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MONDE JUIF

Jeudi 13 novembre 2008 4 13 11 2008 08:37

Samuel Joseph Agnon est né en 1888 sous le nom de Shmuel Yosef Czaczkes, à Buczacz en Galicie autrichienne (auj. en Ukraine). Il apprit jeune à lire en hébreu et en yiddish. Ayant émigré en Palestine en 1908, il choisit Agnon comme pseudonyme littéraire dès ses premières publications. Deux ans plus tard, en 1926, il écrivit "Au coeur des mers" (Bilvav Yamim). En 1966, il devint le premier lauréat israélien du Nobel de littérature, prix qu'il partagea avec Nelly Sachs, une poétesse allemande réfugiée en Suède. S.J.Agnon est mort en Israël en 1970 et parmi ce qu'il a écrit, peu a été publié en français en dehors de ce conte et d'À la fleur de l'âge (Gallimard, 2003). Pour en savoir plus sur S.J.Agnon, au lieu de Wikipedia, voir cette page web en anglais.

Dans ce conte, un groupe de juifs très pieux quitte Buczacz, la ville natale d'Agnon, pour la Terre Sainte. Dès l'incipit le choix du départ a été fait ; les partants sont rejoints par Hananiah, une sorte de juif errant, avec pour tout bien un modeste baluchon. Il y a rabbi Moché, rabbi Salomon le Cohen, rabbi Samuel Joseph fils de rabbi Shalom Mardoché le lévite, rabbi Pessah, rabbi Joseph Meïr, rabbi Alter l'enseignant, rabbi Alter l'abatteur rituel, rabbi Judah Mendel le hassid. Et Leibush le boucher. Ils vendent leurs biens, coupent leurs racines villageoises et prennent deux voitures tirées par des chevaux, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. On traversera des villes et des villages, des terres du Kaiser et des terres du Sultan, pour rejoindre l'embouchure du Danube et enfin s'embarquer à Istanbul pour Jaffa, sur un gros voilier qui essuiera une tempête, et sur ce bateau nos askhénazes feront connaissance avec des sépharades. Le groupe parti de Buczacz finira par atteindre Jérusalem et prier devant le Mur des Lamentations, «seul vestige de ce Temple qui faisait les délices de nos ancêtres (…) haut de douze fois la taille moyenne d'un homme, rappel des douze tribus.»

La bonne humeur préside au départ ; on fait la paix avec les habitants de Jazlowicz le premier bourg sur la route, qui offre «des gâteaux, des confitures et de l'eau fraîchement puisée». Le diable tente pourtant de faire capoter l'expédition en poussant nos voyageurs à descendre de voiture pour faire du commerce à Laskowice, mais la foi les guide. Le voyage est l'occasion pour le conteur de nous faire connaître les moeurs de sa communauté, les fêtes religieuses, les livres saints. On prie beaucoup, surtout quand la tempête se déchaîne sur la Méditerranée. On célèbre le shabbat. On cite la Thora, on rappelle la Loi, on discute selon le pilpoul, on étudie la Mishna qui dit qu'il existe dix niveaux de sainteté et que la Terre d'Israël représente le premier d'entre eux. Et en bien des circonstances les femmes auront eu l'occasion de se lamenter. 


Dans le contexte d'avant la Grande Guerre
, cette aliya, cette montée vers Jérusalem est moins une aventure dans la géographie de l'Europe centrale et du Proche-Orient qu'un voyage dans la culture juive. C'est ce dernier point qui doit déterminer de lire (ou de ne pas lire) ce bref ouvrage d'un auteur mal connu en France.


Samuel Joseph AGNON
Au cœur des mers

Traduit par Emmanuel Moses
Gallimard, 2008, 164 p.



Par Rousseau - Publié dans : MONDE JUIF
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Mercredi 29 octobre 2008 3 29 10 2008 09:45

« Ces histoires juives dont pas une seule ne m'est arrivée et dont je n'ai inventé aucune me décrivent, me caractérisent, m'expliquent. C'est toujours mon histoire.» On a posé la question : comment peut-on écrire (de la poésie, du théâtre, du roman, etc) après la shoah ? Adam Biro n'a pas à répondre à cette question, à peine y fait-il allusion par des mots comme "le malheur" ou "l'Histoire", car il se contente de puiser ses nouvelles dans de vieux volumes appartenant à un grand-père hongrois qui lui a donné le goût des histoires — « juives ou non.» Et on peut le croire — ou non.

