Bonjour !

Bienvenue sur Wodka
et bonne lecture !

Je vous invite à donner
votre avis sur Wodka par
les liens de bas de page.


visiteurs depuis 1/2006

Auteurs chroniqués


Edward ABBEY
Michel ABITBOL
Olivier ADAM
Samuel Joseph AGNON
Juan Miguel AGUILERA
Milena AGUS
Jose AGUSTIN
César AIRA
Jean Louis AIRAULT
Khaled AL KHAMISSI
Sholem ALEIKHEIM
Monica ALI
Tariq ALI
Jorge AMADO
Younes AMRANI
Pierre ANTONETTI
Arjun APPADURAI
Natacha APPANAH
Guillermo ARRIAGA
Claudine ATTIAS-DONFUT (a) (b)
Pierre AUBÉ
J.-Louis AUDUC
Nan AUROUSSEAU
Vassili AXIONOV (a) (b) (c) (d) (e)
Elisabeth BADINTER
John W. BALDWIN
Zsuzsa BANK
Russell BANKS
Enzo BARNABÀ(a) (b)
Vladimir BARTOL
Stella BARUK
Michaël BAR-ZVI
Vaikom M. BASHEER
Cesare BATTISTI
Pierre BAYARD
Nicolas BEAU
Stéphane BEAUD
François BEGAUDEAU
Hélé BEJI
Christophe BELSER
Juan BENET
Gabriel BERGOUNIOUX
Peter L. BERSTEIN
Frei BETTO
Renzo BIASION
Richard BINET
Adam BIRO
Pascal BLANCHARD
Paul-Eric BLANRUE
J.M. BLAS de ROBLES
Lucian BOIA
Roberto BOLAÑO
Luc BOLTANSKI
David BORATAV
Bernard du BOUCHERON
Pierre H. BOULLE
Carmen BOULLOSA
Rémy BRAGUE
Anne BRENON
André BRINK
Ken BUGUL (a) (b)
Giosué CALACIURA
Riccardo CALIMANI
Andrea CAMILLERI (a) (b)
Ian CAMPBELL
Belinda CANNONE
Massimo CARLOTTO
T.di CARPEGNA FALCONIERI
Tony CARTANO
Bernardo CARVALHO
Orly CASTEL-BLOOM
Claire CASTILLON
O.CATTAN et I.LEVY
Javier CERCAS
Vikram CHANDRA
Mehdi CHAREF
Pierre CHRISTIN
Jean CLAIR
Francisco COLOANE
C. COQUERY-VIDROVITCH
Catherine COQUIO
Alain CORBIN
A.R. COULON
Hannah CRAFTS
É.CROUZET-PAVAN
Alfred W. CROSBY
José de la CUADRA
Louis M. CULLEN
Euclides da CUNHA
Jocelyne DAKHLIA
Louis-Philippe DALEMBERT (a) (b)
Mike DAVIS (a) (b) (c)
Robert C. DAVIS
René DEPESTRE
Kiran DESAI
Mohammed DIB
Boubacar Boris DIOP
Chahdortt DJAVANN
Assia DJEBAR (a) (b)
Christophe DONNER
Frederick DOUGLASS
J.-P. DUBOIS (a) (b) (c)
Bruno DUMEZIL
Marguerite DURAS
Ceridwen DOVEY
J.M. ECA de QUEIROZ
Umberto ECO (a) (b)
Gaston-Paul EFFA
Rita EL KHAYAT
Pieter EMMER
Olaudah EQUIANO
Michel ERMAN
Annie ERNAUX
Lygia FAGUNDES TELLES (a) (b)
Nicolas FARGUES
Jon FASMAN
David FAUQUEMBERG
Dominique FERNANDEZ
Taïeb FERRADJI
Madeleine FERRIERES
Richard FORD (a) (b)
Benjamin FRANKLIN
Carlos FUENTES(a) (b) (c) (d) (e) (f) (g)
Santiago GAMBOA
Eugenio GARIN
Laurent GAUDÉ
Vincent GEISSER
Jean-Claude GUILLEBAUD
R. GOMEZ DE LA SERNA (a) (b)
William GODWIN
Friedrich GORENSTEIN
Henri GOUGAUD
Sylvain GOUGUENHEIM
Oleg GRABAR
Simone GRAND
Günter GRASS
Serge GRUZINSKI
Faïza GUENE
Eddy L. HARRIS
Victor HUGO
Andrew HUSSEY
Christophe INGRAO
Jonathan ISRAEL
Uzodinma IWEALA
Albert JACQUARD
Gwenolé JEUSSET
Pilar JIMENEZ
François JULLIEN (a) (b)
Ismail KADARE (a) (b) (c) (d)
Sudhir et Katarina KAKAR
Ernst KANTOROWICZ
Ryszard KAPUSCINSKI (a) (b)
Sabrina KASSA
Yachar KEMAL
D. et P. KLADSTRUP
Douglas KENNEDY
Fahrad KHOSROKHAVAR
Vénus KHOURY-GHATA
Moussa KONATÉ
Benoît de L'ESTOILE
Cécile LADJALI
LAO She
David LE BRETON
J.M.G. LE CLEZIO
Hervé LE CORRE
Harper LEE
Michel LEIRIS
José LENZINI
Gilles LEROY
Edouard LEVÉ
Claude LEVI-STRAUSS
Claude LIAUZU (a) (b)
Antoine LILTI
Paolo LINS
Carlos LISCANO
Clarice LISPECTOR
Jonathan LITTELL
José Carlos LLOP
Albert LONDRES
Henri LOPES
Rosetta LOY
Emmanuelle LOYER
Alain MABANCKOU (a) (b) (c) (d) (e)
Cormac McCARTHY (a) (b)
Ramsay McMULLEN
J.M. MACHADO de ASSIS (a) (b)
Neguib MAHFOUZ (a) (b)
Norman MANEA (a) (b)
Benedicte MANIER
Helena MARIENSKIÉ
Eric MARLIERE
Juan MARSÉ
Tomas Eloy MARTINEZ
Jean-Charles MASSERA
M.A. MATARD-BONUCCI
Laurent MAUVIGNIER
Peter MAYLE
Abdelwahab MEDDEB (a) (b)
Suketu MEHTA
Philippe MEIRIEU
Patricia MELO (a) (b)
Leonora MIANO (a) (b) (c)
Walter Benn MICHAELS
Serge MICHEL
Pierre MICHON (a) (b)
Richard MILLET
Franco MIMMI
Patrick MODIANO
Malika MOKKEDEM
Tierno MONÉNEMBO (a) (b)
Marie Rose MORO
George L. MOSSE
H. Castellanos MOYA (a) (b) (c)
Antonio MUNOZ MOLINA
Alvaro MUTIS (a) (b)
Meja MWANGI
V.S. NAIPAUL
Tidiane N'DIAYE
Marie NDIAYE
Pap NDIAYE
Marc-Edouard NABE
Vladimir NABOKOV
Mende NASER
Taslima NASREEN
Tobie NATHAN
Alexandre OEXMELIN
Alberto ONGARO
Tahar OUETTAR
Amos OZ
Ignacio PADILLA
Orhan PAMUK
Giovanni PAPINI
Michel PASTOUREAU
Daniel PAYOT
Patrick PECHEROT
George PELECANOS
Alessandro PERISSINOTTO
Leo PERUTZ
O.PETRE-GRENOUILLEAU
Jean-Robert PITTE
Patrice PLUYETTE
Thomas PYNCHON (a) (b)
Elisabeth QUIN
Atiq RAHIMI (a) (b)
Marcus REDIKER
Judith REVEL
Pierre RIGOULOT
Franck RIMBERT
Jacqueline RISSET
Agusto ROA BASTOS
Santiago RONCAGLIOLO
João Guimaraes ROSA (a) (b)
Marie-Jeanne ROSSIGNOL
Philip ROTH
Olivier ROY
Jed RUBENFELD
J.C. RUFIN
Juan RULFO (b)
Salman RUSHDIE (a) (b)
Marshall SAHLINS
Louis SALA-MOLINS
Lydie SALVAYRE
Boualem SANSAL (a) (b)
Ken SARO-WIWA
Eric SAUGERA
Bruno SAURA
Roberto SAVIANO
Bruno SCHULZ
Leonardo SCIASCIA
Leïla SEBBAR
Catherine SEGURET
Jacques SEMELIN
SENNEP
Amartya SEN
Pierre SERNA
Akhil SHARMA
Albert SIMONIN
Vladimir SOROKINE
Michael STOLLEIS
Botho STRAUSS
Heloneida STUDART (a) (b)
Karla SUAREZ
Antonio TABUCCHI
Paco Ignacio TAIBO II
Wassyla TAMZALI
Marc TARDIEU
Jean TEULÉ
Paul THEROUX
Germaine TILLION
Nick TOSCHES
Emmanuel TODD
Giorgio TODDE
Giacomo TODESCHINI
John TOLAN
David TOSCANA
Armitage TRAIL
Vitaliano TREVISAN
Bertrand TROADEC
Lionel TROUILLOT
Amos TUTUOLA
Alvaro URIBE
Zoé VALDES (a) (b) (c) (d) (e)
Fernando VALLEJO
Mario VARGAS LLOSA
Dinah VERNANT
Paul VEYNE
Laurent VIDAL
Pierre VIDAL-NAQUET
Tanguy VIEL
Enrique VILA-MATAS
Ornela VORPSI
Abdourahman A. WABERI
François WALTER
Nicolas WALZER
Jacques WEBER
Marc WEITZMANN
Michel WIEVORKA
Irvin YALOM
Avraham B. YEHOSHUA
Marguerite YOURCENAR
Evgueni ZAMIATINE
Samuel ZAOUI
Natalie ZEMON DAVIS
Joseph ZOBEL
Emile ZOLA

