L'URSS des années 20, au temps de la NEP finissante et du grand virage de la
collectivisation
et la planification : telle est la toile de fond de ces
nouvelles satiriques, drolatiques, impertinentes, loin du "fantastique" au sens romantique.
Il faut dire deux mots des auteurs tous deux natifs d'Odessa et pour cela je reprends quelques informations données par Alain Préchac dans sa postface. ILF c'est le pseudonyme d'Iékhiel-Leib Ariévitch Fainzilberg – ce qui est un peu plus compliqué – tandis que Petrov se nommait Yevguéni Petrovitch Kataïev. Le premier était né en 1897, fils d'un modeste employé de banque. Le second en 1902, fils d'un professeur d'histoire. Ils se rencontrèrent en 1925 à Moscou en collaborant à la presse syndicale puis décidèrent de signer à deux d’abord un roman parodique « Les douze chaises » (1928) puis des recueils de nouvelles qui eurent un large succès populaire en URSS. Ce seront en 1928-1929 : « Une personnalité lumineuse », « Histoires extrordinaires des habitants de Kolokolamsk », et « les 1001 jours ou la nouvelle Schéhérazade » qui forment ce recueil. D’autres recueils suivront : « Le Veau d’Or » (1929), d’autres encore dans les années 30, couronnées pour eux par un voyage en Amérique en 1936 dont Ilf revint perturbé au point de se suicider en 1937. Petrov mourut dans un accident d’avion en 1942. L’immense popularité des auteurs semble les avoir protégés jusqu’à l’époque des grandes purges de 1936.
« Une personnalité lumineuse »
Nous voici dans la Russie profonde, à Pichtchéslav. Un petit bureaucrate, Filiourine, vit une aventure peu banale. Il devient l’Invisible. En somme il disparaît aux yeux de tous, par la faute du savon révolutionnaire de l’inventeur Babski, célèbre aussi pout son peu pratique vélo en bois. La disparition provoque des réactions étonnantes et édifiantes à son bureau et dans la ville. D’autant que l’Invisible – alias le Transparent – surgit çà et là en criant « Coucou, je suis là !» Ce texte de dix épisodes parut dans « Ogoniok » en 1928, l’année où Trotsky fut exilé en Asie centrale, et pour cette raison, ne serait-il pas le héros invisible de cette histoire ?
« Histoires extrordinaires des habitants de Kolokolamsk »
Autrement dit la cité de la Cloche (kolokol). Une sorte de Clochemerle russe en somme. Entourée d’une vaste forêt, Kolokolamsk avait été épargnée par les invasions mongoles, c’est dire que le coin est reculé et les habitants sont méchants, crédules et stupides. Ils construisent une petite Arche de Noé et se battent pour s’y réfugier de crainte du déluge. Ils s’imaginent voir une fontaine de jouvence quand se produit une fuite d’égout. Ils bouzillent l’immeuble moderne que leur offre un Russe fortuné de retour au pays. Ils tuent même la poule aux œufs d’or. Les auteurs ne lésinent pas sur l’absurde et le grotesque : on en viendrait presque à plaindre ces pauvres moujiks.
« Les 1001 jours ou la nouvelle Schéhérazade »
La camarade Chaïtanova joue le rôle de Shéhérazade. Elle n’a pas à séduire un calife malveillant, mais le camarade Fanatiouk, qui après s’être débarrassé de son rival Sataniouk le dégénéré, entreprend à la tête d’une Commission ad hoc, l’épuration généralisée du personnel de son entreprise. La camarade Chaïtanova, entre 10 heures et 16 heures, plusieurs jours ouvrables de suite, vient bercer de sornettes le camarade Fanatiouk, assez crédule pour se croire irremplaçable et attendre l’histoire suivante avant de se décider à licencier la belle discoureuse. Ces récits permettent à Ilf et Petrov de se déchainer contre la bureaucratie et les apparatchiks qui prolifèrent avec la période stalinienne.
Entre Gogol et Axionov
L’humour soviétique des auteurs s’inscrit à la fois dans la tradition russe et dans la nouvelle société bolchevique. Dans la tradition, car se moquer de la bureaucratie tsariste et de ses employés a été un sujet illustré par Gogol avec « Le Révizor » et certaines de ses nouvelles pétersbourgeoises. Dans la jeune société soviétique avec les commissions, comptoirs, et officines d’Etat qui prolifèrent sous le contrôle du Gosplan et de l’Utopie au pouvoir. D’où les appellations grotesques : « Comptoir des Griffes et des Queues », « Grand rue de la Cellule syndicale », association « Halte aux poignées de mains ! » et le meilleur local de la ville de Kolokolamsk : « la salle des Formulaires des Cours militarisées de déclamation et de chant. » Aux institutions bidons correspondent les patronymes hilarants traduits en français : ainsi le camarade Toufeutoutflamme est capitaine des pompiers. C’est un peu le même humour que l’on retrouvera à l’époque suivante dans « L’Oiseau d’acier » ou « Paysage de Papier » de Vassili Axionov. Pour finir je concède que ces histoires sont plus amusantes si l’on connaît un peu l’histoire et la littérature d’avant le réalisme socialiste.
ILF et PETROV
Kolokolamsk et autres nouvelles fantastiques
Traduit du russe par Alain Préchac
Editions Parangon, Lyon, 2003, 251 pages.
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Amérique latine. Cet ouvrage réunit les conférences qu'il a prononcées, de 1990 à 2006, devant divers publics en Pologne (une à Vienne), à propos de "Cet Autre" non européen et non blanc.
Il tentait de sensibiliser ses compatriotes à la nécessaire ouverture à l'Autre, comme un défi à relever.
mourut de tuberculose en
1943. Dans les années 50, il étudia à l'Institut des Mines de Dniepropetrovsk puis se mit à écrire des récits. Même si son père fut réhabilité sous Khrouchtchev, il ne put faire publier qu'un
seul texte en URSS, en 1964, une nouvelle intitulée "La maison à la tourelle", et il se trouva donc longtemps contraint à écrire pour son tiroir, selon la formule consacrée. Sa participation au
projet d'almanach littéraire "Métropole" avec une pléïade d'auteurs russes comme Axionov, se heurta à une censure impitoyable. Il dut émigrer et s'installa à Berlin-Ouest en 1979. Ses
ouvrages ont donc paru en quasi-totalité en Allemagne. C'est ainsi que "Le Rachat" fut édité en Allemagne en 1979 dans sa version originale russe.
1978. Plusieurs passages pouvaient effectivement déplaire au pouvoir. On y trouve un vice-ministre plaqué par sa femme
« férue d'objets anciens », un immeuble collectif qui tombe en ruines (possible métaphore de l'Union soviétique ?), et des médecins juifs persécutés à la fin du règne de Staline, allusion au
prétendu "complot des blouses blanches de 1952".
connu pour
sa liberté de ton, de créer ce chef-d'œuvre insolite, intelligent et raffiné. Diderot n'est donc pas seul à s'inquiéter de la Russie où il irait en 1773 et de sa grande Catherine qui lui a acheté
d'avance sa bibliothèque en 1765. Auparavant, du jour où il apprit qu'elle venait, en juin 1762, de placer son mari derrière les barreaux, Voltaire était intrigué par la tsarine. La tsarine s'est
intéressée à Voltaire. Et Axionov à eux deux.
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