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LITTERATURE ANGLAISE & AMERICAINE

Jeudi 19 novembre 2009 4 19 11 2009 11:34

Un narrateur anonyme, membre de la bande informelle des gamins d'une rue d'un quartier populaire, raconte les aventures des adultes qui y habitent. L'action se passe à Port-of-Spain, la capitale de Trinidad, où Vidiadhar Surajprasad Naipaul est né en 1932. Nous sommes dans les années 40-45. Les troupes américaines installent une base dans l'île et y amènent du chewing-gum et de providentiels dollars. À la fin du récit, le narrateur, en qui l'on doit partiellement reconnaître V.S. Naipaul, prend l'avion pour aller étudier à l'étranger.

Ce roman présente l'originalité, non d'être semi-biographique, mais de faire le portrait, en dix-sept brefs chapitres, de personnages originaux, d'origine indienne ou africaine, qui ont surtout en commun d'être naïfs, excentriques, ou un peu décalés. L'un, prétendument menuisier, s'apprête à construire une chose qui n'a pas de nom.  Un autre met le feu à sa maison en se prenant pour un pyrotechnicien. L'oncle du narrateur aime bricoler les voitures au risque de créer des pannes irrémédiables au moment où l'on a besoin d'un véhicule. Tel autre anti-héros ne va pas toucher son gain à la loterie car il ne croit pas ce qu'écrivent les journaux qui publient le résultat des tirages.


« Un étranger qui traverserait en voiture Miguel Street dirait "pouillerie", parce qu'il ne verrait rien d'autre. Mais nous qui y vivions, voyions notre rue comme un monde où chacun était très différent de l'autre. Man-Man était fou ; George stupide ; Big Foot un matamore ; Hat un aventurier ; Popo un philosophe ; et Morgan notre comédien.»


Par le regard des jeunes gens de Miguel Street on contemple une vie populaire toute simple, proche de la misère matérielle pour certains. Mais on s'amuse surtout des déconvenues personnelles des adultes, des couples qui se défont, de l'alcool source de violence conjugale, le tout dans une atmosphère plutôt bon enfant et portée à la blague.

Quand Edward prend une femme blanche et vraiment très pâle, les voisines jasent : « C'est une de ces filles modernes. Elles veulent que leur mari travaille toute la journée et qu'en rentrant à la maison ils fassent la cuisine, le ménage et lavent la lessive. Tout ce qu'elles savent faire, c'est mettre de la poudre et du rouge sur leur figure et marcher en trémoussant leur arrière-train...» Quand il apparut que le coupel n'aurait pas d'enfant, la sanction des voisines tombe : « Comment voulez-vous que des femmes roses et pâles comme ça puissent avoir des bébés ?» Plus tard, elle le quittera pour un Américain. Quitter l'île est le rêve de beaucoup, au risque de se faire escroquer.

Ce troisième ouvrage de V.S. Naipaul se lit agréablement et au rythme enjoué de la calypso.

V.S. NAIPAUL
Miguel Street
Traduit de l'anglais par Pauline Verdun
10/18 - 1994, 231 pages.

Par Mapero - Publié dans : LITTERATURE ANGLAISE & AMERICAINE
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Mardi 27 octobre 2009 2 27 10 2009 08:46

George Pelecanos qui est natif de Washington D.C. y situe ses polars. Dans un premier cycle, celui de Nick Stefanos, on suit les enquêtes de cet immigré d'origine grecque, comme l'auteur. Enquêteur, mais à temps partiel : Nick, ancien flic, tient un bar, le "Spot", fréquenté par ses anciens collègues, comme Boyle.

Une nuit, au bord de l'Anacostia, affluent de rive gauche qui rejoint le Potomac à Washington, Nick se retrouve témoin d'un meurtre. Il est trop cuité pour réagir immédiatement. La vie de Nick Stefanos tourne en effet autour de la bière et du bourbon. Mais il a d'autres passions. Il conduit une voiture presque de collection : « une Dodge Coronet 500 de 66, blanche avec un intérieur rouge, un tableau de bord chromé et un 318 sous le capot…» Son autre grand amour est une rouquine du nom de Lyla, une barmaid également très assoiffée, pas seulement de bière. Elle a aussi une activité de journaliste à "D.C. Hebdo", un journal local où on passe des petites annonces de toutes sortes. Enfin il y a un chat à la maison, auquel Nick donne à manger de temps en temps. Pauvre greffier.


Le lecteur s'aperçoit très vite que Nick a une consommation d'alcool qui atteint des sommets : « ma chambre sentait l'alcool » remarque-t-il quand Lyla vient le sortir de sa sieste. Car il boit sans modération : chez lui, au bar, en voiture… Le lecteur risque de voir le bouquin lui tomber des mains par lassitude sous l'effet de cette répétition alcoolique. Il y a quand même une intrigue, pas très compliquée, qui se précise au milieu du livre : le jeune Calvin Jetter – c'est la victime – était embarqué avec son copain Roland Lewis dans des combines de drogue, de drague et de cinéma porno. Aidé du mystérieux Jack LaDuke, Nick mène une enquête qui l'amène dans diverses périphéries de la ville. Des quartiers résidentiels. Des entrepôts glauques. La victoire sur les forces du mal ne sera pas sans anicroches… C'est un euphémisme.

