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ARTS PLASTIQUES

Mercredi 25 novembre 2009 3 25 11 2009 10:31

L'exposition "Artistes d'Abomey" montre que l'art africain n'est ni anonyme ni figé ; la quasi-totalité des objets exposés porte le nom de son créateur.



Le royaume de Danhomé – capitale Abomey, région de l'actuelle république du Bénin –, n'a certes existé que du 17° au 19° siècle, mais son histoire et son art ne sont pas tombés dans l'oubli. Les quatorze rois qui se sont succédé ont toujours maintenu une société très hiérarchisée, expansionniste, souvent en guerre avec ses voisins, en particulier les Yoruba de l'ancien royaume de Bénin – dans l'actuel Nigéria. Les artistes dahoméens bénéficiaient d'un statut spécifique s'ils étaient habités par l'aziza, l'inspiration divine : le Roi les dotait et la famille royale restait mécène de toute leur descendance. Cette condition privilégiée, transmise de père en fils, inféodait l'artiste au pouvoir : ses créations devaient scénographier la prospérité du royaume et participer au culte de la personnalité propre à chaque roi. Qu'ils travaillent le métal ou l'ivoire, le bois ou le tissu, leur art reste donc figuratif.

             
Eplekendo Ataki réalisa vers 1860 cette effigie – bois et métal – du roi Ghezo (fig.1) sous les traits du dieu Gou, illustrant l'intrication des pouvoirs politique et religieux.

Fig. 1 - Effigie du dieu Gou




          

                            Fig.2 -  Behanzin
                    Fig. 3 -  Glèlè


Le sculpteur Sossa Dede créa fin 19° ces statues "bochio" des rois Behanzin (fig.2) et Glélé (fig.3) : mi-humaines mi-animales, elles expriment les qualités physiques et morales de chaque roi et accompagnaient les troupes au combat.

 

* * * * *

 

On peut remarquer que les créations artistiques dahoméennes des 18° et 19° siècles révèlent l'influence des royaumes voisins dont les rois d'Abomey capturaient les meilleurs artistes. C'est ainsi qu'apparut au Dahomey la technique de la tenture appliquée (fig. 4), originaire du nord de Porto-Novo.

 

 
  


Fig.5 -  Marteau de divination





                   
                         Fig.4 - Tenture                Fig.6 -  Peinture de C. Tokoudagba
         

 

Les motifs cousus sur la toile illustrent le triomphe du roi aboméen – représenté en lion, accompagné de sa panthère emblématique et de ses soldats en tissu clair – sur ses ennemis, en tissu sombre.


De même la prépondérance artistique des Yoruba se reconnaît dans la sculpture des visages en particulier, comme sur ce marteau de divination en ivoire (fig.5). 


Le visiteur fait aisément le rapprochement avec l'exposition «Bénin, cinq siècles d'art royal» présentée l'an passé au musée du Quai Branly.


En sortant de l'anonymat les oeuvres de l'ancien royaume de Danhomé, les concepteurs de l'exposition veulent casser le préjugé occidental : l'artiste africain était et reste connu et reconnu. Aujourd'hui encore, des artistes de la république du Bénin comme Cyprien Tokoudagba (fig.6), contribuent à l'art contemporain.

 

* * * * *

 

 

     


 

Par Kate - Publié dans : ARTS PLASTIQUES
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Lundi 23 novembre 2009 1 23 11 2009 11:55

Présentée jusqu'au 11 janvier 2010, l'exposition de chefs-d'œuvre de la collection Brukenthal au musée Jacquemart-André à Paris s'intitule « Bruegel, Memling, Van Eyck…» sans doute parce que le nom de ce conseiller de Marie-Thérèse d'Autriche était ignoré du grand public français. Ce n'est plus possible désormais !

Samuel von Brukenthal (1721-1803) fut un tel collectionneur qu'il dut édifier un palais dans sa Transylvanie natale pour installer sa collection. Et quelle collection ! Pieter Brueghel le Jeune, Hans Memling, Hans Schwab von Wertingen,  Jan van Eyck, Rubens, Jacob Jordaens, Joris Hoefnagel, Andries van Eertvelt, David Teniers, Frans van Mieris, Leonard Bramer, le Titien, Lorenzo Lotto, Jan Davidsz de Heem, etc…, etc…

Cette liste ne peut que faire craquer tout amateur de peinture. Pour citer les auteurs du Livret de visite « La peinture religieuse ne constitue pas le domaine de prédilection de Samuel von Brukenthal.» Je relève toutefois un magnifique « Ecce Homo » du Titien, un « Saint Jérôme dans son studiolo » dû à Marinus van Reymerswaele (vers 1545) ou « La sainte famille » de Jacob Jordaens qui s'identifie seulement à la peinture religieuse par la croix que tient saint Jean-Baptiste enfant. Portrait, paysage, scène de genre, nature morte, peinture mythologique : il y en a pour tous les goûts !

Outre le magnifique portrait de « l'Homme au chaperon bleu » de Jan van Eyck, tenant à la main la bague destinée à sa fiancée, et qui sert de couverture au catalogue de l'exposition, voici trois œuvres parmi mes préférées, trois œuvres du XVIIe siècle.


