on avait lancé une campagne massive de propagande, destinée à nous séparer de nos alliés de l’OTAN sur la question des armes nucléaires, ceux-ci nous suppliaient de reprendre notre position de leader, que nous avions négligée. En Asie du Sud-Est, nous avions presque complètement abandonné notre influence, et s’il n’y avait pas eu les Chinois pour faire notre travail à notre place dans cette région, le reste des “dominos” seraient également tombés, après le Vietnam du Sud, le Cambodge et le Laos. Quant à la Chine, le pays le plus important du monde sur le plan stratégique, elle avait reçu des promesses considérables, autant de la part des démocrates que de celles des républicains, mais bien peu avaient été tenues. les dirigeants chinois en étaient à se demander quel intérêt il y avait à entretenir des relations avec une Amérique trop affaiblie par son malaise pour résister à l’expansion de l’hégémonie soviétique en Extrême-Orient et pour apporter un secours, même minime, à une Chine qui tentait, au prix d’un énorme risque, de se sortir de l’impasse économique et politique dans laquelle l’avait placée le maoïsme. Il régnait, pour résumer, un climat mondial d’incertitude […] Le nouveau président, dès les premiers jours, devait réagir contre cette incertitude. Il fallait qu’il se dresse de façon décisive et directe face à l’Union soviétique.»

Alexander Haig, L’Amérique n’est pas une île, 1985.

APRES L'EMPIRE

« Les États-Unis sont en train de devenir pour le monde un problème. Nous étions plutôt habitués à voir en eux une solution. Garants de la liberté politique et de l'ordre économique durant un demi-siècle, ils apparaissent de plus en plus comme un facteur de désordre international, entretenant, là où ils le peuvent, l'incertitude et le conflit. Ils exigent de la planète entière qu'elle reconnaisse que certains États d'importance secondaire constituent un « axe du mal », qui doit être combattu et annihilé : l'Irak de Saddam Hussein, verbeux mais insignifiant en tant que puissance militaire, la Corée du Nord de Kim Jong-il, premier (et dernier) communisme à avoir institué une succession par primogéniture, résidu d'un autre âge voué à disparaître en l'absence de toute intervention extérieure. L'Iran, autre cible obsessionnelle, est un pays stratégiquement important mais clairement engagé dans un processus d'apaisement intérieur et extérieur. Le gouvernement américain cependant le stigmatise comme membre de plein droit de cet axe du mal. Les États-Unis ont provoqué la Chine en bombardant son ambassade à Belgrade durant la guerre du Kosovo, en truffant de micros facilement repérables un Boeing destiné à ses dirigeants. Entre trois embrassades publiques et deux accords de désarmement nucléaire, ils ont même provoqué la Russie en patronnant par l'intermédiaire de Radio Free Europe des émissions en langue tchétchène, en expédiant en Géorgie des conseillers militaires, en établissant des bases permanentes dans l'ex-Asie centrale soviétique, face à l'armée russe. Enfin, sommet théorique de cette fébrilité militariste le Pentagone laisse filtrer des documents envisageant des frappes nucléaires sur des pays non nucléaires. Le gouvernement de Washington applique ainsi un modèle stratégique classique mais inadapté à une nation d'échelle continentale, la « stratégie du fou », qui recommande d'apparaître à d'éventuels adversaires comme irresponsable pour mieux les intimider. Quant à la mise en place d'un bouclier spatial, qui brise l'équilibre nucléaire et dont le développement ultime permettrait aux États-Unis de régner sur l'ensemble du monde par la terreur, elle nous force à nous projeter dans un univers digne de la science-fiction. Comment s'étonner de l'attitude nouvelle de méfiance et de peur qui saisit, les uns après les autres, tous ceux qui établissaient leur politique extérieure à partir d'un axiome rassurant l'unique superpuissance est avant tout responsable? »

Source : Emmanuel TODD. Après l'Empire. Essai sur la décomposition du système américain. Gallimard, 2002. - Extrait de l'introduction.

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