George PELECANOS
Anacostia river blues
Traduit par Jean Esch
Pocket, collection « Thriller », 2001, 290 pages
.

Par Mapero - Publié dans : LITTERATURE ANGLAISE & AMERICAINE
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Lundi 25 mai 2009 1 25 05 2009 17:54
Cioran, on ne le conseillerait déjà pas au lecteur guéri d'une grave dépression ! Mais lire "La Route" de Cormac McCarthy ce serait un traitement de choc, une thérapie radicale pour tout lecteur souffrant d'un excès irrépressible… d'optimisme. Même sans aller au bout des 250 pages, il risquerait d'en guérir définitivement. On comprend que le prix Pulitzer ait salué cette forte pharmacopée.

La 4è de couverture n'est pas de la publicité mensongère : «L'apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et un fils errent sur une route, poussant un Caddie ® rempli d'objets hétéroclites. Dans la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du Sud, la peur au ventre : des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l'humanité.»

Par bonheur — ? — il ne semble pas que ce soit le résultat d'une guerre nucléaire : les survivants n'ont pas de compteur Geiger ® dans leurs affaires et l'enfant né après l'apocalypse n'a pas de malformation, il n'a pas subi de transformation génétique. Voilà qui peut rassurer certains écologistes. Par bonheur encore, il ne semble pas non plus que la tragédie doive quoi que ce soit au réchauffement climatique, les côtes sont encore à la même place que sur les cartes routières quand le père et son fils atteignent le littoral ; et même : le climat de l'Amérique s'est rafraîchi puisque la poussière masque le soleil. Voilà qui va rassurer d'autres écologistes. L'un des immenses bonheurs vécus par le fils est de boire un Coca Cola ® trouvé dans au fond d'un supermarché en ruine mais pas encore pillé à 100%. Et pour le père c'était aussi un immense bonheur de l'offrir à son fils. Ainsi nous restons bien dans la civilisation américaine — même après la fin de l'histoire.

"La route" n'est pas un roman de science-fiction comme il s'en est tant écrit, même avec une dimension de critique sociale. Pas davantage de la politique-fiction puisqu'on ne sait à quelle cause humaine attribuer la catastrophe planétaire. En reprenant le thème de la route, l'auteur s'inscrit à l'évidence dans un courant abondant de la littérature américaine du XXe siècle. Mais par dessus tout, c'est un conte métaphysique et moral qui met en jeu le bien et le mal, le sens de la vie et de la mort. Il faut aussi faire très attention aux objets que le père et le fils trouvent dans les cendres et les décombres : un inutile canot de sauvetage et des fusées de détresse. Au bout de la route ils trouvent la mer — désormais infiniment grise — et les poissons morts entassés sur l'estran. No future.


Cormac McCarthy
La Route

Traduit par François Hirsch
Editions de l'Olivier,  2008, 251 pages (édition Points)



Par Mapero - Publié dans : LITTERATURE ANGLAISE & AMERICAINE
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Dimanche 19 avril 2009 7 19 04 2009 15:45
  Un auteur se penche sur son passé : dans un introduction que vous ne devriez pas lire, Thomas Pynchon commente ses cinq nouvelles écrites entre 1958 et 1964 et publiées séparément dans diverses revues. Il leur trouve tant de défauts que vous ne pouvez que croire en sa modestie à lui qui apprenait lentement. Mais si d'aventure il vous venait l'idée de lire ces histoires, attendez vous  quand même à quelques déconvenues. En fait l'auteur s'est assez bien jugé... La lecture du 3è des 5 textes est dispensable : ne perdez surtout pas votre temps avec « Entropie », totalement illisible et absconse. Pas grave : c'est le texte le plus court.

  On peut apprécier « Basses terres » où plusieurs personnages un peu pittoresques, comme Dennis qui fuit sa femme et son analyste mexicain, se retrouvent dans une décharge où vivent clandestinement des roms. « Sous la rose » avec ses airs d'OSS 117 au temps de la crise de Fachoda n'est pas sans un certain comique et ressemble à quelque BD avec espions à Alexandrie puis au Caire, avec poursuites en calèche et coups de feu. Et même avec  une victime qui n'est pas celle que le lecteur pouvait supposer.

La nouvelle qui ouvre le recueil, « Petite pluie », met en scène des bidasses que l'on envoie en Louisiane après le passage d'un ouragan dévastateur. L'un d'eux, Levine, est particulièrement tire-au-flanc. L'arrivée de Bouton d'or va opportunément sortir ces Messieurs de leur glandouille. Ce serait gentillet s'il n'y avait pas tous ces cadavres à repêcher dans les marécages. En prime, quelques airs de blues, de jazz et de country.