Comme d'autres visiteurs je place volontiers au premier rang le « Ponce Pilate » peint vers 1640 par Leonard Bramer. Le procurateur de Judée, assis, la tête couverte d'une sorte de turban —qui évoque moins l'empire romain que l'empire ottoman qui menaçait alors l'empire des Habsbourgs—, se fait évidemment laver les mains ; un éclairage très sélectif rappelle la manière de Rembrandt avec des touches de lumière disposées en oblique : sublime recours au clair-obscur.


Le « Cabinet de curiosités » peint par Johann George Hinz vers 1666 place sur cinq niveaux une foule d'objets curieux disposés en trois colonnes. Cette peinture en trompe-l'œil nous montre des objets de prix comme le corail et les coquillages, avec un beau nautile à gauche, des colliers, deux montres ; mais aussi un pistolet de chaque côté en rapport avec la petite tête de mort.


Deux scènes de genre de David Teniers sont présentées côte à côte : une « Auberge flamande » et « La visite chez le médecin du village ». Cette dernière, peinte vers 1660, montre une femme venue consulter le praticien. Celui-ci juge probablement de la couleur de l'urine en portant le flacon à la lumière du jour qui, venant de la gauche du tableau, brille sur d'autres objets en verre. Le serviteur dans la porte entrouverte regarde plutôt vers le panier de la ménagère : en l'attente d'un paiement en nature ?

Ces excellentes reproductions photographiques — et bien d'autres — peuvent être retrouvées sur le site de l'exposition parisienne. On y accède aussi aux fichiers mp3 pour encore mieux profiter de cette exposition d'exception où les Flamands sont à l'honneur.

Si vous ne devez voir qu'une exposition de peintures cette saison, c'est celle-ci et pas une autre qu'il faut aller découvrir ! Sinon, ce sera l'année prochaine à Sibiu/Hermannstadt. Le site internet de ce musée roumain permet aussi de voir d'autres œuvres de cette fabuleuse collection.


Par Mapero - Publié dans : ARTS PLASTIQUES
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Jeudi 22 octobre 2009 4 22 10 2009 09:20
L'auteur, professeur d'histoire de l'art à l'I.M.A., tente de cerner dans cet ouvrage la spécificité de l'art islamique, vieux de quatorze siècles et commun à de nombreux pays musulmans, hors de toute référence historico-géographique. Après une riche rétrospective de l'histoire des arts de l'Islam de l'Antiquité au 19°siècle, l'auteur s'arrête sur leurs formes les plus remarquables : mosquées, coupoles, céramiques en architecture ; mais aussi les miniatures, les objets du quotidien, enfin la calligraphie.

L'art islamique représente autant les sujets religieux – les saints, les prophètes, Jésus – que profanes : princes ou petites gens, animaux et végétaux. L'écriture arabe y est souvent associée, mais sans être toujours lisible. Elle ne vise pas à faire passer un message mais constitue une fin en soi : on regarde les signes, on ne les déchiffre pas. Cette absence de transmission d'une signification claire caractérise toutes les représentations islamiques de la réalité, souvent déformée ou incomplète – des êtres humains sans tête par exemple – à rebours de tout réalisme matérialiste : stylisation et abstraction, dont les motifs géométriques –le pentagone surtout – et les arabesques donnent la pleine mesure. Car toute image fidèle du réel serait inacceptable et condamnable ; l'artiste ne peut se mettre en compétition avec Dieu : Lui Seul est Créateur.

Selon O.Grabar, la spécificité de cet art c'est son mode ornemental, non pas au sens occidental affadi de décoration accessoire, mais au sens fort de mécanisme visuel intermédiaire – tel un logiciel – qui mène le spectateur à se détacher des contingences de lieu et de temps. L'artiste  cherche à lui donner le plaisir des sens, à susciter, par la beauté et l'harmonie de sa représentation, une relation affective à l'oeuvre d'art. Le spectateur reste libre de lui choisir un sens, même si sa signification historique lui échappe, ou s'il n'en a qu'une connaissance partielle. L'auteur donne l'exemple du Taj Mahal, mausolée élevé à Agra, en Inde par Shah Jahan à la mémoire de son épouse tant aimée ; on veut y voir un symbole de l'amour immortel, mais les inscriptions coraniques gravées portent aussi un message de mort et de vie éternelle.

• Suggestif, polysémique, l'art islamique vise à transfigurer qui l'observe attentivement. Si, comme l'art africain, chinois et indien, il ne s'est pas approprié la perspective chère à l'art occidental de la Renaissance, si les représentations islamiques ne comportent ni profondeur, ni vide, c'est que l'artiste suggère ainsi l'unicité cosmique : dans l'omniprésence de Dieu l'Absolu. L'art islamique n'ouvre pas à un autre monde, il n'est pas un moyen d'accéder à Dieu ; à la différence de l'art religieux chrétien, il ne répond à aucun objectif édifiant ou didactique, il n'impose rien mais propose à qui le regarde d'éprouver "quiétude et sérénité", pour un moment, ainsi que l'analyse clairement Afif Bahansi, de l'Isesco.