---------------------
Retour / Back

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

overblog

LITTERATURE AFRICAINE et ANTILLAISE

Dimanche 20 septembre 2009 7 20 09 2009 17:51

Après "L'intérieur de la nuit" et "Contours du jour qui vient", ce roman complète le triptyque consacré à l'âme du Continent africain. Au Mboasu, en Afrique équatoriale, Isilo et ses comparses ont kidnappé et enrôlé neuf petits garçons et un adolescent, Epa, tous du village d'Eku. Eclairé par des ombres qui exigent reconnaissance, aidé d'Ayané, "la fille de l'étrangère", Epa réussit à échapper aux rebelles et à ramener les enfants à Eku.

La romancière convoque les rivalités haineuses de petits chefs locaux plus assoiffés de pouvoir que d'engagement politique national ; s'ajoutent corruptions, meurtres et viols : le Mal, sous toutes ses formes, habite les hommes du continent noir. Se glissent des présences magiques, des personnages jaillis d'une autre dimension – telle Epupa la folle, incarnation des esprits des ancêtres. Elle mène le roman à sa happy end en l'élevant au conte merveilleux. L'auteur éclaire, dans les dernières pages, le sens symbolique de son récit et y adjoint une postface justificatrice de son titre comme de l'ensemble du triptyque.

Tous les Africains portent aujourd'hui la responsabilité des maux dont ils souffrent : leur discours victimaire n'est que lâcheté. Les kidnappings d'enfants viennent rappeler les razzias d'ancêtres lors de la traite négrière. Jetés dans "cet immense cimetière qu'est l'Atlantique" selon Edouard Glissant, leurs corps privés de sépulture continuent d'entraver leurs âmes, les empêchant d'accéder à la sérénité de la mort. Ces âmes souffrantes incarnent le Mal pour harceler les vivants coupables du péché d'oubli : "Nulle stèle ne nous conte aux vivants"."Les défunts privés de sépulture ravagent la vie". En outre, "le passé ignoré confisque les lendemains" : les Africains ont perdu "la trace de leur propre sang". Ainsi, les "aubes" devenues "écarlates", rougies de crimes, ne redeviendront "d'or" que si le Continent noir érige un monument à la mémoire de ses morts noyés, dont les exhalaisons vaseuses et putrides imprègnent le quotidien. "Tant que la paix ne leur ser(a) pas accordée, ils la refuser(ont) au continent noir.

Ce roman, "sciemment chaotique" selon Léonora Miano, s'organise selon une solide construction narrative. Toutefois, le message qu'elle veut transmettre fige un peu son écriture : hormis les trois chapitres titrés "Exhalaisons" – contrepoint lyrique du choeur des ancêtres –, l'intention didactique contraint la syntaxe comme le lexique, déréalise parfois les propos de l'adolescent, pèse sur le discours sentencieux des dernières pages. On regrette le souffle et la puissance suggestive des deux précédents romans.

Le cri du Sankofa, oiseau mythique qui vole en regardant derrière, c'est celui des âmes oubliées de la traite négrière. Elles ne cessent de réclamer "ce linceul qui ne (leur) fut pas tissé" : "Qu'on nous donne la route!" supplient-elles. En les libérant, le Continent Noir se libérera de ses maux.