 

La plaisanterie juive — le "witz" — est typiquement celle qu' Adam Biro offre ici au lecteur français. Même le sous-titre, "une autobiographie", relève de l'humour puisque les Juifs que ces histoires font revivre appartiennent à toute une diaspora et à diverses époques. « Cette autobiographie ne raconte pas ma vie. Elle raconte celle de deux Juifs qui voyagent ensemble dans un train et qui parlent. Ils voyagent entre Lemberg et Tarnopol…, non, ces villes ne s'appellent plus ainsi, c'était dans le temps, avant, quand il y avait encore des Juifs…»

 

Aussi les quatre nouvelles (sur 22) fidèles au titre ferroviaire sont - elles situées dans un passé suffisamment antérieur à 1940. Et même d'avant 1914. Quand il y avait d'autres frontières en Europe et donc la Kakanie. La nouvelle intitulée «Têtes de poisson» se passe ainsi «Dans un vieux train k. un k., kaiserlich und königlich, impérial et royal» du temps de l'empire bicéphale, de Sissi et de l'empereur cocu. D'autres nous emmènent à New York, à Paris dans le Sentier, à Troyes même. Mais souvent au "shtetl", en Galicie, dans l'Ukraine d'antan, — du temps des pogroms sous les Romanoff car la Belle Époque ne l'était qu'à moitié — ou en Transylvanie, comme dans «La Tartine.» Vous savez bien : c'est la question de savoir pourquoi la tartine  — graisse d'oie étalée sur une tranche de pain noir assaisonnée de paprika — tombe du mauvais côté. Réponse du troisième rabbin consulté par Schönberger Izrael le fabricant de pipes :« C'est toi, meshüge, imbécile, qui étales la graisse sur le mauvais côté. Shalom.»

 

Schnorrer resté pauvre ou devenu milliardaire, commerçants du bazar de Bagdad ou du Sentier, les personnages de ces nouvelles sont toujours ancrés dans la tradition, «respectueux des Mitzvot, des règles et des commandements, des lois et de la Loi ». Toutes ces histoires se situent dans la vie quotidienne, dans la vie courante, et cette part de "réalisme" fait leur force et leur charme. Mais quand c'est le rabbin qui enfreint la loi le jour du sabbat, oublie la synagogue, prend sa voiture et va jouer au golf ? « Vous me direz : "Ce n'est pas convenable, c'est tout à fait impossible." Je vous entends. Un rabbin… Mais il s'agit d'un conte, d'accord ? Dans un conte, tout est permis, tout est possible. Alors écoutez sans m'interrompre.» Alors, là, c'est la meilleure !

 

Adam BIRO
Deux Juifs voyagent dans un train

Maisonneuve & Larose, 1998, 170 pages


 

Par Rousseau - Publié dans : MONDE JUIF
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Samedi 16 août 2008 6 16 08 2008 10:26

Dans ce récit de souvenirs de l'été de ses 12 ans, un jeune narrateur juif nous plonge dans la Palestine de la toute fin du mandat britannique. Profi — tel est son surnom — a une connaissance étendue de la bibliothèque de son père, un érudit qui a échappé au génocide. Il a aussi l'imagination de son âge et les vingt ans de Yardena, la soeur de son copain Chita, commencent à troubler ses sens quand il observe le quartier depuis le toit en terrasse.


Avec ses deux copains Chita et Ben-Hur, il joue au résistant, sans bien connaître évidemment les véritables organisations sionistes qui s'opposent aux Anglais. Mais par ailleurs il rencontre un policier britannique, Dunlop, pour parler de la Bible et de l'hébreu. Cela en fait-il un traître ? ou un héros de la réconciliation entre les peuples ? On connaît l'engagement d'Amos Oz pour la reconnaissance d'un État palestinien mais cela ne suffit pas à transformer ce modeste récit – dont le titre est emprunté à un film américain de l'époque – en lecture incontournable.


Amos OZ
Une panthère dans la cave

Traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen
Folio, 2004, 215 pages.