• La conception musulmane du monde fonde la spécificité des représentations artistiques islamiques, quels que soient les supports et les formes. Cet art ouvert et universel ne doit pas être confondu, rappelle l'auteur, avec l'orientalisme occidental, invention d'un monde musulman imaginaire et fantasmé. L'ouvrage est remarquable par la richesse de ses références et l'universalité de son  message.

Oleg GRABAR
Penser l'art islamique. Une esthétique de l'ornement
Albin Michel, 1996, 212 pages.
(Nombreuses illustrations en noir et blanc)


Par Kate - Publié dans : ARTS PLASTIQUES
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Jeudi 15 octobre 2009 4 15 10 2009 12:18


C'est le jaguar sacré qui accueille le public à l'exposition « TEOTIHUACAN » à voir au Quai Branly jusqu'au 24 janvier 2010, histoire de fêter le c
entenaire de la Révolution mexicaine, et  le bicentenaire de l'Indépendance du pays. En langue náhuatl, Teotihuacan signifie "le lieu des dieux". Le site qui couvre 20 km2 est situé à plus de 2000 mètres d'altitude dans la région de Mexico.

Autour d'une reconstitution du site de la Cité des Dieux (maquette de 10 x 5 m) l'exposition regroupe des vitrines thématiques et des pièces de grande dimension, au total environ 450 objets provenant à 95% des collections mexicaines et en partie issus de fouilles récentes. Ces objets sont en Europe pour la première fois après avoir été présentés à Monterrey de septembre 2008 à janvier 2009. L'exposition conçue au Mexique par Felipe Solis est coproduite par le musée du quai Branly, le museum Rietberg de Zürich et le Martin Gropius Bau de Berlin.




L'histoire de Teotihuacan se déroule de 100 av. J.C. à 650 ap. J.C.

De cet empire disparu, la religion est le témoin principal, avec les temples du Soleil et de la Lune (photo ci-dessus), avec des fresques et des sculptures représentant les dieux. D'autres objets évoquent plus les cérémonies religieuses ou le culte des morts que la vie quotidienne. La plupart des objets sont datés de l'âge classique de la cité des dieux, entre 400 et 650 apr. J.-C.


Les dieux de Teotihuacan ne nous sont connus que sous les noms donnés ultérieurement par les Aztèques :
Tláloc - le dieu de l'Orage ou de l'eau
Quetzalcóatl - le Serpent à plumes
Huehueteotl - le Vieux Dieu ou dieu du Feu
Xipe-Tótec - le dieu de la Renaissance



Huehueteotl
C'est le Vieux Dieu ou dieu du Feu, représenté sous les traits d'un vieillard assis, les jambes croisées devant lui, tenant sur la tête un encensoir vaste récipient qui sert à allumer le Feu Sacré.


Cette représentation du dieu du Feu est modelée dans le style de la côte du Golfe. Huehueéotl se distingue ici par le grand encensoir qu'il porte sur la tête et où figure le symbole du quinconce.

Tláloc

Ce porteur de maïs au visage marqué des attributs de Tláloc présente la particularité d'avoir un corps jaune : les épis qu'il porte sur le dos l'associent à la nourriture. Il tient dans la main droite un plant de maïs avec tige, feuilles et épi. De sa bouche sorte une volute de la parole.

Quetzalcóatl — le serpent à plumes  — et l'oiseau Quetzal


Un double serpent à plumes. Les deux animaux se terminent dans le même bloc de
pierre volcanique figurant deux crotales dressés.


Ce vase tripode (450 apr. J.-C.) est orné d'une représentation de quetzal vert dont le rôle est lié à celui du serpent à plumes.




Ce fragment de peinture murale montre un oiseau reconnu comme un quetzal, au plumage vert avec des reflets irisés. Le quetzal est le symbole de la beauté aux yeux des sociétés mésoaméricaines. Au milieu de l'image on voit nettement un bouclier rond au niveau de sa poitrine. Il tient une lance. Une virgule en forme de fleur jaune sort de son bec !



Masques et Figurines


Ce m
asque en céramique pourrait représenter un individu mort et être en rapport avec le culte des morts.


Ce splendide masque a été découvert en 1921 dans l'Etat de Guerrero au sud de Mexico. On remarque de petits disque de turquoise autour du nez et sur chaque pommette. Les yeux ont été réalisés en coquilles de nacre et les pupilles en obsidienne. Sur le front on distingue le glyphe de l' "eau courante".


Cette surprenante
figurine ouverte abrite dans sa cage thoracique une  image dissimulées sous un couvercle, dont l'aspect évoque l'anatomie du personnage. À droite, deux figurines plus petites et ci-dessous  une étonnante figurine "anatomique" :


Toutes sortes de personnages seraient représentés ainsi.  Plusieurs hypothèses sont formulées : culte de la mort, allégorie de l'essence de l'individu, le corps humain comme un cosmos... Les défunts étaient ensevelis sous le sol des maisons avec des offrances : vases ou figurines en terre cuite.