Le texte que j'ai préféré de beaucoup est « Intégration secrète » et pour plusieurs raisons. D'abord, l'auteur y gère ses personnages, de jeunes garçons, de façon magistrale. Autour de Grover le fort en thème, s'agitent Etienne, Tim, Hogan. La bande aime à se prendre pour un groupe de conspirateurs et à se replier sur son repaire au fond d'un domaine abandonné et peut être hanté que l'on parcourt en barque en compagnie d'un chien basset. Il y a aussi ce Carl Barrington qui est un jeune homme de couleur comme on disait et avec qui tous s'entendent très bien. Mais voilà qu'on apprend que les parents Barrington n'ont pas d'enfant ! Quant aux parents de Grover, de Tim, de Hogan et d'Etienne, leur conduite avec la famille Barrington n'est pas du tout correcte. Si les enfants sont plus ouverts que leurs parents, l'optimisme n'est pas un vain mot.

  Ce livre peut faire entrer à petits pas dans le monde de Pynchon avant d'oser entreprendre de plus grandes aventures. "La vente à la criée du lot 49" serait toutefois, à mon avis, une meilleure opération d'initiation à l'œuvre de l'homme invisible.

Thomas PYNCHON
L'homme qui apprenait lentement

Traduit par Michel Doury
Seuil, 1985 et "Points" 2007, 239 pages.





Par Mapero - Publié dans : LITTERATURE ANGLAISE & AMERICAINE
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Mardi 10 mars 2009 2 10 03 2009 11:33

Dix nouvelles et un petit roman de quatre-vingt pages, "Abîme", forment ce recueil au fort contenu thématique. Ce n'est pas pour rien que le titre est : "Péchés Innombrables". Certes, chaque texte illustre l'adultère, mais celui-ci est bientôt accompagné d'un ou plusieurs incidents, voulus, ou dûs au hasard, qui font déraper la relation de couple que l'auteur a d'abord glissée sous nos yeux, et qui ruinent le sentiment de réussite personnelle de l'un ou des deux protagonistes. L'Amérique s'est bien construite sur la recherche du bonheur, n'est-ce pas ?

L'incipit d' "Intimité" fixe un point de départ qui pourrait être repris pour la plupart des autres textes : « À l'époque, nous formions encore un couple heureux.» Dans "Un moment privilégié", après avoir assisté à un accident de la circulation qui a coûté la vie à un piéton, Wales se remémore des funérailles alors que Jena, hésite à rompre avec lui. Quand elle lui demande s'il serait disposé à tuer son mari, on devine que leur soirée sera gâchée. Dans "Appel", l'incapacité du narrateur à tirer sur un canard sauvage, alors que son père a organisé une partie de chasse pour lui, se traduit par l'éloignement définitif du père qui, un an auparavant, a quitté son foyer pour aller dans une autre ville vivre avec un homme. Dans "Le chiot" c'est précisément le fait de trouver un jeune chien dans leur jardin soigné qui vient perturber le couple déjà fragile de Sallie et Bobbie ; vont-ils le garder ou s'en débarrasser ? Dans "Dominion" la relation entre Madeleine et Henry va trouver une issue cocasse et imprévue quand téléphone un personnage qui cherche à se présenter comme le mari de Madeleine — et pour cette raison c'est le texte que j'ai préféré. En lisant "Abîme", avant même que Howard et Frances ne parviennent au bord du Grand Cañon du Colorado, l'hypothèse d'une suite conforme au titre est précédée par la vision des cafards morts sous l'insecticide et des deux lièvres écrasés par Frances au volant de la Lincoln. Ils font écho au raton laveur écrasé près de la Mercédès de Stevens Reeves lorsqu'il s'est arrêté après que Marjorie lui a confessé maladroitement son infidélité dans "Sous la surface".

Contrairement aux personnages du " bout du rouleau ", les hommes et les femmes que ces nouvelles mettent en scène ne sont pas des marginaux, mais des actifs des classes moyennes aisées typiques de l'Amérique de George W. Bush. Les deux agents immobiliers aux performances qui leur valent des distinctions professionnelles (dans "Abîme") s'accordent bien avec le boom immobilier qui vient de mener au krach financier des "subprimes" et à la crise économique actuelle. C'est donc à tort selon moi que certains critiques ont reproché à l'auteur de choisir comme héros (ou anti-héros) des gens que n'affecte pas le souci des finances des fins de mois, tels ces avocats d'affaires que sont Faith ("Crèche"), Henry ("Dominion"), Bobbie ("le Chiot"), tandis que dans "Charité" se trouve évoqué le boom immobilier le long de la côte pittoresque du Maine. Et puis Richard Bascombe, désormais le personnage le plus célèbre de ceux que cet auteur à créés, n'est-il pas lui même agent immobilier ? Ces personnages sont bien de leur époque, les années 2000, comme le classique " Babbitt " de Sinclair Lewis représentait bien la société américaine des années 20, ces "roariing twenties" qui menèrent elles aussi au krach.