Par Rousseau - Publié dans : MONDE JUIF
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Samedi 5 avril 2008 6 05 04 2008 10:51


Si la présence des Juifs, sans doute bien antérieure, est seulement attestée vers les années 1300, il faut attendre 1516 pour qu'un quartier de Venise soit affecté aux Juifs formant la "Natione Todesca". À ces Juifs askhénazes s'ajoutèrent vite tant les Sépharades, Juifs ibériques et les marranes, ainsi que les "Levantins". Ils constituaient ainsi trois groupes distincts voir rivaux au sein de la communauté juive, enfermée dans le ghetto jusqu'en 1797 quand, suite à la guerre d'Italie du Directoire, les portes en furent brûlées et les Juifs proclamés égaux aux autres citoyens de Venise.

Le ghetto originel

Avant de désigner partout les quartiers juifs, le terme "ghetto"  tire son étymologie de l'ancienne forge du quartier nord de Venise — à ne pas confondre avec l'île de la Giudecca, où, paradoxalement, les Juifs n'ont pas habité, bien qu'en mars 1515 Zorzi ait demandé au conseil des Pregadi  d'y regrouper les Juifs. Simplement, le 20 mars 1516, Zaccaria Dolfin obtint qu'ils soient groupés dans le Ghetto Novo, ancienne fonderie désaffectée de la paroisse San Girolamo dans le quartier Cannaregio.

Carte de Venise - 1910


Après la peste de 1630 qui emporta le tiers de la population, c'est dans la suite du XVIIe siècle que la communauté atteignit son apogée démographique soit 5 000 et quelques personnes. Le ghetto fut aggrandi en 1633 avec le Ghetto novissimo, contigu à l'ancien Ghetto. Lorsque Venise fut rattachée au Royaume d'Italie en 1866, les Juifs vénitiens n'étaient plus que 2 000 et leurs effectifs continuèrent de décroître. Entre septembre 1943 et avril 1945, deux cents Juifs vénitiens ont péri lors de la Shoah. L'historien Riccardo Calimani — qui semble avoir eu des ancêtres juifs vénitiens — détaille particulièrement l'histoire du ghetto selon deux axes : ses relations avec la Sérénissime au XVIe et au XVIIe siècles, ses grands hommes.

Les Juifs et l'économie vénitienne

Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, la Sérénissime menaça sans cesse d'expulser ses Juifs, toujours soupçonnés de pervertir les chrétiens et de faire le jeu du Grand Turc. Pour y participer à la vie économique (activités bancaires et commerce maritime) ils durent donc accepter des statuts précaires, discriminatoires (cf. obligation du port du béret jaune), coûteux et changeants selon la conjoncture politique et économique. À partir de la fin du XVIIe siècle, ce fut le contraire : la République de Venise qui les pressurait d'impôts pour tenter d'éviter la faillite craignit de les voir partir avec leur fortune mobilière et chercha à les retenir ; les conditions de leur séjour vénitien se firent moins rigoureuses et les Juifs obtinrent quelques "privilèges". Mais cela n'empêchera pas la décadence joyeuse de la cité de Casanova et du Canaletto de se poursuivre.

Parmi les grandes figures juives de Venise on compta des marchands en relation commerciale avec l'empire turc. Le plus célèbre d'entre eux fut le marrane Joseph Nasi qui finit par quitter Venise pour Constantinople où le pouvoir turc le fit duc de Naxos. [Ci-contre, Gracia Nasi]. Malgré la victoire de Lépante (octobre 1571), la perte de la Crète, puis celle de la Morée (1718) ruina le commerce vénitien désormais réduit à un espace régional.

Venise, capitale de la culture juive

Se tournant du coté des intellectuels, l'auteur nous montre un milieu proche des Humanistes au XVIe siècle avec Isaac Abrabanel puis Simone Luzzatto, né en 1583 et chantre de la présence juive à Venise. L'imprimerie se développait sous l'impulsion des Juifs. Daniel Bomberg publia les douze volumes du Talmud de Babylone en 1510-1523. Le pape Jules III réagit : en 1553, on brûla les Talmud sur la place Saint-Marc...

Parmi les nombreux rabbins qui ont illustré la vie du ghetto, Léon de Modène né en 1571 est le plus connu, y compris pour son incroyable penchant pour le jeu où il perdit une fortune ! La communauté de Venise fut passionnée par l'aventure de Shabbataï Zvi dont le bras droit, Nathan de Gaza, séjourna à Venise, et elle fut secouée par la conversion à l'islam du faux messie. Au siècle suivant, Mosè Chaim Luzzatto, né à Padoue en 1707, il devint mémorable pour son mysticisme qui lui valut l'excommunication les rabbins de Venise en 1734. À la suite de cela, il décida de se rendre à Amsterdam, puis en Palestine où la peste l'emporta. Néanmoins il influença les groupes hassidiques de Pologne et de Lituanie, avec Gaon Elia de Vilna (1720-1797) et jusqu'au poète contemporain Bialik (1873-1910).