• Vers 550 apr. J.-C. le site fut partiellement vandalisé ; les principaux temples furent ravagés par l'incendie. « On cherche encore des explications : révoltes internes contre le pouvoir, croissance excessive de la population et insuffisance d'attention aux habitants de la part de l'élite, blocage des routes commerciales, ou invasion destructrice de peuples voisins, plusieurs causes ont pu se combiner.» (Brochure de l'exposition).

• Cette exposition est passionnante. Dans le même espèce mésoaméricain que la civilisation aztèque (XIII-XVè siècle), Teotihuacan nous projette dans un passé antérieur de plusieurs siècles. Pas d'écriture pour en témoigner. La transmission de certains objets vient de ce que les Aztèques ont pu les conserver comme cadeaux par exemple.  Ces œuvres sont contemporaines de la fin de l'empire romain d'Occident, de Clovis,  et pour les plus récentes sont contemporaines du "bon roi" Dagobert et du prophète Mahomet.


=> Pour en savoir plus sur Teotihuacan

Exposition à voir au musée du Quai Branly jusqu'au 24 janvier 2010 puis à Zurich du 20 février au 30 mai et enfin à Berlin du 28 juin au 10 octobre 2010.


* * * * *

Par Mapero - Publié dans : ARTS PLASTIQUES
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Dimanche 24 mai 2009 7 24 05 2009 08:55

✺  Professeur d'esthétique à l'université de Strasbourg, D. Payot parvient à faire passer des analyses de grande qualité — convoquant W.Benjamin, Ponge et le cinéma européen des années '50 —, grâce à une vivante mise en situation. Le lecteur assiste aux cours que l'auteur dispensa à l'Université de Ouagadougou. On voit progresser la réflexion des étudiants africains à partir d'un documentaire réalisé par Resnais et Marker en 1953: "Les statues meurent aussi". La question du professeur encadre la démonstration de l'essayiste : cinquante ans après les guerres d'indépendances, les objets de l'art africain nous communiquent-ils encore un message? Dans son film, Resnais accuse le colonialisme d'avoir réduit au "silence" ces statues. Confisquées, déportées, juxtaposées dans nos musées, elles ne transmettent plus. Elevées au rang "d'objets d'art", elles subissent l'exposition aux regards, aux discours scientifiques et esthétiques. Toutefois les dernières répliques du film se veulent optimistes : ces objets suggèrent une promesse.

✺  Ni les étudiants africains ni les européens des 20°et 21°siècles ne peuvent entendre le message que véhiculaient ces statues dans leur monde. En se les appropriant, en rendant proche ce qui était éloigné, notre culture en a effacé l'altérité, l'essentielle différence. Nous les avons détournées de leurs fonctions. Une certaine conscience historique européenne fondée sur la domination rationnelle du monde nous mène à croire au progrès assuré dans le continuum du temps linéaire; et à considérer, à tort, que l'universalité n'est toujours que la parfaite similitude. Or, dans leur monde, ces statues ne répondent à aucun enjeu esthétique, ne peuvent souvent être vues que des initiés, ou portées au regard de tous seulement lors de fêtes dédiées.

Elles incarnent une représentation du monde comme un tout en perpétuel mouvement où chaque chose, chaque être vivant dépend de l'ensemble. La statue "tisse le monde", elle rappelle les liens fondamentaux entre les villageois et la savane, entre les hommes et les esprits des ancêtres, car la mort n'y est pas un univers séparé. Ces statues assurent la transmission — sens étymologique de la "tradition"— de la force vitale, moteur de ce monde où le néant n'existe pas.

Même si les pouvoirs sacrés de ces objets sont bien "morts" dans nos musées, ils nous tendent un reflet de notre modernité, elle aussi mortelle : "quand nous aurons disparu, déclare la voix du film, nos objets iront là où nous envoyons ceux des nègres : au musée". Et l'auteur d'ajouter : (...) "Memento mori".

Ces statues, volumes en trois dimensions, sollicitent de nous un autre regard car ce sont des allégories. Elles ne se réduisent pas aux matériaux qui les composent, ni à leur plastique ; pour qui ne subordonne pas l'ordre du monde à quelque Vérité universelle abstraite, elles transmettent une autre conception, non linéaire, du temps historique ; elles rappellent les "correspondances" — au sens baudelairien —, qui lient les hommes entre eux et les hommes au monde.

✺  En arrachant les objets africains à leur contexte culturel pour les glorifier comme "objets d'art", on les a bien assassinés. Mais cette mort historique n'empêche qu'ils restent des passeurs : le colonialisme n'a pas tout exterminé. En  Afrique aujourd'hui, malgré le Christianisme et l'Islam, ils continuent de faire sens dans des pratiques encore vivaces, ces objets sacrés qu'il ne faut pas confondre avec la production en série de fausses statues pour les touristes. A qui sait dépasser les préjugés qui mènent à croire que l'Afrique "n'est pas assez entrée dans l'histoire", les statues portent la promesse du rapprochement des hommes dans la seule véritable universalité : celle de la condition humaine faible et mortelle, partagée par tous : "il n'y a pas de rupture entre la civilisation africaine et la nôtre" conclut le film ; "Blancs ou Noirs, notre avenir est fait de cette promesse".

Lu et chroniqué par Kate
Daniel PAYOT
L'art africain entre silence et promesse

Circé, 2009, 158 pages.


