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Rio de Janeiro, 1938. Un an s'est écoulé depuis la proclamation de l'Estado Novo, une appellation franchisée venue de Lisbonne, comme le commissaire Tobias Esteves qui s'est reconverti ici dans la pâtisserie. Ses talents viennent épauler commissaire Mello Noronha ; en effet l'enquêteur carioca se trouve en face d'un serial killer un peu particulier : il kidnappe et étouffe des femmes obèses, avant d'en faire une macabre installation, dans un jardin public, une église ou un cinéma. L'autopsie montre que les victimes avaient raffolé de pâtisseries confectionnées selon des recettes portugaises. Aucun autre point commun que la gourmandise et l'obésité ne rassemble les victimes de l'odieux criminel. Une polonaise et une religieuse figurent parmi les victimes...

 

Soucieux de propagande en Amérique du Sud et d'améliorer ses relations avec le régime du dictateur Getulio Vargas, le gouvernement du Führer a envoyé une troupe de chanteurs d'opéra pour représenter L'Or du Rhin de Wagner dans la capitale de la samba. Une employée obèse de l'ambassade d'Allemagne est découverte nue et assassinée sur la scène du Théâtre municipal au moment où le rideau se lève le jour de la première : stupeur ! L'émotion est telle que la basse qui accompagne le chœur des nymphes se suicide en se jetant dans la fosse d'orchestre : l'Allemande était devenue sa maîtresse, lui, le nain engagé au dernier moment pour remplacer un chanteur malencontreusement retenu à l'infirmerie du paquebot en rade de Rio.

Ceci n'est que l'une des péripéties lugubres de ce thriller dû à la plume hautement comique de Jô Soares. Puisque le lecteur découvre les circonstances et le déroulement de chaque assassinat avant que la police n'arrive sur la scène du crime, il se réjouit de voir les commissaires patauger des semaines durant avant que l'inspiration ne leur vienne, provoquée par la naïveté ou l'ignorance de Calixto, l'ancien footballeur devenu l'assistant de Noronha. Comme dans un épisode de “Columbo”, on sait depuis le début qui est le criminel : le patron d'une entreprises de pompes funèbres. Il s'appelle Charon et sa société Styx...

L'écrivain brésilien n'hésite pas à multiplier les personnages hilarants et les scènes cocasses dans ce polar qui se lit le sourire aux lèvres. Certes, on y apprendra plutôt les recettes de pâtisserie que les techniques professionnelles de la police...

Jô Soares. Les yeux plus grands que le ventre. Traduit par François Rosso. Editions des Deux Terres. 2013, 239 pages.

Couverture :  Companhia das Letras, São Paulo, 2011

Tag(s) : #BRESIL