S'il peint la société américaine, Richard Ford n'oublie pas pour autant l'espace géographique, depuis les gratte-ciel de Chicago, et leurs murs-rideaux de verre, où sur la buée Madeleine écrit "Denny", peut-être le prénom de son nouvel amant, jusqu'aux bayous de Louisiane, depuis les grands espaces encore déserts de l'Arizona, et le littoral découpé de Nouvelle-Angleterre avec les villas de "style fédéraliste" c'est-à-dire le néo-classique du début du XIXe siècle, jusqu'à l'urbanisation horizontale dévorant l'espace de Flagstaff. En comparaison avec un souvenir de voyage des années 80, Howard y découvre que « Les rues avaient doublé de largeur et [qu'] il y avait maintenant d'innombrables motels, fast-foods et stations de lavage.»  La précision des lieux décrits est même fiable : la fourrière où échoue le chiot est située au bout de Rousseau street et cette rue existe bel et bien à La Nouvelle Orléans au sud du centre ville, non loin des quartiers d'entrepôts de la "Conjuration des Imbéciles " de J.K.Toole.

En somme, Richard Ford a su montrer une société souvent futile et où le sexe tient lieu de passe-temps culturel à ceux qui ont échappé au puritanisme. Une société matérialiste où « Madeleine n'ignorait rien du prix des choses : engrais, transport ferroviaire, porte-conteneurs remplis de soja, maïs…» même si elle est canadienne et qu'elle a un jugement parfois critique envers ces Américains sensés fêter, lors de Thanksgiving, le fait que les Blancs n'aient pas été tués par les Indiens de Manhattan : « L'assassinat est votre dada aux États-Unis, non ? » Ainsi, ces nouvelles m'ont souvent plus intéressé par leurs moindres détails que par leur projet global fondé sur l'adultère, ce vieux fond de commerce de la littérature la plus courante.


Richard FORD
Péchés innombrables

Traduit par Suzanne V. Mayoux.
L'Olivier, 2002 et Points-Seuil, 2004, 371 pages.

(Note du 2 avril 2009)=> LIRE le DOSSIER "Richard FORD" de Lecture/Ecriture


Par Mapero - Publié dans : LITTERATURE ANGLAISE & AMERICAINE
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Samedi 21 février 2009 6 21 02 2009 10:42
Sud-africaine de naissance, documentariste à New York, Ceridwen Dovey a bâti un roman, aussi surprenant que son prénom, sur la chute d'un dictateur quelque part dans une capitale au bord de la mer. Le thème du dictateur est l'un de ceux qui ont le mieux fleuri dans la littérature depuis un siècle. Qu'on pense à "Tirano Banderas" de Valle-Inclan (1926), à "Moi le suprême" de Roa Bastos et tant d'autres plus récents rien que dans le domaine espagnol, comme à "En attendant le vote des bêtes sauvages" d'Ahmadou Kourouma et à de nombreux autres titres d'auteurs africains. L'originalité de ces "Liens du sang" est de passer par l'entourage intime du dictateur, pas par les politiciens qui procèdent de son pouvoir.

Tour à tour, le portraitiste, le coiffeur, et le cuisinier du Président se voient donner la parole, non sous la forme d'interviews, mais parce que le narrateur change d'un chapitre à l'autre. Pas de prénom, rien que la fonction. Ce procédé donne évidemment à l'histoire une allure de fable. Pour enrichir le point de vue, et pour donner corps à l'action, la fiancée du frère de son coiffeur, la fille de son chef de cuisine, et l'épouse de son portraitiste viennent apporter leur contribution au récit. Le lecteur doit faire un petit effort pour suivre ces changements de point de vue qui donnent parfois une impression de vertige comme si on voulait l'hypnotiser. Ou comme s'il fixait des yeux certaines œuvres de Vasarely. Il risque aussi de se perdre un peu dans ces "liens du sang" car des amours cachées sont venu brouiller les pistes !

Quand le coup d'État ou la révolution renverse le Président, il revient au Commandant de gouverner. Le portraitiste, le coiffeur et le cuisinier se retrouvent d'abord en résidence surveillée. Le lecteur s'imagine qu'ils vont subir les foudres du Commandant — il a tort. Ceridwen Dovey a imaginé un scénario déconcertant en utilisant la vie privée des uns et des autres. On évite ainsi tout pathos sur le pouvoir absolu qui corrompt absolument ou toute considération bien connue sur les droits de l'homme. L'amie du frère du coiffeur — la femme sur la couverture ? — va se retrouver telle un enjeu entre le commandant et le coiffeur, tandis que le nouveau pouvoir commencera à donner les premiers signes du retour à l'ordre.