En somme, un livre érudit, dont la lecture est facilitée par un glossaire de terme hébraïques. Pour la localisation plus précise du ghetto : on peut recourir à "Venise", collection "Les Carnets du Voyageur" chez Gallimard, ou à Google Maps et demander " Venezia Ghetto Vecchio".

Riccardo CALIMANI
Histoire du ghetto de Venise

Traduit de l'italien par Salvatore Rotolo
Tallandier, "Texto", 2008 (© Rusconi 1985), 358 pages.


Liste des ouvrages de R. Calimani (en italien)


Par Rousseau - Publié dans : MONDE JUIF
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Mercredi 2 avril 2008 3 02 04 2008 08:34

Avec Orly, ça décolle ! Je n'ai jamais rencontré de livre plus dingue que ce petit bouquin. Racontée par une nana complètement ouize, l'histoire a peut-être un fil conducteur car on remarque que le temps passe par les indications sur son âge, en gros de 30 à 50 ans.


 Mère juive possessive ? Laissez-moi rire. Après avoir tué sa chienne et assassiné à la fourche le type qui devait l'enterrer, Dolly se livre à des expériences de charcutage en série sur les lapins et tous les organes de son fils adoptif tandis que les suicidés pleuvent devant son balcon du 37ème étage d'une métropole invivable : Dolly City, saloperie de ville. Le sévices continuels sur son fils à qui elle voit toutes les maladies possibles, cancers qui gagnent même les poteaux télégraphiques, l'amèneront dans un orphelinat de Düsseldorf à la recherche d'un troisième rein, puis dans un hôpital psychiatrique ou un asile géré par sa soeur, et à au moins deux reprises dans les bureaux de la compagnie aérienne nationale à l'aéroport Ben-Gourion, etc...


 Au fil de l'histoire Dolly grossit, s'engueule avec sa mère, porte son fils collé sur le dos, son père est mort, sa mère aussi. Elle fait des chèques sans provision. Et se nourrit de pilules roses. Elle dessine la carte d'Israël, version 1967, sur le dos de Fils. Elle voit des cancers partout, je l'ai déjà dit, mais il faut le répéter.  Elle a fait des études de médecine à Katmandou, suite à une injonction qui n'était qu'une blague paternelle, mais elle semble se prendre plutôt pour le docteur Mengélé. Il y a des déchets nucléaires, des injures contre les Arabes et les Français — car l'aviation française bombarde je ne sais quoi, sauf le 14-Juillet. Le fils est menacé par sa mère d'être expédié dans un kibboutz agricole (seule phrase drôle du livre) mais il s'engage dans la marine. Et disparaît, me semble-t-il, à la dernière page, ayant échappé au torpillage par la marine belge. Merci, ça suffit.


Orly Castel-Bloom
" Dolly city "

Traduit de l'hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech
Actes Sud (Babel, 2008, 190 pages)

Tel-Aviv, 1992

n

Par Rousseau - Publié dans : MONDE JUIF
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Vendredi 21 mars 2008 5 21 03 2008 13:10

"Le Responsable des ressources humaines" : quel drôle de titre pour un roman sans compter qu'on découvre que le DRH est chargé d'enquêter sur une victime d'attentat-suicide à la bombe —on est à Jérusalem— qui ne faisait plus vraiment partie du personnel de la boulangerie industrielle ! Encore qu'un journaliste sans scrupule prétende le contraire. Mais aucun rôle de la police dans cette enquête.

Héros en service commandé, le DRH, qui a été officier de Tsahal, est souvent appelé tout bonnement le Responsable, même si c'est son patron, l'industriel octogénaire, qui se sent assez responsable de cette victime, Julia Ragaïev, pour le détacher auprès d'elle, à la recherche de son histoire, de son intrigante beauté, de son fils et de sa mère russe ou tatare, résidente en terre lointaine et enneigée d'un ex-empire du Mal.