Léonora MIANO
Les aubes écarlates

« Sankofa cry »
Plon, 2009, 274 pages.
Par Kate - Publié dans : LITTERATURE AFRICAINE et ANTILLAISE
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 12 février 2009 4 12 02 2009 11:37


Placées sous le signe des « postcolonial studies », les interventions réunies dans ce livre sont issues d’un colloque qui s’est tenu à Paris en 2006. Ces textes se placent dans le double contexte de la célébration de la francophonie et des violentes controverses suscitées par les lois mémorielles, surtout celle de 2005, et par le discours du président Sarkozy à Dakar en 2007. La première partie recherche et analyse le retour de l’idéologie coloniale dans l’attitude de la France à l’égard de l’Afrique depuis les indépendances, notamment l'ingérence dans les affaires du Rwanda ayant conduit au génocide des Tutsis en 1994. La deuxième partie montre comment les mémoires de l’époque coloniale perturbent toujours le débat politique en France tandis que la littérature africaine se construit sur des représentations opposées à celle des paradis fiscaux. La troisième partie s’interroge d’abord sur l’intérêt et la réception du concept « postcolonial » marquée en France par de nombreuses réticences, tant éditoriales qu’universitaires, puis s’interroge sur l’essor de la littérature « francophone » en prenant appui sur des auteurs africains et antillais comme expression du postcolonialisme, tout en craignant pour la survie des langues africaines. 

* * *

Comme ce blog fait voisiner histoire et littérature, j'ajouterais des développements particuliers pour certaines communications :

Sous le titre « L'impossible débat colonial » Pascal Blanchard résume ses travaux montrant comment la colonisation imprègne toujours la culture populaire et savante bien après la fin du temps des colonies : «il serait trop simple – et faux –
de croire que les effets de la colonisation eussent pu être abolis en 1962, après la fin de la guerre d'Algérie marquant celle de l'Empire français.» Même si les programmes et les manuels scolaires ont évolué dans le bon sens, il en appelle à un nouveau développement de l'histoire coloniale de la France, faute de quoi « nous sommes condamnés à entretenir le mythe du "choc des civilisations", né avec l'entreprise coloniale, et prolonger cette vision tronquée de notre histoire nationale.» (pp.159-175)

Cette façon de voir est relayée par Françoise Vergès. Dans sa communication intitulée « Postcolonialité : retour sur une "théorie" », l'auteure, qui connaît bien l'île de La Réunion, rend certes hommage aux travaux d'Edward Saïd et à ses continuateurs. Mais elle dénonce la montée d'une ethnicisation de la mémoire, et d'une idéologie victimaire. De même faut-il prendre garde à ce qu'une certaine lecture du « Discours sur le colonialisme » d'Aimé Césaire ne conduise à « l'idée d'un temps précolonial pur et innocent ». Elle met de même en garde contre l'approche erronée d'une histoire linéaire et simpliste. « Cela suppose de se dégager progressivement  d'une tentation du bien, présente dans le discours de la décolonisation […] : ce discours de rédemption, de renouveau, de table rase du passé en vue d'un avenir meilleur où le mal (le pouvoir colonial) aurait été terrassé par le bien (incarné par le peuple).» (pp.277-288)

Les œuvres de plusieurs auteurs africains viennent démythifier le temps des colonies, comme celui qui a suivi et comme celui qui a précédé. C'est ainsi que ces citations de Yambo Ouologuem, Ahmadou Kourouma et Achille Mbembe viennent illustrer le fait colonial et le post-colonial dans l'article d'Anthony Mangeon « Écrire l'Afrique, penser l'histoire » (pp-303-329). L'usage du pastiche et du détournement, plutôt que de procéder de la notion des "logiques métisses", aurait plutôt à voir avec une configuration susceptible de « faire advenir un point de non-retour du colonial.»

Dans un texte intitulé "La littérature du Commonwealth n'existe pas" Salman Rushdie affirmait à juste titre qu'il ne s'agissait que de "littérature anglaise" faute de quoi on en ferait un ghetto. Reprenant cette réflexion, Éloïse Brezault dans sa communication intitulée "Qu'est-ce qu'un auteur francophone ?" (pp. 347-357) montre que passer par Paris, même ironiquement qualifié d'"arbitre du bon goût", permet aux auteurs africains de bénéficier d'une diffusion à laquelle ils ne sauraient prétendre autrement. La bande dessinée "Aya de Yopougon" a ainsi gagné un large public suite au prix remporté à Angoulême en 2006, de même que des polars africains comme ceux de Moussa Konaté sont maintenant bien connus grâce à la "Série noire".
    E. Brezault rappelle la liste des prix Goncourt attribués à des auteurs francophones :
1979 : Antonine Maillet, Pélagie la Charrette (Québec)
1987 : Tahar Ben Jelloun, La Nuit sacrée (Maroc)
1992 : Patrick Chamoiseau, Texaco (Martinique)
1993 : Amin Maalouf, Le Rocher de Tanios (Liban)
1995 : Andreï Makine, Le Testament français (Russie)
2005 : François Weyergans, Trois jours chez ma mère (Belgique)
Ajoutons en 2008 : Atiq Rahimi, Syngué Sabour (Afghanistan).
    Il n'y a là aucun écrivain venu de l'Afrique subsaharienne, mais le Goncourt n'est pas tout ! Le prix Renaudot vient de revenir à Alain Mabanckou en 2006 pour "Verre Cassé", il avait été attribué en 2005 à Nina Bouraoui qui n'est pas que bretonne d'origine, en 2000 à Ahmadou Kourouma et plus anciennement en 1968 à Yambo Ouologuen pour "Le Devoir de violence" (auteur que cite Alain Mabanckou à la fin de "Black Bazar", 2009), livre qui avait été accusé de plagiat, retiré de la vente par les éditions du Seuil, et finalement réédité au Serpent à plumes en 2003.

Naturellement, il faut aussi encourager l'édition en Afrique où 30 % des habitants de l'ancien Empire colonial parlent français. Koulsy Lamko (in "Comme un coeur obsédé" pp.359-370) ferme ce recueil en concluant que « la colonisation est un phénomène d'occupation mentale » et prône une écriture postcoloniale en langues africaines. Ainsi Boubacar Boris Diop a-t-il publié à Dakar en 2004 aux éditions Papyrus un roman en ouolof, "Doomi golo". Sera-t-il un jour traduit en français ? Et publié dans quelle collection ?


