Vendredi 2 mai 2008

Pour ce quatrième long métrage filmé en 2006, le réalisateur Reha Erdem nous invite dans un village turc, proche de la mer Égée, mais relativement à l'écart de la modernité citadine, comme nous nous en apercevons en découvrant la vie quotidienne de quelques familles et en pénétrant dans leur intimité domestique.

 

Omer en famille

Les personnages principaux sont trois pré-ados qui supportent mal le poids des traditions et de l'autorité masculine. Yakup et sa cousine Yildiz ont des pères soumis à un aïeul autoritaire et injuste. Omer, fils aîné de l'imam, le déteste parce qu'il représente plus que d'autres la tradition. Il envisage de gaieté de cœur sa disparition, quitte à la provoquer en trafiquant ses médicaments, à recourir aux scorpions, ou à le pousser dans le vide du haut d'une falaise. De leur côté, Yakup et Yildiz admirent l'institutrice, moderne, élégante et libre de liens familiaux sur place. À ces trois jeunes s'ajoute un jeune berger illettré, qu'Ahmet n'hésite pas à frapper brutalement pour avoir dérobé une poignée de pistaches, au point que le conseil de village doive le sermonner.

 

Yildiz sous les fleurs

Le titre français — Des temps et des vents — est moins explicite que le titre turc "Bes vakit", cinq fois, c'est-à-dire les cinq prières de l'islam qui correspondent aux parties successives. Leur apparition à l'écran, avec des images magnifiques, est à rebours du temps : la nuit, le soir, l'après-midi, midi, enfin le matin, quand la mort de l'imam ouvre une nouvelle époque dans la vie d'Omer. Tandis que la musique sublime d'Arvo Part contribue à la gravité du film, le réalisateur insiste sur les cycles vitaux, avec la succession des saisons, avec la mort et la naissance. Ces thèmes sont illustrés par l'accouplement des ânes et des chiens, par le vêlage de la vache, par la naissance d'un petit frère chez Yakup, voire par la série des images de ces jeunes gens allongés dans une végétation différente (cf.supra), au fil des temps et des vents.

Un film admirable à tous points de vue.

 

« Des temps et des vents »
Film turc de Reha Erdem

Sortie en France : 30 avril 2008, 107 min.


 

par Rousseau publié dans : AU CINEMA
Lundi 24 mars 2008

Le « Casual Day » est une pratique d’entreprise venue des Etats-Unis. Certaines sociétés profitent du vendredi pour partir à la campagne participer à un stage comprenant diverses activités sensées améliorer les performances et la motivation des salariés. Ce qui en théorie pourrait être une simple sortie à la campagne, est l'occasion de réveiller des rancunes et de régler des comptes parmi ces cadres sortis de la capitale pour être immergés dans cette auberge basque ou galicienne le temps d'un week end. Une séance de "paint ball" donne du piquant à un après-midi pluvieux tandis que de nombreux "a parte" décrivent bien une atmosphère très vite tendue.

Casual-Day.jpg

Ruy (Javier Rios) –premier à gauche sur la photo– n'a pas l'expérience de ces moeurs de cadres. José Antonio (l'acteur Juan Diego), le père de sa fiancée, lui a trouvé un poste important dans son entreprise, au 3è étage déjà, et il veut faire de lui son successeur ; il lui fait miroiter son bureau du 6è étage et son Audi A8. À vingt-cinq ans, bardé de diplômes et de conquêtes féminines, Ruy a du mal à rentrer dans le rôle du gendre brillant promis à un bel avenir. Il voudrait pouvoir dire non à ce travail, à José Antonio, à Inés sa fiancée qui téléphone sans cesse, et à cette comédie du « Casual Day ». Mais dire non n’est pas facile, surtout que Marta (Estibaliz Gabilondo), qui est aussi une copine d'Inès (Marta Etura) comme l'indique la scène d'ouverture du film, fait partie du stage.

Je ne sais pas si Max Lemcke a eu conscience de faire une suite du film de Marcelo Piñeyro, "El Metodo" (La Méthode) qui montrait une opération de recrutement dans une grande société madrilène, mais le fait est que son film complète à merveille la liste trop brève des films qui ont pour sujet (principal ou annexe) la vie des entreprises d'aujourd'hui.


CASUAL DAY
Film réalisé par Max Lemcke

Espagne, 2007, 94 min.