Au fil des pages, le récit d'abord apparemment simple ne tarde pas à se compliquer, à devenir de plus en plus improbable, telle une aventure initiatique qui fera plonger le DRH dans les caves d'une ancienne base soviétique et traverser à pied un fleuve gelé, sous le regard d'un photographe et d'un journaliste vipérin qui envie le téléphone-satellite que s'est vu confier le Responsable.

Dans cet étrange roman qui se lit agréablement puis avec un plaisir croissant, l'auteur nous montre aussi un ensemble de femmes d'autorité : l'ex-femme du DRH, sa mère, sa secrétaire, celle du patron, la consule d'Israël, et au bout du compte (du conte) la figure de la mère de la victime. Sans compter une sorcière au breuvage incommodant. Le DRH doit boire son calice jusqu'à la lie pour mériter de revenir à Jérusalem.


Avraham B. YEHOSHUA
Le Responsable des ressources humaines

Roman traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen
Calmann-Lévy, 2005, 279 pages.
(Livre de Poche n°30807)


Par Rousseau - Publié dans : MONDE JUIF
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Mardi 11 mars 2008 2 11 03 2008 09:07
Le roman de Myriam Beaudoin se situe au sein de la communauté juive hassidique de Montréal. Alice, une jeune "goya" est embauchée comme professeur de Français dans une école primaire. Dès la première journée, la narratrice est fascinée par une fillette capricieuse, un peu étrange, à laquelle elle voue une amitié inquiète, et qui donne son titre au roman : Hadassa.



Voir revue de presse sur le site de l'auteur .


Par Rousseau - Publié dans : MONDE JUIF
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Samedi 2 février 2008 6 02 02 2008 10:44
Albert Londres, ce journaliste du Petit Parisien , largement connu aujourd'hui pour le Prix qui porte son nom et couronne des ouvrages de reporters, s'était rendu célèbre en France par son combat contre le bagne de Cayenne.

Dans cette enquête de 1929, qui joue avec le titre du roman d'Eugène Sue, il nous emmène à la découverte des minorités israélites. Son périple part de Londres, et après avoir présenté Herzl et le sionisme, explore le sort misérable des Juifs d'Europe centrale et orientale. La description extrêmement noire des ghettos s'accompagne du rappel des pogroms survenus en Pologne, Roumanie et Russie, avant la Première Guerre Mondiale, voire tout récemment, comme à Oradea-Ma, Transylvanie, en décembre 1927 à l'issue d'un congrès d'étudiants extrémistes. Ou encore en 1919 en Ukraine, quand des bandes armées ajoutent à leur fureur antisémite la croyance que les Juifs étaient de mèche avec les bolcheviks haïs.

À ces noirceurs sanglantes et inhumaines s'oppose l'illumination spirituelle des Juifs en prière. À ces Juifs askhénazes au sort pitoyable, courbés sous la crainte, s'oppose aussi la fierté et le dynamisme de ceux qu'Albert Londres découvre en Palestine, à Tel Aviv. Mais il nous avertit que leur avenir connaîtra d'autres difficultés. En effet, dès les lendemains de la Déclaration Balfour créant en Palestine un Foyer national juif, les Arabes palestiniens, musulmans comme chrétiens, se sont dressés contre. Les premiers meurtres de Juifs en 1919, et en 1929 entre deux séjours du reporter, dénotent une sauvagerie égale à celle des Ukrainiens de Lwow ou de Berditchev. Les colons qui créent Tel Aviv et les kibboutzim n'en sont pas intimidés. Albert Londres dénonce enfin l'attitude partisane de l'Angleterre en Palestine.
On connaît la suite… Le style du journaliste, brillant parce qu' incisif, est cependant parfois gênant dans ses descriptions des humiliations subies par les Juifs d'Europe. On se demande s'il n'en rajoute pas, voire s'il n'est pas lui-même emporté par quelque racisme sous-jacent. Mais aussi quand il décrit les meurtres et les fusillades sur le terrain, en Ukraine, on se dit que les SS d'Himmler n'ont pas eu grand chose à inventer.