Catherine COQUIO (dir.)
Retours du colonial ?
Disculpation et réhabilitation de l'histoire coloniale

L'Atalante, Nantes, 2008, 380 pages.

Présentation des intervenants sur le site de l'éditeur


Par Mapero - Publié dans : LITTERATURE AFRICAINE et ANTILLAISE
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 27 octobre 2008 1 27 10 2008 06:59

Aujourd'hui professeur de Littérature à UCLA, Alain Mabanckou a traversé une première fois l'Atlantique à l'occasion de son second roman, créant deux remarquables "loosers" : Makabana et Auguste-Victor, les personnages principaux de “Et Dieu seul sait comment je dors.” Dans une construction circulaire maîtrisée, le lecteur découvre en un long “flash back“ l'enquête qui permet à Makabana de découvrir la vie cachée de celui qu'il a recueilli et installé comme locataire de sa seconde cabane à Vieux-Habitants, en Guadeloupe (97119) où résident les … Habissois.

L'un est pêcheur et l'autre pécheur... L'un comme l'autre de ces pauvres gars, ils ont connu à certains moments une vie plus facile. Prenez Makabana ; il est bossu, malingre et vêtu de noir. Africain de naissance, il a été adopté par des colons fortunés qui l'ont élevé dans leur château en France, puis emmené avec eux en vacances en Guadeloupe. Il n'en est pas reparti, préférant une vie de crève-la-faim dans l'île, que se voir rappeler sans cesse son handicap. Noir et bossu, ce n'est pas facile, facile.

Auguste-Victor au contraire est très grand, mais il est affublé d'un visage vraiment affreux. Le pire, c'est qu'il a commis l'irréparable après avoir forcé sur le rhum agricole. Il faut dire que le sort s'était acharné sur lui. Il avait bien trouvé un travail et rencontré Pauline sur le marché aux légumes mais leur bonheur ne dura pas. Pauline mourut en couches et il fut accusé par sa redoutable belle-mère d'être « Lucifer en personne.» La déchéance fut rapide et l'intervention de sa soeur, Josette, ne fut finalement pas une bonne idée. Noir, difforme, veuf et violeur, ce n'est pas une vie !

Heureusement, après la prison, Auguste-Victor avait découvert la Bible — c'était à l'hôpital psychiatrique, dont il sortit enfin un jour. Alors il revêtait son costume pour se rendre, tout de blanc vêtu, à la messe. Le père Moupelo, qui n'était pas guadeloupéen de naissance, avait assez de charité pour parler avec ce drôle de paroissien qui terminait ses prières par un « Et Dieu seul sait comment je dors...», cet inconnu habillé de blanc que les gens évitaient et sur qui circulaient tant de on-dit.  N'était-il pas un vrai diable déguisé en être humain tel Mouloki ? « Ce diable dont les faits étaient relatés tous les weeks-ends dans France Antilles

« Pourquoi cet homme, ce colosse, s'était-il habillé en blanc des pieds à la tête, quand on savait qu'ici les diables en manque d'imagination s'amusent à se vêtir également de la même couleur et à déambuler dans les ténèbres, semant la terreur sur les femmes, les enfants et les animaux domestiques ? Donc, cet homme en blanc ne pouvait être qu'un diable surpris par l'aube et qui ne parvenait plus à regagner son caveau dans le cimetière d'en face.»

Où était la vérité ? 

En lisant ce roman vous découvrirez une tragédie multiple et un romancier encore éloigné de la réputation d'ironiste qu'il s'est faite plus tard avec «African Psycho» ou « Verre Cassé ». La foi ne sauve pas Auguste-Victor. Les bonnes intentions peuvent mener aux catastrophes. Sans aller jusqu'à chercher des Diables… il n'y a pas que les chaînes de l'esclavage qui puissent gâcher la vie des gens.

Alain MABANCKOU
Et Dieu seul sait comment je dors

Présence Africaine, 2001, 246 pages.

 


Par Rousseau - Publié dans : LITTERATURE AFRICAINE et ANTILLAISE
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 26 octobre 2008 7 26 10 2008 07:20

Ceux qui n'étaient pas Parisiens n'étaient que de vulgaires Paysans. « Moki estimait qu'un Parisien ne devait plus habiter dans une masure comme la leur, une bicoque en planches d'okoumé surmontée d'un toit en tôles rouillées.» Aussi, en revenant un été au pays, Moki avait-il pu dépenser généreusement pour construire à ses parents la plus belle maison du quartier. C'était un Parisien, c'est-à-dire un Congolais émigré à Paris où ses activités semblaient bien profitables. Pour s'en convaincre, il suffisait à son ami d'enfance Massala-Massala de le voir parader avec les filles dans les maquis ou en voiture quand revenait le temps des vacances au pays.

 

N'y tenant plus Massala-Massala obtiendra de son ami Charles Moki de lui préparer l'expédition jusqu'en France. Il aura des papiers en règle pour un voyage touristique... et déjà Adeline prétendra partager sa vie avec ce futur Parisien.  Quelques heures d'avions plus tard, Paris ne sera déjà plus le paradis espéré par l'indolent Massala-Massala. Il y fait froid. Pour le réchauffer… et pour rentrer dans ses frais, Moki entend mettre rapidement au travail ce "débarqué" qui a eu trop vite le mal du pays ! Le voici donc introduit dans un milieu de clandestins tous plus inventifs les uns que les autres. Si Moki trafique dans la fringue, Boulou, l'"Agent immobilier", est l'inventeur de la "garantie trimestrielle" pour les squats qu'il loue au prix fort. Et les faux-papiers fournis par Préfet transforment Massala-Massala en un certain Marcel Bonaventure mais ils ne sont pas gratuits. Notre pauvre ingénu est expédié dans des trafics louches pour lesquels il n'est pas préparé.

 

Voilà, vous avez plus ou moins deviné la suite. Ceux qui rentreraient au pays par "charter" — comme on commençait à dire quand Charles Pasqua officiait place Beauvau — n'auraient pas de jolis cadeaux à offrir, ni aux parents ni à leur dulcinée. Et Adeline bien sûr aurait disparu... Entre Moki et Massala-Massala le "deal" n'était pas l'idéal : on était dans une situation d'information dissymétrique. Dans ce premier roman, construit en "flash-back", Alain Mabanckou oppose Paris à une Afrique où l'on n'a d'autre ressource attendue que l'argent et les cadeaux des Parisiens, ceux-ci étant réputés mener une vie facile au pays de l'abondance et des droits de l'homme. À Château-Rouge, évidemment, la réalité est un peu différente... La marque de Mabanckou c'est déjà une touche d'ironie — que les œuvres suivantes amplifieront pour notre bonheur jusqu'à "Verre Cassé" qui repose aussi en partie sur cette opposition entre Paris et l'Afrique.