 

par Rousseau publié dans : AU CINEMA
Samedi 16 février 2008

Le regard ironique et tendre de Daniele Luchetti nous ramène aux années de plomb avec cette chronique familiale plus que politique mais qui dénonce néanmoins les désastres engendrés par les extrêmistes. Au centre de l'action, il y a les deux frères Benassi dont la rivalité se déploie au fil des circonstances.
Latina, sur le littoral du Latium, est une cité désolée fondée à l'ère fasciste. Là vit Accio, dit La Teigne, vilain petit canard d'une famille ouvrière fière de l'aîné, le beau Manrico, adulé de toutes et de Francesca, fière aussi de Violetta, la cadette, violoncelliste d'avenir. La Teigne a un seul mérite : celui de latiniste, guère prisé par le papa qui souhaite avoir un fils technicien comme lui.

Sous la torpeur de la Démocratie chrétienne d'Andreotti, communistes et néo-fascistes s'opposaient virilement même à Latina. D'où des incidents à n'en plus finir car La Teigne devient membre du MSI – Mussolini Sei Immortale, ironise sa soeur – tandis que Manrico participe aux combats de l'extrême-gauche et devient brigadiste.

Alors que Violetta brille comme musicienne et que Manrico finit par ressembler à Che Guevara, La Teigne vit une aventure avec Bella, la femme d'un camarade de parti, avant de rompre avec ses amis fascistes. Il pense avoir tué ce dernier dans une bagarre. Va-t-il donc rejoindre le chemin de son fratello ?

Fratelli.jpgLa Teigne et Manrico

Un soir un patron est "gambizzato" et le contenu de son attaché-case est planqué dans la chambre de Manrico jusqu'à ce que, après un ou deux ans de clandestinité, il se fasse apporter l'argent à Turin, pour s'acheter une maison dit-il, et ce, bien qu'il délaisse Francesca et le fils qu'elle lui a donné. Là, en présence de La Teigne – qui en l'occurence est plutôt La Poisse –  Manrico tombe dans un guet-apens, Francesca est arrêtée pour complicité.

Happy end quand même : revenu à Latina avec son neveu, La Teigne va finalement réaliser le rêve de sa mamma. Il ne fallait donc pas désespérer du vilain petit canard !



Mio fratello è figlio unico
(Titre d'une chanson de Rino Gaetano)
Film de Daniele LUCHETTI

1h 40 - Sorti en France en 2007






par Rousseau publié dans : AU CINEMA
Vendredi 15 février 2008

En Italie, le bac c'est la "maturità". En fait, on donne à voir beaucoup d'immaturité. Nous sommes en juin, à Rome, Luca et ses potes viennent de terminer les cours : le bac est dans douze jours, le temps de réviser. Alors Luca veut se venger de son professeur de lettres, Martinelli, que la classe appelle "la Charogne". Luca lui dit qu'il lui a gâché cinq ans de sa vie, qu'il est une grosse m…, et qu'il est mal fringué. Pas de chance, Martinelli lui annonce qu'il fera partie du jury, pour les oraux !

Les jours passent et pour Luca la gaffe ne s'oublie pas, même si lui et ses amis sont de toutes les fêtes. La fille de Martinelli aussi est de leur génération, mais Luca ne le découvrira que bien plus tard, après avoir passé des jours et des nuits à rêver de l'inconnue qu'il avait rencontrée à cette fameuse soirée où son ami le plus cancre faisait le DJ ce qui n'est pas le moindre de ses mérites extra-scolaires.

La-Notte-prima-1.jpgLuca (T-shirt blanc) et ses potes

Un jour la radio annonce que le Ministère de l'éducation est dans l'impossibilité de faire passer les examens cette année — mais c'est un canular. Ces deux annonces provoquent successivement des manifestations de joie contre les auteurs du programme (à la poubelle Italo Svevo et Salvatore Quasimodo…) puis de la rage et des pleurs... Les jours passent et tous cherchent à connaître les sujets du bac, à faire des prévisions, ou à acheter les vrais sujets pour un gros paquet de lires – car nous sommes bien avant l'euro, en 1989.

Des événements imprévus vont rapprocher Luca et Martinelli. Au point que Martinelli, un soir, fait une confidence à son élève en prévision de l'oral : révise donc Leopardi ! Mais peut-on faire confiance à un prof comme la Charogne ? La chute est magnifique... Cette comédie brille par son entrain, sa légèreté, et la qualité de ses interprètes.

Fausto BRIZZI
La Notte prima degli esami

2007, 110 min.

• Un remake français doit sortir à l'été 2008. Peccato.

Voir le casting.
par Rousseau publié dans : AU CINEMA
Mardi 12 février 2008

Festival-2008.jpg

Renseignements : cliquer ici.
par Rousseau publié dans : AU CINEMA

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