Albert LONDRES
Le Juif errant est arrivé
Albin Michel, 19129
Réédition "Le Serpent à Plumes", 1998, 295 pages.
Par Rousseau - Publié dans : MONDE JUIF
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Mardi 4 septembre 2007 2 04 09 2007 09:11

L'auteur, universitaire spécialiste de l'histoire des Juifs marocains, a réalisé une très utile synthèse sur les relations entre Juifs et Arabes musulmans dans l'espace qui s'étend du Maroc à l'Irak. Le passé lointain, c'est-à-dire depuis le temps de Mahomet jusqu'à la Révolution française est traité en moins de 200 pages. Autrement dit, l'essentiel de l'ouvrage s'étend de l'expédition d'Égypte de Bonaparte à la Guerre des Six jours en 1967.

Le temps de la "dhimma"

Quoique le récit soit très synthétique, il y a beaucoup à découvrir sur les relations judéo-arabes au Maghreb et au Machrek. Comme les chrétiens, les juifs vivant sous un pouvoir musulman ont le statut de dhimmi, un statut discriminatoire (pacte d'Umar) plus ou moins strictement appliqué selon les lieux et les époques tant la diaspora est une réalité diverse, mais qui garantit la pratique du culte. Une brillante société judéo-arabe a pu ainsi se développer, notamment en Andalousie, avec néanmoins des périodes noires comme celles Almohades qui entreprirent en 1146 de convertir de force les Juifs du Maghreb.

Quand les Rois Catholiques décidèrent en 1492 de chasser les Juifs d'Espagne, c'est le sultan ottoman Bayezid II qui leur offrit un refuge et la population juive augmenta alors fortement à Istanbul et Salonique. Mais quand un juif de Smyrne, Sabbataï Zevi, qui avait épousé au Caire une rescapée des pogroms de Pologne, se proclama Messie, Mehmet IV le convoqua à Istanbul pour mettre une fin brutale à l'aventure en 1666.

Le coup de force des Rois Catholiques contribua aussi à augmenter les communautés juives dans le Maghreb ; d'où des rivalités entre communautés autochtones et nouveaux arrivants (les Megorashim). Passés par Livourne, le groupe des "Grana" dynamisa l'activité économique des ports barbaresques, Tunis en tête ; ils servirent d'intermédiaires pour le rachat des captifs des corsaires barbaresques ou chrétiens.

Le temps de l'assimilation

L'expédition d'Égypte puis la prise d'Alger en 1830 marquent le début d'un contexte nouveau : le déclin de l'empire turc -qui a pourtant cherché à se réformer- et l'impérialisme européen. La politique de réformes (Tanzimat) menée par certains Sultans permet à de nombreux Juifs de prospérer à l'ombre de la Sublime Porte. En Egypte, les Khédives modernisèrent l'administration et l'ouverture du Canal de Suez (1869) provoqua l'expansion des communautés juives d'Alexandrie et du Caire.

Mis à part les Juifs de Bagdad restés intégrés dans le contexte musulman jusque vers 1930, les Juifs du XIXe siècle regardent de plus en plus vers l'Europe occidentale, source des nouvelles technologies et des capitaux à investir, inspiratrice de l'assimilation dans la société libérale et issue des Lumières. Dès lors l'emploi de l'anglais et du français fait reculer la langue arabe.
Parallèlement, les Juifs européens découvrent la situation de pauvreté de la majorité des Juifs méditerranéens, particulièrement au Maroc.

Aussi la conquête de l'Algérie par la France, avec l'ouverture d'écoles où les Juifs algériens affluent, détache-t-elle rapidement et fortement la minorité juive de l'environnement social musulman. En 1870, le décret Crémieux achève la rupture en plaçant la minorité juive du côté des colonisateurs. C'est pour cette raison qu'à plus long terme les Arabes découvrant le nationalisme se dresseront contre les Juifs devenus symboles vulnérables de la domination européenne, donc boucs émissaires. En Europe occidentale, les Rothschild incarnent la réussite juive et Edmond de Rothschild finance dès les années 1880 la colonisation agricole en Palestine comme réponse aux pogroms qui sévissent en Russie tsariste (Ukraine, Pologne) et en Roumanie.

Le temps du sionisme

Theodor Herzl n'est pas la premier à considérer que l'alya est préférable à tout autre avenir des Juifs. Mais avec lui le sionisme s'organise. Après la Guerre de 1914, la domination turque disparaît, tandis que s'étend celle de la Grande-Bretagne (Palestine, Irak) et de la France (Syrie, Liban). Les tensions entre "communautés", déjà apparentes à la "Belle Époque", dérapent vite après la Conférence de la Paix de 1919. Le pouvoir britannique en Palestine mécontente les Juifs (dont l'immigration est freinée) comme les Arabes (en s'accrochant à la déclaration Balfour jusqu'au Livre Blanc de 1939). Le nationalisme arabe se développe partout de l'Irak au Maroc.