Les pinceaux et les fusains du portraitiste ne risquent pas de mettre en danger le Président ou le Commandant puisqu'il n'est pas question d'un caricaturiste. Mais le coiffeur et le cuisinier utilisent eux des outils nécessairement tranchants. Aussi le lecteur découvrira une "issue dévastatrice" comme dit la 4è de couverture. Je ne dévoile donc rien en disant qu'il découvrira aussi comment préparer les ormeaux et comment cuire les langoustes. Bon appétit.

Ceridwen DOVEY
Les liens du sang
Traduit de l'anglais par Jean Guiloineau
Éditions Héloïse d'Ormesson, 2008, 214 pages.



Par Mapero - Publié dans : LITTERATURE ANGLAISE & AMERICAINE
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Jeudi 19 février 2009 4 19 02 2009 10:46

Le titre de ce roman publié en 1987 s'explique dans les toutes dernières pages du livre, quand Œdipa Maas apprend que la collection de timbres sera vendue par lots. Ça ne se passera pas chez Christie's mais à San Narciso dans un vieux bâtiment qui datait de la Seconde guerre mondiale, sur un plancher de séquoia, car nous sommes en Californie. Ne cherchez pas San Narciso sur votre atlas routier Rand McNally, ce comté n'existe tout simplement pas… Mais « San Narciso est dans le sud, près de Los Angeles » nous dit l'auteur, et du côté de Kinneret-among-the-pines.

Pourtant, que de choses sont véridiques dans cette philatélique histoire très "à l'ouest" ! Ainsi l'histoire des Thurn und Taxis — alias de la Tour et Tassis — qui créèrent des services postaux dans l'Europe de la Renaissance, ce qui a lointainement abouti à la création d'un jeu de plateau, et inspiré des jeux de rôle, comme une petite visite chez Google vous le révélera. Face à ce monopole du grand capital, puis d'US Postal, s'est dressé le réseau rival et occulte dénommé WASTE (!), organisation alternative de Tristero System, fondée par Trystero — triste héros noir et nocturne —  dont les traces se perdent dans "The Courier's Tragedy" de Richard Wharfinger, un spectacle auquel vous assisterez également à San Narciso en compagnie d'Œdipa Maas. Ne cherchez pas non plus ce Richard Wharfinger dans votre dictionnaire de la littérature anglaise car ce contemporain de Shakespeare n'existe évidemment pas... Le professeur Emory Bortz en est néanmoins le spécialiste et des exemplaires de cette œuvre théâtrale se vendaient chez Zapf, livres d'occasion, avec un crâne sur la couverture. Un navrant incendie réduisit en cendres la boutique, juste avant l'arrivée d'Œdipa, car cet idiot de Zapf croyait toucher la prime d'assurance. Rien à voir avec le Zapf de David Lodge !

Ce qui existe bel et bien dans ce petit monde romanesque de Thomas Pynchon, c'est donc une série de personnages singuliers et originaux. À commencer par cette Œdipa Maas, 28 ans et sans complexe, qui apprend que son ex-amant, le riche hommes d'affaires Pierce Inverarity, vient de décéder en faisant d'elle son exécutrice testamentaire. Le lecteur la suit tout au long de son jeu de pistes. Qui dit Œdipe dit psychanalyste, et voilà justement l'inquiétant Doktor Hilarius ; il a été formé à Buchenwald en disciple de Freud et non de Jung, avec des SS qui travaillaient « sur des cas de folie artificiellement provoquée » et « des scènes de Brecht à minuit » et lui, Hilarius, c'était le spécialiste des grimaces. En suivant Œdipa, vous rencontrerez aussi une fausse CIA, de faux Beatles et de faux uniformes nazis. Vous regarderez aussi un vieux film sur le débarquement des Dardanelles, tandis qu'elle se préparera de façon originale à une partie de strip poker contre son avocat. Et mille autres choses inattendues.

Malgré sa relative minceur, ce roman est un époustouflant monde abyssal, où l'on plonge sans bouteilles, sauf de vodka, tequila ou « vin de pissenlit ». Le "tout petit monde" des pynchonologues et pynchomaniaques ne peut que croître et prospérer — la nuit particulièrement. Et même sur Facebook.
 
Thomas PYNCHON
Vente à la criée du lot 49

Traduit de l'anglais par Michel Doury
Seuil, Points, 2000, 212 pages.

Par Mapero - Publié dans : LITTERATURE ANGLAISE & AMERICAINE
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Mercredi 18 février 2009 3 18 02 2009 17:15

Richard Ford fait aujourd'hui partie des auteurs américains à succès. À juste titre si l'on en croit les magazines et les critiques littéraires saluant la publication de son dernier roman. Pourquoi donc suis-je allé dénicher celui-ci paru en 1986 sous le titre "The Ultimate Good-Luck" ?

