plusieurs de ses romans : "Les paroisses de Regalpetra", "Les Oncles de Sicile", ou encore ce merveilleux
"Conseil d'Egypte".L'action se passe à Palerme à la fin du XVIIIe siècle. Le vice-roi Caracciolo cherche à réduire l'influence de l'Eglise, par exemple en raccourcissant la fête de sainte Rosalie. Sciascia nous montre toute une société dominée par le vice-roi — puisque le roi règne sur le mezzogiorno depuis Naples — par un clergé nombreux et par une galerie de grands propriétaires absentéistes, agrippés à leurs privilèges, et dont les terres proviennent des fiefs conquis à l'époque normande quand la domination arabe fut refoulée. D'autres élites sont influencées par les idées nouvelles venues de France et d'Italie du Nord ; ainsi l'avocat Di Blasi, jeune amant de la comtesse de Regalpetra, est un lecteur assidu de Voltaire et Diderot, un admirateur des jacobins français au point de mijoter un soulèvement révolutionnaire.
A l'opposé, Giuseppe Vella est un obscur prêtre venu de Malte, qui vivote tant bien que mal, et que sa connaissance de l'écriture arabe va subitement propulser au cœur de l'actualité politique et culturelle de Palerme. Après avoir servi de cicerone à un diplomate marocain, ben Olman, dont le navire s'est échoué, il se trouve poussé par l'évêque Airaldi à tirer parti d'un vieux manuscrit arabe trouvé au monastère de San Martino, bien que ben Olman n'y ait vu qu'une banale édition de la vie de du Prophète. La duperie servirait aussi les ambitions d'un homme qui rêve de devenir abbé, de briller dans les cercles de la cour, et de plaire au vice-roi dont les préoccupations politiques sont de casser les privilèges des aristocrates. Après "Le Conseil de Sicile", Giuseppe Vella va donc forger un second faux : "Le Conseil d'Egypte". Ainsi se trouve produit un ouvrage historique sur mesure où le pouvoir du roi de Sicile sur ses barons est manifeste : de quoi enraciner et justifier au mieux l'absolutisme.
Mais notre homme a-t-il les connaissances suffisantes de la langue arabe ? Est-il vraiment à même de traduire honnêtement ces vieux parchemins ? Le secret sera-t-il suffisamment gardé autour du travail du faussaire dont l'homme de confiance, le moine Cammilleri, paraît bien douteux ? Bien sûr, la réponse est non. Le lecteur dégustera avec un plaisir certain la progression de l'enquête officielle de Grassellini sur le vol du "Conseil d'Egypte" déclaré par Vella et de l'imbroglio qui s'ensuit. Quant à Di Blasi, donc les oncles bénédictins figurent parmi les admirateurs de Vella, pourra-t-il impunément mettre en branle sa révolution ?
• Sorti chez Einaudi en 1963, “Il Consiglio d'Egitto“ a été publié en France par Denoël deux ans plus tard, puis au Livre de Poche, n°4809, et figure aujourd'hui au catalogue Folio.
Leonardo SCIASCIA
Le Conseil d'Egypte
Traduit par Jacques de Pressac
Gallimard, Folio, 2003, 267 pages
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coloniale italienne, enfin, l'un des deux, dont la dépouille a été rapatriée et
Oui, je sais, l'auteur est venu au roman après un détour par le terrorisme... Et je ne veux encore moins
évoquer le douteux soutien du président François Mitterrand pour que Cesare Battisti n'aille pas purger sa peine dans une prison italienne, comme si ce pays était pestiféré — pourtant, à ma
connaissance, ledit Mitterrand ne crachait pas sur les séjours vénitiens.
Ce court roman noir traite des conséquences d'un hold-up qui a mal tourné : à court terme… et à long terme
aussi. L'auteur, dont plusieurs titres ont déjà été traduits, principalement chez Métailié, aborde des thèmes toujours actuels dans notre société : la violence, la victime, la prison, la
libération conditionnelle ou pour maladie. Et par contre-coup il donne à lire sur le pardon et la repentance, leur acceptation et leur refus.
Celle-ci commence par
le port : le trafic des conteneurs bourrés de marchandises venues de Chine qui vont se déverser dans ce "trou noir" de l'économie mondiale qu'est la région de Naples. Elle se poursuit par
l'analyse du fonctionnement de la camorra, essentiellement une juxtaposition de "familles" dont les membres ont développé de multiples activités : Roberto Saviano s'est ainsi employé à décrire le
rôle moteur de la camorra dans l'économie du Mezzogiorno, le trafic de drogue, l'industrie de la confection, celle du béton et de l'immobilier, le trafic d'armes, l'agro-alimentaire, et il finit
par l'économie des déchets, souvent hautement toxiques, que les parrains mafieux entassent sans vergogne dans toute la Campanie. Le plus long des chapitres décrit minutieusement le recours à la
violence, on s'y attendait bien sûr. Mais gare aux clichés et préjugés.
la manière du conte, si les lieux sont réels, les dates restent implicitement suggérées par divers événements
politiques. La narration classique en sept chapitres chronologiques met en évidence l'éveil d'Ahou Cunégonde : grâce à de nombreux échanges avec d'autres ethnies et quelques occidentaux,
son esprit critique se construit. Elle croise, bien sûr, des "bons" — "oncles" et "tantes" protecteurs à l'africaine, des initiateurs comme Faye, ethnologue irlandaise. Elle se heurte aussi aux
"méchants", ces hommes auxquels elle se refuse et qui cherchent vengeance. La moralité implicite se dégage, c'est la loi du genre : même en Europe, le bonheur ne dure pas ; seule compte la
volonté tenace d'affronter les aléas de la vie.
Gog cultive l'humour noir ; il
imagine aussi des projets fous, par exemple des collections animées ou non mais toujours extravagantes. Après la collection des sosies des grands hommes, vient celle des squelettes humains
inspirée par la découverte d'un curieux magasin d'Amsterdam. Après la collection des géants, celle des magiciens, puis celle des cœurs de cochon. La rencontre de personnages improbables est
fatalement un pied de nez à la morale, aux croyances et aux religions les mieux établies. Gog prône l'égolâtrie et s'entiche d'un cannibale mais celui-ci finira par choisir un régime plus
végétarien.
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