 

Alain MABANCKOU
" Bleu, Blanc, Rouge "

Présence Africaine, 1998, 222 pages.

 

Par Rousseau - Publié dans : LITTERATURE AFRICAINE et ANTILLAISE
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 24 octobre 2008 5 24 10 2008 07:00

   Avec "Les Crapauds-Brousse", le romancier né en Guinée en 1947 avait introduit le thème de l'exil politique. Il reprend ce thème dans son 4è roman car sa patrie est toujours gouvernée par "Boubou-Blanc" dont les habitudes de gouvernement confinent au pire pouvoir dictatorial.

      « Saloperie d'indépendance, c'est même plus un pays, c'est un vieux rafiot en feu d'où chacun s'échappe selon les moyens de sa peur.» Aussi n'est-on pas surpris de retrouver ici un groupe de jeunes Guinéens réfugiés, cette fois-ci en Côte-d'Ivoire. Et c'est l'un d'eux, Badio, qui est le narrateur.

Encore étudiants et donnant des cours dans des collèges qui parfois les paient, ils se retrouvent souvent dans les "maquis" de Bidjan-la-même. Par exemple chez tantie Akissi où on se régale d'attiéké, un plat à base de farine de manioc et de poisson frit. C'est là aussi qu'ils doivent fêter le départ pour l'Europe de l'une des rares filles du groupe, Idjatou, la petite soeur d'Elgass. Mais entre Mermoz, le quartier du campus où ils habitent, et le maquis où Idjatou les attend, c'est presque toute la ville qu'il faut traverser en Bus, par la ligne 12. Contourner Cocody, longer le Plateau, franchir le pont et se retrouver à Treichville.

Comme des pauses sont inévitables — et qu'on est dimanche — on prendrait bien une bière puis une autre servies par Kouassi Kouassikro, fier descendant de prince guinéen, au bar du Libanais, séducteur invétéré. Badio et ses amis vont faire attendre Idjatou. Mais quand ils la rejoignent au bar Hélène, à minuit passé, la fête va déraper au fil des parties d'awélé. Plusieurs années auparavant, mais après la mort de son frère aîné Elgass, la jeune Idjatou était venue toute seule de Guinée à la recherche de son "sassa" et Elgass avait laissé derrière lui pas mal d'argent. Tout le monde ne sortira pas indemne de cette ténébreuse affaire.

« Si certains croient se souvenir d'avoir vu le sassa épinglé au-dessus de son lit, c'est parce qu'on en a parlé récemment. A l'époque, tout le monde n'avait dû y voir qu'un machin pour touristes comme il en pullule sur les côtes africaines. Une gourde de Touareg, par exemple, puisqu'il avait été instituteur nomade au Niger; un sac de donso bambara puisque c'est au Mali qu'il avait contracté son premier mariage; un décorum lobi ou bobo puisque c'est en Haute-Volta qu'il lui était arrivé cette histoire de faux billets de banque avec un prétendu commissaire de police; un fétiche éwé puisque c'est au Ghana qu'il avait été orpailleur... Où est-il passé, ce sassa? II existe bien, pourtant. Sinon le lignage ne se serait pas amusé à pousser une collégienne plus prédisposée au jeu de marelle qu'aux finasseries de l'ésotérisme à parcourir des centaines de kilomètres depuis le pays jusqu'à Bidjan.»

Dans un style fleuri, n'hésitant pas à utiliser des termes de langues locales, le romancier peint un savoureux tableau de Bidjan-la-même, avec ses riches et ses paumés, ceux qui fréquentent la faune du bar de l'hôtel Ivoire, et ceux qui rencontrent les "toutou" dans les bouges de périphérie — « Yopougon à côté c'est la bourgade des innocents ».


Tierno MONÉNEMBO
Un attiéké pour Elgass

Seuil, 1993, 170 pages.




Par Rousseau - Publié dans : LITTERATURE AFRICAINE et ANTILLAISE
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 12 octobre 2008 7 12 10 2008 11:49

Aujourd'hui célèbre pour un grand et gros livre sur les "Peuls", Tierno Monénembo a entamé sa carrière de romancier un quart de siècle auparavant avec "Les crapauds-brousse". Si selon une légende peuhl le crapaud est un être parfait, il n'en est pas de même de bien des personnages de cette histoire qui se situe dans un pays d'Afrique après l'indépendance, pays que gouverne en despote le nommé Sâ Matraq — tout un programme. Les espoirs de développement et de démocratie ont cédé la place à un régime policier et  approvisionné par des contrebandiers.

 

Les élites nouvelles, qui peuplent les ministères après avoir fait des études en Europe — Diouldé, lui, a obtenu ses diplômes en Hongrie —  mènent une joyeuse vie mondaine et insouciante. Mais il leur arrive aussi de parler politique et de tenir imprudemment des propos séditieux. Or, le romancier a introduit des personnages moins recommandables dans l'entourage de Diouldé : Gnawoulata l'ancien camarade de classe devenu riche trafiquant et son inquiétant ami Daouda que l'on devine haut placé dans la police politique d'un pays qui fait penser à la Guinée de Sékou Touré. Voilà des relations bien dangereuses d'abord pour Diouldé et ensuite pour son épouse Râhi.

 

Au bord de la mer, en périphérie de la capitale, une sinistre prison surnommée "le Tombeau" se remplit d'opposants réels et supposés car les dénonciations vont bon train. On évoque aussi l'existence d'un camp de concentration. Chercher à s'exiler peut vous y conduire et c'est l'histoire de Kandia. Comment Râhi se sortira-t-elle d'une situation que compliquent encore la maladie de sa belle-mère, l'arrivée d'un sorcier sale et lubrique, et les promesses hypocrites de Daouda ?

 

Avec une écriture très classique, juste un peu épicée de termes africains traduits en notes de bas de page, ce roman se lit très facilement comme un roman social où traditions et monde moderne se heurtent assez tragiquement. C'est aussi un roman qui s'aventure dans le grave contexte de la décolonisation mais il reste cocasse à plus d'un titre dans la description des personnages (Karamoko Lamine le sorcier, Gnawoulata alias "Pas-de-crédit"), voire des lieux (le Paradis n'est qu'un sordide "boui-boui"). Il m'est ainsi arrivé de penser à "Verre Cassé" d'Alain Mabanckou. Je ne crois pas que cette comparaison lui déplairait.