• Harry Quinn a servi au Vietnam et il a eu la chance d'en revenir entier. En sera-t-il de même de cette expédition au Mexique ? Le jeune vétéran s'est fourré dans un piège pour les beaux yeux de Rae : tout le monde dit qu'elle est très belle.

Le guêpier est simple en fait. Le frère de Rae, Sonny, aussi peu futé que sa soeur est jolie, a été arrêté au Mexique pour un trafic de cocaïne. Sans trop savoir de ce qui s'est passé, Rae a envoyé son petit ami pour organiser la libération du frangin. Avant même qu'elle ne débarque des Etats-Unis avec une forte somme pour financer la libération, les choses se compliquent, et prennent une vilaine tournure. À qui peut-on faire confiance dans cette province mexicaine gangrenée par la corruption, le trafic de stupéfiants, et la guérilla ?

L'action se déroule à Oaxaca, en pays zapotèque. Sur le zocalo, on rencontre des touristes en short, des américains et des allemands. On consomme du mezcal et de la téquila. Des glaces aussi, car il fait chaud au Mexique. Il faut se méfier des scorpions comme des avocats, et des tueurs comme des militaires. De plus, Harry Quinn a des douleurs d'estomac. Mais c'est un gentil garçon qui offre un bijou et des fleurs à Rae. Entre autres qualités, il sait aussi se servir d'un revolver.

Avec des dialogues qui se traînent et une action dans laquelle on a du mal à se sentir concerné, ce deuxième roman de Richard Ford est, vous l'avez compris, une lecture dispensable. Mais Hollywood saurait  certainement en tirer un bon film d'action…

Richard FORD
Le bout du rouleau

Traduit par Brice Matthieussent
Editions de l'Olivier, 1992 (Seuil, coll. Points, 1994), 250 pages.

===> LIRE LE DOSSIER "RICHARD FORD" DE LECTURE/ECRITURE



Par Mapero - Publié dans : LITTERATURE ANGLAISE & AMERICAINE
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Lundi 1 septembre 2008 1 01 09 2008 00:00

Attention, chef-d'œuvre romanesque ! C'est pourtant un roman plausible que le psychiatre californien Irvin Yalom a osé intituler « Et Nietzsche a pleuré ». Sous une forme classique l'auteur place son récit à la naissance de la psychanalyse et au coeur de la création de la philosophie de NIETZSCHE, juste après le "Gai Savoir". Tout se passe entre le 21 octobre et le 18 décembre 1882, à Vienne pour l'essentiel. Outre le philosophe allemand l'action réunit une poétesse de 21 ans et deux célèbres médecins viennois.

Fille d'un général russe, Lou SALOMÉ est la belle intrigante qui déclenche l'histoire. Après avoir conquis Nietzsche, elle l'a trahi pour Paul Rée : leur ménage à trois n'a pas fonctionné. Nietzsche en nourrit le plus noir des désespoirs. Aussi cherche-t-elle un médecin qui l'en guérisse pour le plus grand profit de la philosophie future. Elle s'adresse à Joseph BREUER, médecin juif et barbu, spécialiste des maladies nerveuses. N'a-t-il pas soigné l'hystérie d'Anna O. en recourant au mesmérisme ? Breuer qui vient d'avoir quarante ans et mène une vie rangée de bourgeois de la capitale des Habsburg accepte cette mission secrète et que l'on croit impossible. Ceci étonne son entourage, son gros beau-frère Max, champion d'échecs, comme son jeune ami FREUD déjà impliqué dans la science des rêves et aussi confident des amertumes de Mme Breuer — « Tu vois, Sigi, il ne me parle presque plus ! » — car ce brave (?) Dr Breuer est obsédé par l'image de sa plus illustre patiente, Anna O. évidemment. Ce pseudonyme cache Bertha, cette hystérique qui le pourchasse dans ses rêves et monopolise sa libido – même s'il se le cache. Ni Mathilde, sa femme, ni Melle Becker sa secrétaire ne sont dupes.

Friedrich Nietzsche poussé par son entourage (par Franz Overbeck et non par sa soeur Elisabeth) débarque à son tour dans le cabinet du 7, Bäckerstraße. Un patient pas commode avec ses gros yeux, sa grosse barbe, sa redingote noire, sa mallette noire emplie des ordonnances des vingt-quatre prédécesseurs de Josef Breuer. Ainsi commence une « cure par la parole » car le roman est vite devenu une transcription des échanges entre Breuer et Nietzsche. Une des scènes les plus dramatiques intervient dans la chambre misérable que loue le philosophe. Mal soigné et victime d'automédication, Nietzsche paraît au plus mal. Breuer appelé d'urgence trouve l'Antéchrist quasiment mort. Pourtant sa voix affaiblie demande — inconsciemment — l'aide du docteur qui parvient magistralement à soigner la crise de migraine du penseur. Pour aller plus loin, encore faut-il contourner les défenses psychologiques du patient, toujours aux aguets pour refuser des propositions charitables. Pour Breuer, c'est là que le talent de joueur d'échec se révèle utile. Devenu Eckart Müller, le malade de la chambre 13 de la clinique Lauzon, Nietzsche s'est laissé convaincre de la sincérité de Breuer : le médecin s'est fait élève du maître ; il lui a demandé de soigner ses angoisses, son désespoir... Par cette manœuvre, Breuer a cru garder son prestigieux patient et taire la vérité à Lou Salomé revenue aux nouvelles.