Avec la seconde guerre mondiale, les Arabes soutiennent les progrès de l'Axe et applaudissent son programme antisémite. La défaite française de 1940 amène Pétain au pouvoir (le décret Crémieux est aboli) et en faisant croire au rapide départ des Français d'Afrique du Nord suscite des actions antisémites. Porte-drapeau de l'antisémitisme arabo-musulman, le mufti de Jérusalem (al-Hajj Amin Husayni) s'installe à Bagdad et s'allie à Hitler. Le sort des Juifs du Maghreb s'aggrave : en 1942, s'ouvrent des camps pour les regrouper (Libye, Tunisie, Algérie). À ce moment les autorités sionistes sont informées de la shoah et l'avancée de Rommel vers le Nil comme les visées allemandes sur l'Irak et la Syrie portent l'alarme à Tel-Aviv qui a été fondée en 1908.

Dès la fin de la Seconde guerre mondiale, la décolonisation se profile comme une suite logique des tensions des années vingt-trente. La Ligue Arabe est fondée en 1945. Le conflit palestinien n'est pas plus réglé par l'ONU naissante que par l'Angleterre qui annonce la fin du mandat sur la Palestine : dès 1947, le plan de partage est rejeté par les Juifs et les Arabes les plus militants. Soutenue par le président Truman, la proclamation de l'Etat d'Israël en mai 1948 par David Ben Gourion est saluée par les uns comme une légitime compensation pour les victimes de la shoah, par les autres comme un acte néo-colonialiste insupportable. Même si Eretz Israel s'impose militairement en 1949, 1956 et 1967, l'existence de l'Etat juif reste refusée par l'opinion arabe. Elle y excite le nationalisme arabe et crée un nationalisme israélien. Dès lors les années 1950-1962 voient les communautés juives quitter les pays arabes (carte en fin de volume) dans des conditions plus ou moins tragiques,
pour s'installer en Israël, en France, ou en une diaspora plus lointaine.

L'auteur est remarquablement honnête sur ces questions sujettes à polémiques. Il montre bien l'hypocrisie des gouvernements britanniques qui freinèrent l'immigration juive en Palestine (l'affaire de l'Exodus est loin d'être un cas unique !) pour ménager des pays arabes sur lesquels ils rêvaient de prolonger leur domination. Il montre bien aussi que la question des terres des Palestiniens arabes n'est pas survenue d'un coup en 1948 : si les leaders sionistes ont été conscients du problème futur, ils n'ont pas plus travaillé à sa résolution que les Etats arabes voisins n'ont été soucieux de régler correctement le sort des réfugiés palestiniens qu'ils aient fui ou qu'ils aient été expulsés.


Michel ABITBOL
Le passé d'une discorde
Juifs et Arabes depuis le VIIe siècle

Perrin, "Tempus", 2003, 515 pages.




Par Rousseau - Publié dans : MONDE JUIF
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Lundi 3 juillet 2006 1 03 07 2006 10:20


Rosetta Loy

"MADAME DELLA SETA AUSSI EST JUIVE "

Rivages poche, 180 p., 2000.
(La parola ebreo, Einaudi, 1997).
Traduit de l'italien par Françoise Brun


Eva Della Seta est une voisine de la famille Loy qui habite au 21 de la via Flaminia. À Rome, la vie est belle, et puis, brutalement, suite à l'alliance du Duce avec le Führer, elle ne l'est plus du tout.
"Madame Della Seta aussi est juive" n'est pas un roman.
"Madame Della Seta aussi est juive" n'est pas non plus une thèse d'histoire.


C'est simplement un récit qui entrelace les souvenirs de la petite fille qu'était l'auteur sous l'ère fasciste, une étude documentée de la situation des Juifs de Rome, les positions opposées de Pie XI et Pie XII alors que le III° Reich entraînaît l'Italie fasciste dans sa politique raciste d'exclusion des Juifs puis de réalisation du génocide.

*****

L'intérêt historique de ce petit livre c'est en premier lieu de décrire la montée de l'antisémitisme et la préparation du génocide en Italie.