 

Tierno MONÉNEMBO
Les crapauds-brousse

Éditions du Seuil, 1979, 185 pages.

 

Deux oeuvres ultérieures de cet auteur sont analysées sur le site "La Plume francophone" (Dossier Monénembo)



Par Rousseau - Publié dans : LITTERATURE AFRICAINE et ANTILLAISE
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 10 octobre 2008 5 10 10 2008 08:34

  • Paru en 2005 aux USA, "Beasts of no nation" débusque "la bête qui sommeille en nous". La guerre la révèle, tapie en tout être humain, fût-il enfant soldat. Mais certains trouvent en eux-mêmes la force de résister et d'envisager leur avenir au-delà du conflit. Tel est Agu, pré-adolescent africain héros de ce roman.
  • U. Iweala immerge totalement le lecteur. Enrôlé par les rebelles, Agu lui parle pour rester humain. On vit par empathie une guerre dont on ignore les belligérants comme le pays. On écoute le garçonnet évoquer les souvenirs de son enfance heureuse, avant "la guerre qui a tout foiré". On est "embarqué" - au sens camusien - autant par la violence des ordres et des bruits, signifiée souvent en majuscules, que par les propos de l'enfant. Agu s'exprime comme tout jeune Africain : la remarquable traduction de Mabanckou restitue la saveur de son langage. L'enfant met à mal la syntaxe, estropie les mots rares, invente des métaphores inattendues, drôles, poétiques, entremêlées d'expressions grossières. Le contraste est saisissant entre l'horreur vécue et le discours distancé, ironique parfois, de l'enfant.
  • La souffrance, Agu l'éprouve à chaque instants dans son corps : sans cesse marcher, courir, combattre ; sans cesse résister à l'épuisement comme aux douloureux attouchements du Commandant. La souffrance, Agu la vit surtout dans sa conscience, sans cesse déchirée entre les principes inculqués par sa mère - "Tu ne tueras point" - et l'obligation de tuer sinon son chef l'exécute. La culpabilité hante l'enfant. « Un soldat doit tuer, tuer encore. Si moi je tue c'est que je fais ce que je dois faire [...] Quand je me souviens que j'ai fait de belles choses bien avant d'être un soldat, eh bien là alors je me sens mieux [...] je ne fais que mon boulot de soldat, comment même je peux être un mauvais garçon, moi ? »
  • La force de caractère de ce garçonnet étonne. L'auteur lui prête une surprenante capacité de recul. Agu sait écouter son corps, dominer ses émotions, analyser ce que la guerre change en lui. Passé l'effroi du premier geste criminel, l'enfant-soldat prend plaisir à faire couler le sang car "on a tous envie de tuer". Mais Agu le clairvoyant sait qu'il le fait pour se conserver en vie afin de retrouver sa mère et sa sœur, et pour venger son père exécuté sous ses yeux. Ce "petit minimum d'homme" fait preuve d'une rare lucidité lorsqu'il confie au lecteur : « j'appartiens à une ethnie de bêtes sans patrie.» Il a conscience que son enfance se déréalise et rejoint les légendes fondatrices de sa culture, à tel point que lorsqu'il évoque ses souvenirs « tout ça que je raconte on dirait même c'est un rêve.» D'où lui vient une telle maîtrise de soi ? de sa chance d'être fils d'instituteur, d'être allé à l'école, d'être nourri de lectures et de films ; surtout, d'avoir été choyé par ses parents à jamais disparus. Cette force intérieure, - « j'avais une maman, et elle m'aimait » - permet à Agu d'échapper à la guerre. Il refuse d'en parler : « Je veux voir que les choses qui me rendent heureux dans cette vie.» Avoir été enfant-soldat : une terrible et fructueuse initiation.
  • Qui ne s'indigne de voir enrôler des enfants dans la guerre pour les contraindre à tuer ? S'ils y survivent on les croit psychiquement brisés, schizophrènes suicidaires sans futur. C'est une généralisation hâtive. Même s'ils ont été capables d'autant de férocité qu'un animal au cœur des pires tueries, certains enfants-soldats peuvent "rebondir" et construire leur vie, s'ils ont la chance d'Agu... L'auteur dédie son roman "à ceux et celles qui ont souffert" comme un baume sur leurs cicatrices et une espérance. On peut le dédier aussi aux parents des tout-petits...

Critique rédigée par Kate

Uzodinma IWEALA
Bêtes sans patrie

Traduit de l'anglais par Alain Mabanckou
Éditions de l'Olivier, 2008, 175 pages.

Par Rousseau - Publié dans : LITTERATURE AFRICAINE et ANTILLAISE
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 1 octobre 2008 3 01 10 2008 11:45

Au pays du Timonier, ouvert sur le golfe de Guinée, quelques personnages venus de leur village sont confrontés à des situations embarrassantes qu'ils ont choisies pourtant. Et pour eux tous, l'histoire débouche tragiquement sur la mort, en passant ou pas par la case folie. Voici juste quelques repères simples dans ces événements compliqués.

 

Il y a Mom Dioum qui a étudié jusqu'en maîtrise de sciences économiques, est devenue une beauté servant de mirage entre les mains du gourou du Président, s'est échappée après avoir assisté à un meurtre, — on ne le saura que plus tard —  et est revenue sans un sou au village. Pour devenir une autre et se soustraire aux possibles recherches, elle a décidé de se faire tatouer les lèvres. La douleur est trop grande, elle échappe à la Tatoueuse, mais elle est irrémédiablement défigurée, et après une errance tantôt onirique tantôt fantastique, finit par créer du scandale dans un quartier populaire ; elle est internée et trouve l'amour et la mort à l'hôpital psychiatrique.


Il y a Fatou Ngouye, son amie, qui part à sa recherche jusqu'à la capitale, en compagnie de Yoro, cousin de la fille disparue. La ville ne leur porte pas chance. Accusés de vol, Fatou et Yoro se retrouvent en prison. Le commissaire abuse sexuellement de la jeune fille. Plus tard celle-ci est recueillie par un prêtre qui lui fait un enfant et l'expédie dans un autre quartier. Elle y croise Yoro devenu l'amant d'un homme important ; il ne la reconnaît pas et, troublée, elle ne lui parle pas. Une nouvelle errance la porte au marché où on l'accuse de vol et elle y est brûlée vive par une foule en délire.