Mais Breuer n'avait pas pris en compte la volonté de puissance de Nietzsche. Le médecin, qui croit toujours guérir Nietzsche en se faisant analyser, voit bientôt ses faiblesses s'étaler devant lui. Sa vie n'était qu'une suite d'aléas, jamais il n'avait fait de libres choix. Son mariage était une farce. Sa carrière un ratage. Son amour pour Bertha une illusion — facilitée par ce que sa mère se prénommait aussi Bertha ! Au fil des séances à la clinique Lauzon, le Dr Breuer a aussi pu apprendre — et Irvin Yalom nous enseigner — les bases de la pensée de Nietzsche (avec quelques citations explicites comme "Deviens ce que tu es…") tout en guérissant de sa passion coupable pour Bertha. À vrai dire, la participation de Freud recourant à l'hypnose pour l'occasion s'avéra nécessaire à l'accomplissement du miracle.

Sans attendre l'An 2000, Nietzsche a donc ainsi trouvé un premier disciple et un ami en la personne du brave Dr Breuer. D'où ses pleurs. Pourra-t-il ensuite écarter de son esprit l'inquiétante Lou Salomé et se consacrer enfin à son "fils spirituel" : Zarathoustra ? Le roman ne le dit pas, mais le lecteur le sait déjà.


Irvin  YALOM
Et Nietzsche a pleuré

Roman traduit de l'anglais par Clément Baude
Paris, Galaade Éditions, 2007, 430 pages.

 


Par Rousseau - Publié dans : LITTERATURE ANGLAISE & AMERICAINE
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Mardi 5 août 2008 2 05 08 2008 17:06

 
Géographie des États-Unis

Quiconque a dû réaliser pour le bac un croquis de géographie des États-Unis connaît bien ce méridien 100° Ouest qui découpe l'Union en deux parties contrastées. À l'Est, deux siècles de capitalisme industriel et d'urbanisation ont tout dévasté. Plus rien à sauver. En revanche, à l'Ouest de ce méridien, la nature n'est certes plus très vierge mais on essaiera de limiter le désastre du développement, de la mise en valeur et de l'aménagement. Genévrier, sauje, vautour, faucon à queue rouge et pédiculaire des bois y vivent encore mais il faut agir vite ! Déjà des métropoles à l'air empoisonné s'y étalent, immenses, modernes : ces Sodome, Gomorre, Ninive et Babylone générant des pollutions innombrables. Routes bordées de canettes vides. Déforestation accélérée. Mines de charbon à ciel ouvert pour alimenter des centrales voraces. Cabanes abandonnées il y a vingt ans par des prospecteurs d'uranium. Multiples réseaux électriques pour l'air conditionné. Ciel en passe de devenir « le dépotoir des résidus des raffineries de cuivre, des cochonneries que Kennecott, Anaconda et Phelps-Dodge envoyaient par leurs cheminées crachant des nuages empoisonnés.»

Tandis que les Indiens Utes, Hopis et autres Navajos, gavés d'alcools et de conserves, écoutent leurs crooners préférés sur KAOS, la station de Flagstaff, quatre eco-warriors hyperactifs écument la région de Glen Canyon pour renvoyer au chaos un maximum de ponts, voies ferrées et chantiers divers entre Kanab, Utah, et Page, Arizona — et leur traque commence. Le roman prend çà et là l'allure d'une épreuve de lecture de cartes topographiques : Glen Canyon, Marble Canyon, Kaibito Canyon, Vermillion Cliffs, Black Mesa, Lizard Rock, Gold Gulch, Smoky Mountains, Kaiparowits Plateau. Comme pour lire "No Country For Old Men" de Cormac McCarthy on peut tenter de suivre nos personnages avec l'atlas routier Rand McNally ouvert aux pages "Utah" et "Arizona", sauf qu'ils ont tendance à lancer leurs engins hors pistes et à crapahuter pire que des chasseurs alpins. La lecture devient donc une progression épuisante pour suivre les bons comme les méchants.


Un western de 1975

Qui sont les bons, qui sont les méchants ? Au temps de la Guerre Froide, le western était limpide : il n'y avait de bon Indien que mort et il était une métaphore pour désigner le soviétique empire du Mal. Le lecteur appréciera tout autrement les deux camps dans ce moderne western  : si l'on y proclame le "Red Power" ce n'est pas pour évoquer le Kremlin.