Par Mapero - Publié dans : ARTS PLASTIQUES
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Jeudi 1 janvier 2009 4 01 01 2009 11:53

Wodka
souhaite une bonne et heureuse année 2009
à tous ses visiteurs !




Sur "Mosaya" voir d'autres mosaïques de Yannick Cormier
Par Mapero - Publié dans : ARTS PLASTIQUES
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Jeudi 21 février 2008 4 21 02 2008 08:56

Ainsi que l'avaient annoncé les organisateurs de l'exposition Barbier-Mueller à Genève en 2007, on va pouvoir la découvrir en mars au musée Jacquemart André. C'est à ne pas manquer.

Au début du XXe siècle, le suisse Josef Mueller, collectionneur d'art passionné, a réuni des pièces remarquables, provenant entre autres, d'Afrique et d'Océanie. Sa fille et son gendre, M. Barbier, ont poursuivi sa collecte et ouvert le musée Barbier-Mueller en mai 1977 peu après le décès de Josef Mueller. L'an passé, l'exposition célébrait à la fois le centenaire de la collection et les trente ans du musée. Elle permit de découvrir des objets aussi rares qu'exceptionnels.

— AFRIQUE —

BM-1-cavalier.jpg
  Fig. 1 - Le sceptre au cavalier

"Le sceptre au cavalier" constituait l'emblème de l'exposition de 2007. Cette pièce hors du commun, datée des 12-13e siècles, fut découverte dans les années 1950 chez des Nigérians établis au Togo. Ce pays ne restreignant pas l'exportation des biens culturels, les Barbier-Mueller l'acquérirent. Cette statuette provient du royaume d'Ifé, d'ethnie yoruba, un des rares peuples du golfe de Guinée à avoir élaboré un état fort et hiérarchisé. Leur maîtrise des métaux se révèle dans ce petit objet d'une soixantaine de centimètres réalisé en cuivre et en terre. Le réalisme de la représentation, rare en art africain est spécifique des artistes d'Ifé ; seule la disproportion de la tête et du corps du cavalier – type supérieur d'humanité – traduit l'idéalisation et la pérennité du pouvoir royal. La tête constitue, pour les Yoruba, l'essentiel de la personne ; grossie, elle connote la grande force intérieure du souverain, les scarifications de son visage signant l'appartenance à son clan. Ce sceptre, insigne du pouvoir, représente un cavalier tenant lui-même un sceptre : cette mise en abîme théâtralise la puissance, car le chasse-mouches dans les mains du personnage était un objet royal destiné à interrompre les importuns et à scander les débats politiques. L'harmonie des formes en lignes courbes ajoute à l'exceptionnelle qualité de l'objet.


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  Fig. 2 - Ornement

Sculpture malienne d'époque médiévale originaire du delta intérieur du Niger, cette pièce de onze centimètres reste un chef-d'œuvre technique et esthétique dont la portée symbolique n'est pas encore totalement déchiffrée. Un visage masculin longiligne et anguleux souligné d'une barbe abondante, porte une coiffure tripartite : c'est un homme de haut rang social. On note la disproportion des bras dressés vers le ciel, les pouces tendus. Les manches richement brodées et les bracelets soulignent l'importance du geste : pouvoir et autorité. Les deux montants de cuivre rouge évoquent des armes, les fibres entrelacées à la base de l'objet rappellent la vannerie et le monde agricole. On peut remarquer l'habileté de l'artiste orfèvre qui a su associer le cuivre et le bronze aux clous d'argent et d'étain, tous métaux qui fondent à des températures différentes. La complexité de cette œuvre reflète celle du système socio-politique malien au Moyen-Âge.


— OCÉANIE —
  Fig. 3 - Coupe à kava
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Cette coupe anthropomorphe d'origine fidjienne date du début du 19è siècle ; il n'en subsiste plus qu'une petite dizaine. C'est un objet devenu rare car lié aux pratiques religieuses locales interdites par les missionnaires chrétiens au cours du siècle. On y buvait le kava, boisson aux propriétés médicinales préparée à partir de racines de poivrier macérées dans de l'eau. Les prêtres en transe l'absorbaient concentré lors des libations en l'honneur des dieux. Ces coupes restaient accrochées dans le temple. Là encore l'authenticité fonde la valeur inestimable de l'objet.










  Fig. 4 - Statuette en pierre
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Cette statuette marquisienne en basalte est également une pièce rarissime car elle aussi datée du début du 19e siècle, avant que la christianisation du pays n'interdise les pratiques religieuses traditionnelles. L'artiste a représenté Tiki, le dieu créateur des îles, sous la forme du premier être humain. La sculpture, aux Marquises, relève du sacré : les sculpteurs étaient des spécialistes des rites, ce qui garantissait le pouvoir magique de ces statuettes. En pierre ou en bois, les grands tiki de deux mètres de haut ornaient les mearae – les grandes dalles de pierres où l'on disposait les offrandes aux ancêtres – les plus petits, de trois à seize centimètres comme celui-ci représentaient, suppose-t-on, des offrandes votives. Mais le trou à l'arrière de la statuette permettant de la suspendre laisse à penser que ces petits tiki remplissaient plusieurs fonctions : la guérison des malades, l'assurance d'une bonne pêche, et protégeaient les populations dans leur quotidien. Ces tiki ont aujourd'hui perdu leur pouvoir sacré ; toujours sculptés aux Marquises et vendus aux touristes dans toute la Polynésie, ils constituent une source de revenus appréciable.