Des intellectuels ont contribué à la montée d'un climat antisémite. Ainsi, un auteur à la mode comme Giovanni Papini a -t-il contribué à ce nouvel état d'esprit avec ses romans (L'Histoire du Christ, Gog) tandis que 1188 professeurs d'université sur 1200 ont prêté serment au Duce en 1931. En 1937 les libraires mettent en vente le livre de Paolo Orano : Gli ebrei in Italia. La même année, l'idéologue fasciste Julius Evola publie une nouvelle édition des Protocoles des Sages de Sion, et l'édition suivante, en 1938, est accompagnée de la liste des 9800 familles juives d'Italie. Cela faisait 48 000 personnes, dont 12 000 à Rome, surtout dans le quartier du Trastevere, l'ancien ghetto.

La visite d'Hitler à Rome le 2 mai 1938 marqua le coup d'envoi des publications massives contre les Juifs et des mesures gouvernementales antijuives. Le 6 octobre 1938, le Grand Conseil fasciste, à l'exception d'Italo Balbo, approuve une série de mesures racistes. Cela inclut l'aryanisation des entreprises juives, cela permet à l'industriel Garzanti de racheter à bas prix la maison d'édition Treves de Milan tandis que l'éditeur Formiggini se suicide. Les interdictions professionnelles se multiplient en 1939. Avec l'entrée en guerre de l'Italie, les juifs étrangers (y compris naturalisés italiens depuis 1919) sont internés. Et le 16 octobre 1943 l'opération "Judenrein" est déclenchée à Rome sous la direction du SS Theodor Dannecker. Une partie de la communauté juive trouva refuse dans les couvents et chez des particuliers. Madame Della Seta fut arrêtée à Pise où s'était regroupée sa famille le 20 avril 1944 et son train quitta Florence pour Auschwitz le 16 mai, et elle fut gazée sans doute le 23 mai.

*****

En second lieu, Rosetta Loy montre comment l'Église a réagi à cette politique antisémite et aux arrestations des Juifs.

Quand l'Autriche fut annexée à l'Allemagne, le cardinal de Vienne, Innitzer  approuva. Il fut aussitôt convoqué au Vatican par Pie XI qui avait publié l'année précédente "Mit Brennender Sorge" où il se dressait contre les principes du nazisme. En effet, Pie XI était en train de faire préparer une encyclique dénonçant les atteintes aux droits de l'homme. L'initiateur en est un jésuite américain, John LaFarge, qui vient de rencontrer le pape en juin 1938. Assisté de deux ou trois collègues, il met le texte au point à Paris au siège de la revue Études, puis il le confie, en septembre 1938, au général de l'ordre, Wladimir Ledochowski qui se rend à Rome. Celui-ci ne se presse pas et le texte n'est remis au pape que quelques jours avant sa mort. L'Encyclique est mort avant même d'être née, écrit Rosetta Loy.

Eugenio Pacelli est bien connu pour ses sympathies allemandes ; il a été nonce à Munich puis à Berlin, il a négocié le Concordat de 1933 avec Hitler. Élu pape le 2 mars 1939, Pie XII publie rapidement une encyclique mais elle passe sous silence les allusions au nazisme et à l'antisémitisme. Le projet de LaFarge ne sera publié qu'en 1972 par la presse catholique américaine. C'est donc Pie XII, qui a assisté, le plus souvent avec prudence et passivité, à la réalisation du génocide. En revanche les monastères et les couvents de Rome ouvrirent leurs portes aux Juifs persécutés, sans que les Allemands n'y interviennent, à l'exception des 64 arrestations (9 Juifs) du 4 février 1944 au couvent bénédictin de Saint-Paul-hors-les-murs.

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Par son sujet, bien plus que La Vie est belle (1997) de Roberto Benigni, ce récit de Rosetta Loy nous rappelle d'une part le célèbre film Amen réalisé par Costa-Gavras qui décrit la position du Vatican face au génocide, et d'autre part La Fenêtre d'en face, le beau film de Ferzan Ozpetek sorti en France en 2005 qui évoque de manière plus intimiste le drame du ghetto (prix David di Donatello - 2003).

Sur le même sujet :
L'ITALIE FASCISTE ET LA PERSÉCUTION DES JUIFS
de Marie-Anne Matard-Bonucci, Perrin, 600 p., 2006.
Voir compte-rendu dans ce blog.

 






 
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