En quatre chapitres l'auteur nous présente les membres du gang. Ne se séparant jamais de sa trousse médicale, Doc Sarvis, chirurgien exerçant à Albuquerque, passe ses soirées comme scieur de poteaux publicitaires avec Bonnie Abbzug, sa polyvalente secrétaire juive égarée de Brooklyn qui lui sert de chauffeur et de maîtresse. George W. Hayduke, ancien du Vietnam et psychopathe avéré, est un colosse à faire peur mais il serait capable de troquer son béret vert pour une casquette jaune de Caterpillar. Enfin Seldom Seen Smith est un joyeux mormon polygame qui organise des randonnées et du canyoning ; il a aussi empêché Mgr Love de réaliser un lotissement de plusieurs millions de dollars et celui-ci veut se venger et devenir Gouverneur de l'Utah. Ta, ta, ta.

Fier de sa Chevrolet Blazer jaune, l'évêque Love dirige une équipe de secouristes, bénévoles et mormons, aux jeeps et tous-terrains « soigneusement équipés de projecteurs, de râteliers d'armes, de treuils de radios ondes courtes, de roues de rechange, d'enjoliveurs chromés… » — évidemment ornés des blasons du comté, alors que les Rangers et Gardes Forestiers des parcs nationaux disposent en outre d'hélicos. Tous viennent participer à la traque du "gang de la clef à molette" à travers des paysages de westerns où ils remplacent la cavalerie d'autrefois, mais en retard comme elle, de manière à laisser nos pieds nickelés peaufiner encore un peu leurs destructions. Il y a même une sorte de  Rintintin qui réveillera la troupe alors que Hayduke s'apprêtait à se ravitailler.


McGyver chez Castorama

Toutes les forces du Développement Diabolique ont entrepris de détruire l'Ouest sauvage : «Grosse opération, murmura-t-il. Tracteurs, excavateurs, foreuses, bennes, citernes, quel putain de superbe dispositif !» C'est comme çà qu'il parle Hayduke, malgré les semonces de la belle Bonnie. Certains passages documentaires forment à la fois un précieux catalogue des matériels lourds pour gros chantiers (Caterpillar D-7 et D-9, Hyster C-4501 jaune à double tambour, GMC Terex de 40 tonnes, bulldozer Allis-Chalmers HD 41, et j'en passe) et le protocole de leur mise hors-service.

Entre séance de bricolage et cauchemar pour ingénieur du BTP, le récit rappelle quelquefois les impérissables aventures télévisuelles de McGyver et les exploits de BD des Pieds Nickelés. C'est la célébration du génie américain et d'une puissante industrie ! Jeep, pick-up ou beak Lincoln, peu importe, le gang écolo doit véhiculer de gros volumes de matériel : arc à acétylène, pinces coupantes, dynamite, carabines, revolver 0.357 Magnum, fusil à lunette, arbalète en acier, scie Mc Culloch. Sans oublier des caisses de munitions remplies de vivres, destinées à de multiples caches : packs de Budweiser, boîtes de beurre de cacahuète, de haricots et de chili. Une jeep d'occasion achetée chez Andy le Réglo et Johnny Top Dollar, vendue sans cric, mais pourvue d'un treuil pour câble de 150 pieds, joue aussi un rôle important. En vedette américaine pourrait-on dire.


Law and Order 

L'éco-gang est, on s'en doute, l'objet d'une traque acharnée. Celle-ci est longue à n'en plus finir car le fier Mgr Love veut capturer lui-même ses ennemis avant de les livrer au sheriff ou au FBI. Le gang est donc peu charitablement poursuivi par ce Mgr Love que rien n'arrête sinon une crise cardiaque sans doute consécutive à la fin tragique de sa belle Chevrolet Blazer. S'ouvre alors un procès improbable mais accéléré qui nous permet de retrouver nos héros — qui par le plus grand des hasards n'ont tué personne — jouant au poker au fond d'un canyon et… convertis à l'une « des 13 églises de l'allée de Jésus.»

• Malgré des longueurs à la mesure des déserts de l'Ouest et qui souvent épuisent et assoiffent le lecteur, voici un roman palpitant et ironique, au ton souvent misogyne, dont l'action se situe quelque part entre Terminator et le Club des Cinq, entre Mark Twain et Jim Harrisson. Finalement, je ne saurais dire si l'exploit était dans l'écriture ou la lecture de ce livre qui prétend être une éco-Bible.


Edward ABBEY
Le gang de la clef à molette

Traduit de l'américain (sauf pieds, yards et miles) par Pierre Guillaumin
Gallmeister, 2005, 487 pages
– Déjà publié chez Stock en 1997.
Publication originale : “The Monkey Wrench Gang“, 1975.

 


Par Mapero - Publié dans : LITTERATURE ANGLAISE & AMERICAINE
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