• C'est autant l'ancienneté que la force symbolique de ces objets exceptionnels, choisis parmi bien d'autres, qui devraient susciter l'intérêt pour cette exposition du fonds Barbier-Mueller au musée Jacquemard André.

Rédigé par Kate

Source iconographique : Arts d'Afrique et d'Océanie, fleurons du musée Barbier-Mueller, éd. Hazan, 2007.
Affiche : Musée Jacquemart-André, mars 2008.










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Mardi 4 décembre 2007 2 04 12 2007 11:52

• La grande diversité des populations, des langues, des arts du continent noir interdit toute généralisation. Toutefois, la représentation de la femme y semble un thème récurrent dans la sculpture des différentes sociétés. Ceci tend à prouver que, même si dans le conservatisme coutumier des vieux chefs les femmes restaient des inférieures naturelles, plus ou moins assimilables à des esclaves, on leur reconnaissait par ailleurs des fonctions non négligeables. On constate que l'on ne possède guère d'objets sculptés d'ethnies d'Afrique orientale, constituées surtout d'éleveurs nomades ; à l'inverse des civilisations d'Afrique de l'Ouest sédentaires, organisées dès le Xè siècle en royaumes structurés vivant en cités. Outre la terre cuite et le bois, certaines de ces ethnies maîtrisaient le fer et le bronze avant l'ère chrétienne. Au Nigeria par exemple, en Côte d'Ivoire, au Cameroun ou au Gabon, des artistes ont sculpté des masques, des têtes, des statuettes féminines. Leur rapprochement fait apparaître l'ambivalence de la femme, qui justifie peut-être l'ambiguïté de sa perception par les hommes.

• La coutume africaine impose à la fillette, comme au garçonnet, des rites d'initiation à l'âge adulte. Ce masque Ejagham du Nigeria fait de bois recouvert de peau animale, incarne l'image idéale de la jeune fille. Porté au cours de la période initiatique et pendant la réclusion avant le mariage, ses extraordinaires tresses en volutes devaient attirer le regard des hommes. Ce masque montre la jeune fille comme précieuse : de fait elle l'est, en raison de la dot que doit constituer tout prétendant pour l'obtenir ; en outre elle représentera pour lui une source de richesse d'autant plus considérable qu'elle lui donnera plus d'enfants.

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• La jeune fille apprend très tôt qu'elle détient le pouvoir de transmettre la vie. Les artistes africains représentaient la femme à l'enfant, mais rarement l'accouchement. C'est dire l'intérêt de cette statuette camerounaise du XIXè siècle. Elle aurait été réalisée par un sculpteur membre de la plus importante société secrète Bamiléké ; la « Ku'ngang ». C'est un «mu-po», un objet rituel à cheveux humains ; il figure une «magne», une mère de jumeaux qui met au monde le premier. Le gémellité étant chargée de symbole en Afrique, cette statuette participait au rituel organisé pour les femmes stériles, ou ayant accouché d'un enfant mort-né, ou ayant avorté. Celles-ci mâchaient et crachaient sur elle du kaolin, dont la trace blanche est encore visible entre ses seins. Comme le kaolin symbolise la mort, elles l'expulsaient de leurs entrailles pour que revienne la vie.

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• Les sculpteurs africains, depuis des millénaires, donnent une portée symbolique à la représentation de la fonction nourricière maternelle. Le créateur Senufo de cette statue ivoirienne  a sculpté dans la même ligne harmonieuse les seins et les bouches : cette mère au regard méditatif transmet certes le lait de la vie ; mais aussi les valeurs du lignage où vont s'enraciner ses nourrissons. La fonction féminine est beaucoup plus immatérielle que la seule domesticité.

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• Dans le cas particulier des Edos du Nigeria, société masculine et guerrière, les bronziers représentent principalement les mères des dieux-rois : car donner la vie à un garçon leur confère le statut et le pouvoir décisionnel d'un responsable politique masculin.

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De manière plus générale, la coutume africaine tient la femme pour dépositaire des valeurs morales et sociales ; plus encore, son pouvoir de donner la vie, qui la relie à l'énergie vitale cosmique, la constitue médiatrice entre les vivants et les morts, entre les hommes et les dieux. Son ambivalence se précise : elle est un passeur.

• Ainsi, les figurations féminines accompagnent les grands moments de l'existence, tels l'initiation des adolescents et les rites funéraires. Le sculpteur du masque Punu en bois polychrome d'origine gabonaise a associé le figuratif au symbolique : à travers les scarifications (signes identitaires de village ou de clan), le nez droit, les lèvres fines, la coiffure haute et complexe l'artiste désigne les critères de perfection féminine ; et la beauté physique reflète la beauté morale : droiture, douceur, générosité. Mais ce masque a valeur de symbole : l'emploi du kaolin (le blanc de la mort) prouve que cette jeune femme revient de l'au-delà. De plus le porteur de ce masque était perché sur des échasses : les yeux «regardaient» de loin et de haut les vivants : la femme n'appartient pas seulement à leur monde.