Et puis Yam. D'abord issu du rêve d'une des filles, il devient un personnage réel. Il est témoin, dans la forêt proche d'un village du Vassari de la préparation de la Fête des Morts. Des hommes sont venus, ont revêtus les masques, drogué des enfants, les ont décapités. Yam est horrifié et il se révolte. Le lendemain, lorsque se déroule la Fête des Morts, il veut intervenir pour dénoncer les criminels. Les villageois le menacent. Il est sauvé par un missionnaire qui le dépose à l'hôpital psychiatrique où il découvre… Mom Dioum.


La radio joue un rôle clé dans cette histoire de folie et de mort. Tel un griot elle égrène les nouvelles du pays et du monde aussi. Comment le Timonier a décidé d'éliminer les fous. Comment il gouverne en tyran corrompu un pays entouré de conflits sur tout le Continent. L'auteur fait brièvement allusion aux drames du Rwanda, de Sierra Leone, d'Angola, quelquefois aux scandales du "mal-développement". Ainsi le temps présent voisine-t-il avec les traditions ancestrales : la Tatoueuse, la Fête des Morts, ainsi que le Devin qui apparaît après le supplice de Fatou sur la place du marché :

 

« Ohé ! Silence, un sage est arrivé. C'est le « bokonon », le devin.
Il va nous dire ce qu'il a trouvé avec le « fâ », l'art divinatoire.
Le sage en question, un vieux d'un âge certain s'assit en tailleur par terre. Il jeta son joujou et se concentra un peu. Il sortit de sa poche une petite bouteille contenant un alcool blanc. Il en but une bonne gorgée, en versa un peu par terre et recommença son manège. Cette fois-ci quand il jeta son joujou, il écarquilla les yeux et leva la tête au ciel et prophétisa:

— Quittez ce marché, le plus vite possible. Un malheur va s'y abattre et quiconque passera par ici recevra la foudre. A mille lieues tout autour. Ceux qui ont accusé la jeune femme qui a péri ici, attraperont la maladie qui ne guérit jamais, la maladie qui les tuera et partout où ils passeront ils seront la risée des chiens et des cochons.
Il est inutile de faire quoi que ce soit. Les dés sont déjà jetés.
Rentrez chez vous et priez.
Fermez toutes les issues de votre maison.
Dînez tôt. Enfermez-vous et ne sortez sous aucun prétexte.
La divinité Oro sortira exceptionnellement cette nuit.
Il tue tout ce qu'il rencontre sur son passage comme vous le savez.
Que personne ne le brave Vous avez compris?
Oubliez ce marché. Il n'existe plus.

 

Le vieux se leva, but encore une bonne gorgée de son alcool blanc, rangea son joujou dans une des poches de son «danchild », tenue ample du golfe de Guinée, d'origine yorouba, et retourna dans ses mystères sans se retourner.

Un silence terrifiant saisit les quelques personnes qui étaient restées là et tout d'un coup, elles se dispersèrent en prenant leurs jambes à leur cou. Cette nuit, ce fut terrible. Un immense feu consuma tout ce qui restait du marché. Seule la statue surréaliste demeura pour l'éternité.»


On peut lire ce roman comme une réussite où se rejoignent le talent de conteuse de Ken Bugul et une allégorie des malheurs de l'Afrique, pas très loin des analyses de Stephen Smith dans "Négrologie". L'écriture de Ken Bugul peut surprendre. Elle affectionne les paragraphes courts et rythme son texte par des litanies qui font penser au choeur de la tragédie grecque, sinon aux paroles des griots.

Ken BUGUL
La Folie et la Mort
Présence Africaine, 2000, 238 pages.


 

 

 



Par Rousseau - Publié dans : LITTERATURE AFRICAINE et ANTILLAISE
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 3 septembre 2008 3 03 09 2008 17:44

 

Avant de se voir attribuer en 1988 le prix Renaudot pour "Hadriana dans tous mes rêves", le poète d'origine haïtienne, connu pour son opinion critique à l'égard de la "négritude", s'était lancé dans le roman avec "Le mât de cocagne". On y trouve déjà l'importance du vaudou, au cœur d'un récit caractérisé par le "réalisme magique", un concept hérité d'Alejo Carpentier qu'il connaissait pour avoir passé plusieurs années à Cuba. Le poète s'était exilé pour fuir la dictature des Duvalier, tandis que ses engagements anticolonialistes l'avaient fait expulser de France. Il avait séjourné en Amérique latine et avait été invité dans la grande île proche de sa patrie caraïbe pour y continuer son œuvre poétique. Le régime de Castro l'ayant déçu, René Depestre retourna en France, devint citoyen français et s'installa sous le soleil des Corbières qui, d'une certain façon, peut lui rappeler celui de Jacmel où il est né.


Comment défier un dictateur

Pour son premier roman, le poète et essayiste haïtien a choisi un sujet qui lui est cher : un homme instruit  — ancien élève de Sciences Po et de la Sorbonne comme lui — se dresse contre la dictature d'Haïti. Le dictateur c'est Zoocrate Zacharie, l'inventeur de l'électrification des âmes. L'opposant c'est Henri Postel, jadis sénateur, qui, parce qu'il était chef d'une opposition réprimée, s'est retrouvé zombifié en petit boutiquier.

Et la boutique périclite. Postel, brisé, songeait même à émigrer clandestinement au Canada quand se présenta l'opportunité de défier le dictateur en un exploit qui retournerait l'opinion et préluderait au renversement du régime et changer la négritude en tigritude : il lui faudrait grimper tout en haut du mât de cocagne installé pour la fête sur la place des Héros à Port-au-Roi !


De l'utilité du vaudou

Après un premier tournoi qui permet de connaître les concurrents, tout un chacun voit bien que Postel a plus de courage que de muscle. Il apparaît aussi que les autorités ont chargé leur sorcier, l'infâme Nildefert, d'utiliser sa magie pour bloquer Postel en bas du mât de cocagne. Avec Papa-Loko dans le rôle du "loa", deux femmes, Cisafleur la "mambo" qui connaît les esprits et les sortilèges et la chaude Elisa experte en massages, vont elles aussi recourir au vaudou. La remise en forme du sénateur se fera en urgence au cours de la nuit du vendredi au samedi. En même temps, une contre-cérémonie aura lieu au palais présidentiel dans une atmosphère de complot… D'une manière ou d'une autre, le lecteur en est persuadé, Postel réussira à grimper tout en haut du mât. Mais quelle sera la chute ?