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• L'ambivalence de la figure féminine se confirme à travers son pouvoir sur la maladie et la mort. La belle statuette Ebrié sculptée au XIXè siècle en Côte-d'Ivoire  était encore utilisée en 1998 dans le Sud-Est du pays par les guérisseurs. Le collier de laiton et les perles de verre marquent l'importance de l'objet ; sa forme massive est assez conventionnelle (tout comme des bouteilles à herbes et onguents des Edo en forme de corps féminin très ronde) : car la femme est lourde de ses savoirs tirés de la nature (les planètes – le magnétisme – les règnes : minéral, végétal et animal); elle détient les pouvoirs occultes du bon génie qui peut guérir, comme de la magicienne qui sait faire mourir.

Fig.6---Ebri--.jpg

• Ces quelques créations artistiques traditionnelles montrent qu'à défaut d'un statut social reconnu, la femme africaine remplissait des fonctions essentielles. Certes la condition féminine a évolué sur le continent noir ; beaucoup de femmes sont en train de changer leur société, surtout en milieu urbain. Certes la tradition n'est plus qu'un mythique souvenir. Pourtant l'homme y maltraite encore la femme. Contempler ces sculptures pourrait modifier le regard.

Rédigé par Kate

Sources :
Catalogue «Masques» du Musée Dapper, Paris
Catalogue du Musée Barbier-Mueller, Genève
Hélène Joubert, «L'art africain»






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Dimanche 2 décembre 2007 7 02 12 2007 08:51

À propos de l'exposition "BENIN, CINQ SIECLES d'ART ROYAL" - Musée du Quai Branly

(à Paris jusqu'au 9 janvier 2008, ensuite Berlin et Chicago)
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• Le Musée du Quai Branly héberge une riche exposition consacrée à l'art de cour du Royaume de Bénin du XIVè au XIXè siècle environ. Grâce au catalogue riche en analyses et à divers sites –entre autres Wikipédia– le visiteur peut aisément connaître l'histoire de ce royaume africain qui n'a pas disparu. Toutefois cette exposition suggère deux remarques.

221-Plaque-Oba-Esigi--.jpg L'Oba Esigie à cheval avec deux suivants  - XVI-XVIIè s
Plaque de laiton - Ethnologisches Museum - Berlin

• Il faut bien sûr éviter de confondre l'actuelle République du Bénin –ancien Dahomey– avec ce Royaume de Benin, capitale Benin-City au Nigeria. Ce sont les Portugais qui l'ont baptisé Beny à la fin du XVè s. D'ethnie Bini ou Edo, distincte des Ikbo à l'Est, sa population reste proche des Yoruba du Royaume d'Ifé à l'Ouest. On confond souvent ces deux ethnies liées par leur mythe fondateur et leur tradition politique; le roi d'Ifé fut d'ailleurs longtemps le chef spirituel de l'oba (roi) béninien. On comprend aisément en regardant les plaques de laiton exposées qu'il s'agit d'une monarchie très centralisée, hiérarchisée et militarisée. Si la sculpture sur métal n'est pas propre aux Edo, son implantation et son importance à Benin interrogent.

144-T--te-comm-de-roi.jpg Tête commémorative d'un roi  - XIXè s.
Museum für Völkerkunde - Wien

La représentation officielle des grands événements, des grands chefs et de l'oba y a toujours été essentielle à l'affirmation du pouvoir aux yeux des sujets, comme à la pérennisation de la mémoire commune. En raison du climat très humide, on recourait au métal, matériau résistant ; mais jusqu'au XIIIè siècle, précise Hélène Joubert, les béniniens devaient envoyer la tête de l'oba défunt à Ifé pour en faire réaliser l'effigie de "bronze", en fait de cuivre coûteusement importé du Sahara. C'est le 6ème édo, Oguola, qui pria le roi Yoruba de lui dépêcher l'un de ses orfèvres : dès lors les artisans "bronziers" se développèrent à Benin.

233-Portugais-arbal--te.jpg Portugais avec une arbalète et un oiseau - XVI-XVIIè s
Plaque de laiton – Ethnologisches Museum - Berlin

Toutefois c'est l'arrivée des Portugais à la fin du XVè s., qui porta la métallurgie béninienne à son apogée: en effet, lorsqu'ils établirent de fructueux échanges commerciaux avec les Edo, ils utilisèrent des manilles de laiton comme monnaie d'échange ; les Bini les fondirent. Reste qu'ils ne limitaient pas leurs échanges aux seuls Portugais ; or eux seuls sont fréquemment représentés sur les plaques royales. Selon Jacqueline Delange, pour résister à l'époque aux trafics et compétitions commerciales du golfe de Guinée, la royauté bini se devait d'accroître son prestige. Quelle plus belle opportunité que de faire figurer le Portugais auprès des grands du royaume ? De plus, les Béniniens avaient très vite associé ce blanc venu par la mer au dieu de l'océan – Olokun, pourvoyeur de richesse – ce qui justifie la fréquence du poisson dans leurs sculptures. Dès lors, intégré à l'art officiel, le Portugais ne constituait plus une menace pour l'ordre social ; son assimilation renforçait l'image d'un pouvoir fort et celle de la puissance économique du royaume. Notons qu'à la même époque l'élite française frissonne et s'interroge à l'arrivée de trois Indiens, les fameux "brésiliens" de Montaigne…

 
252-Peinture-corporelle-haut.jpg Trois jeunes gens ornés de peinture corporelle - XVI-XVIIè s.
Plaque de laiton. Ethnologisches Museum - Berlin

On peut remarquer, par ailleurs, l'importance des têtes de "bronze" sculptées en volume, et en premier celles des oba. On sait grâce à Hélène Joubert que tout l'art africain privilégie la représentation de cette partie du corps. Mais ici, il s'agit surtout de têtes d'hommes, non stylisées, très réalistes ; seuls quelques pendentifs de ceinture en ivoire représentent des masques féminins. Les Edo constituent une société guerrière, d'éthique masculine fondée sur l'action et l'ostentation. La femme n'y a pas sa place, sauf celle qui engendre les dieux Rois, telle la reine mère dont l'effigie est à l'affiche de l'exposition:


169-t--te-reine-m--re-uhunmwun-elao.jpg Tête commémorative d'une reine mère - XV-XVIè s.
Ethologisches Museum - Berlin

Hélène Joubert précise que, dans les croyances bini, la tête représente la capacité de chaque homme à gérer ce qu'il a reçu en partage, à décider de sa voie d'accomplissement au plan matériel. Bien que polythéistes, les Edo de cette époque ne subissaient donc pas l'assujettissement psychologique et moral à leur lignage, comme c'est fréquent en Afrique. Ils glorifiaient le choix et la responsabilité individuelle des actes. On perçoit alors mieux la signification de l'autel ancestral, présent jusque dans les milieux populaires edo. Tout homme (mâle) participait à son élaboration en y déposant un bâton-hochet comme preuve de chacune des réussites de sa vie. La mort seule finalisait l'évolution de chaque existence. La modernité de cette morale existentielle mérite réflexion quand subsistent encore au XXIè siècle des préjugés eurocentriques à l'égard de l'Afrique Noire.

192-Autel-de-la-main-ikegobo-d-un-OBA.jpg Autel de la main d'un Oba - XVIIIè s.- Laiton
British Museum  - Londres

• Même mutilée par les Britanniques en 1897, cette civilisation edo perdure. Il reste à méditer le beau préambule du catalogue, signé par l'actuel oba, Omo N'Oba Erediauwa : en espérant la restitution des objets pillés par les Européens, c'est à notre considération respectueuse de la dignité de son peuple qu'il fait appel.

Rédigé par Kate
Sources :
Le catalogue : Bénin - Cinq siècles d'art royal, éd. Snoeck, 535 pages, 55 €.
Jacqueline Delange : Arts et peuples de l'Afrique Noire
Hélène Joubert : L'Art africain
Wikipédia : Royaume du Bénin






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Mardi 12 septembre 2006 2 12 09 2006 09:38




  LA ROUTE DES FRESQUES  


À part celles de la chapelle Sixtine au Vatican, les fresques sont moins populaires que les tableaux, sur bois ou sur toile, qui trônent dans nos grands musées. Pourtant elles méritent notre attention, en raison de leur technique qui a dépéri depuis le XVIIè siècle, en raison de leur intérêt historique (invention du paysage par exemple), en raison aussi de leurs qualités esthétiques.

La fresque a été surtout pratiquée en Italie entre 1300 et 1550. C'est donc essentiel pour comprendre la Renaissance. Particulièrement en Toscane où les fresques abondent : Florence bien sûr (fresques du Palazzo Vecchio, fresques de plusieurs églises et couvents), Sienne (Palazzo Vecchio, Baptistère), San Gimignano (duomo et église S. Agostino), Pise (Triomphe de la Mort au Campo santo, sauvé de l'incendie de 1944), Arezzo (fresques de Piero della Francesca d'après le texte de Jacques de Voragine sur la Vraie Croix), Monte Oliveto Maggiore (fresques de Sodoma) etc.

En voici quelques exemples :

Fra Angelico. L'Annonciation. 1442.
Couvent de San Marco, Florence.

Le condottiere Guidoriccio da Fogliano
Attribué à Simone Martini
Sienne, Palazzo Publico (Museo civico), 1328



Pise, Campo santo, Le triomphe de la mort, vers 1350.

Bennozo Gozzoli, Fresque de la vie de saint Augustin,
1465, San Gimignano.

Sodoma, 1502.
Comment Florent envoie de mauvaises femmes au monastère
Monte Oliveto Maggiore


Ce modeste aperçu n'avait pour seule ambition qu'attirer votre attention sur les fresques. En espérant que vous voudrez en savoir plus …


LA ROUTE DES FRESQUES

Infos pratiques

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Et aussi, la Vie du Christ de Gaudenzio Ferrari (1513)
en haute définition à zoomer :





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