On apprécie avec jubilation les différents épisodes de ce récit coloré. L'écriture en est à la fois efficace, légère et savoureuse, qu'il s'agisse de la description des bureaucrates de la dictature ou des concurrents du mât de cocagne. L'auteur joue avec malice évidemment du symbole du mât. Les séances de vaudou, quant à elles, sont narrées de manière instructive et explicite, sans cacher la dimension érotique du traitement salvateur que reçoit le sénateur. L'auteur ne nous prive pas non plus d'anecdotes vachardes sur les détenteurs du pouvoir, telle la fille du dictateur, et laisse percevoir sa bienveillance pour les personnages plus modestes. Un auteur à ne pas oublier!


Extrait  : La séance de vaudou pour Henri Postel

« Elisa entra. Elle confia les chandelles allumées à la mambo. Postel et maître Horace s'occupèrent â retourner leurs vêtements. Elisa ressortit pour faire de même. Dans l'obscurité de la cour, elle inversa soutien, slip, mini-jupe et chemisier. Sor Cisa fixa les cierges, deux noirs et trois blancs sur les points qu'elle estimait stratégiques du vevé. Elle saisit un paquet de feuilles vertes et l'orienta vers les quatre points cardinaux en récitant :

Au nom de Loo Danyiso
Au nom de Loko-pomme-d'Adam
Postel aura des couilles de lion
Pour vaincre les fureurs du mât
Ago, Agosy, Agola !

Après ces invocations la Cisafleur prit Loko par la main. Elle le fit pirouetter lentement devant le lit de Postel et improvisa le chant suivant :

Je suis la tête fraîche des arbres
Je suis Loko-Postel
le général Loko Silibo Vavoun
Je suis la clef du long chemin d'homme
qui brille jour et nuit sous ses pieds
le soleil nous suit pas à pas, agoyé !

Le loa manifesta joie et fierté à l'écoute des paroles qui célébraient ses pouvoirs. Il se détacha de sor Cisa pour danser seul. Il n'était plus un nègre trapu avec un cou de taureau, ni un petit charpentier de Tête-Boeuf, mais un papa-loa qui s'engageait avec grâce dans les chemins africains de son esprit et de son corps. Il dansait le corps incliné, bras et jambes légèrement pliés, avec un jeu frémissant du dos et des épaules. Tantôt il avançait, tantôt il reculait, faisant glisser latéralement les pieds. Tout à coup il attira Elisa : elle fit immédiatement corps avec le rythme qui montait et descendait dans la voix de sor Cisa. Les ondulations des épaules et des reins d'Elisa, ses entrechats, ses fléchissements de genoux, rivalisaient de feinte et de fantaisie avec le ballet félin de son partenaire. Elle releva des deux mains le bas de sa mini-jupe et se mit à le baisser et à l'élever sans cesse. Sa chair, partout dure, pleine, lyrique, ondulait, se cambrait, s'arrondissait, en mesure. Postel la regardait, fasciné. (…)

Quelques instants après sor Cisa cessa de chanter. Elle ouvrit une bouteille, se remplit la bouche d'une lampée de son contenu. Au lieu de l'avaler, elle en vaporisa le visage de Papa Loko. Le saint loa recula de plaisir. Sor Cisa répéta la vaporisation de kimanga sur Elisa, maître Horace et Postel. Chacun se mit à éternuer, les yeux larmoyants, dans une piquante odeur de tafia, de pimprenelle, de piment. Loko se pencha sur Postel. Il le souleva du lit. Il frotta lentement son front contre le sien. Il lui saisit les mains. Il les éleva, à trois reprises vers les points cardinaux et demanda à sor Cisa de les vaporiser. Loko répéta la même opération avec les pieds de Postel. Sor Cisa sortit précipitamment de la pièce. Elle revint aussi vite avec un coq et une poule qu'elle s'empressa de confier au loa. Papa-Loko invita Postel à enlever chemise et pantalon. L'ex-sénateur s'exécuta. Il apparut en caleçon.
- Ça y est, on me déguise en cadavre, songea-t-il.»


René DEPESTRE
Le mât de cocagne

Gallimard, coll. blanche, 1979, 178 pages.
(rééd. Folio n° 3081 en 1998)


Par Rousseau - Publié dans : LITTERATURE AFRICAINE et ANTILLAISE
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 12 août 2008 2 12 08 2008 11:46

Marièla et Colin. Elle est déjà adolescente, bientôt femme, lui est encore un gamin, du genre maladif et déscolarisé faute d'argent. Ils habitent dans un bidonville de Port-au-Prince. Ou plutôt ils habitaient. Mais ils en ont eu assez du père, Corazón, un alcoolique, qui fait semblant de travailler dans un garage, et qui survit par les dollars qu'envoie Man Yvonne, exilée en Floride. Ils en avaient assez de voir Joséphine, leur mère, tabassée, ne se relevant que pour prier, en attendant que Corazón recommence à cogner. Car c'est tout ce qu'il savait faire : cogner. Dans son idée, jadis il avait entrepris de devenir boxeur, comme Joe Louis. Cogner et boire.

Marièla et Colin en avaient assez. Où plutôt c'est Marièla qui en eut assez. Et Colin l'a suivie. Ils ont assommé Corazón avec une clef de mécano alors qu'il était encore dans son coma éthylique. Ils l'ont tué alors que Joséphine était encore sous l'effet d'une dernière raclée. Et avant que le facteur n'arrive pour boire et causer avec Corazón, ils ont couru à travers le bidonville, quelques gourdes en poche, et se sont retrouvés en ville. Avant d'être arrêtés, ils ont erré, parcouru quelques quartiers de la capitale, comme le Bas de Peu de Chose, et croisé certaines personnes de leur connaissance, y compris sur la place des héros, et fait une balade sur les hauteurs, le micro-climat y est plus frais, et les touristes viennent admirer la vue.

Maintenant ils sont en prison. Séparés. C'est Colin qui raconte cette histoire en pensant à ses copains. Assailli par les souvenirs, par les mensonges que racontait son père, conscient de ce que c'était Mariéla la préférée du père. Si l'on peut appeler ça un père.

Voilà un court roman d'un auteur haïtien né en 1956, qui ne charge pas son récit de couleur locale, et nous propose un texte alerte et plaisant sur un sujet grave et triste. Rapprochement possible avec ce qu'écrit son compatriote Dalembert.


Lyonel TROUILLOT
Les enfants des héros

Actes Sud, 2002, 134 pages.


Par Rousseau - Publié dans : LITTERATURE AFRICAINE et ANTILLAISE
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés