Jean Clair, commissaire de l'exposition consacrée l'an passé à la Mélancolie a prolongé la réflexion sur ce thème en organisant un colloque en avril 2006 à la Fondation des Treilles. Gallimard en publie les actes, invitant à souligner les relations entre les Vanités, le Miroir et le sentiment mélancolique.
Le Docteur Widlöcher en particulier rappelle la confusion fréquente entre la maladie dépressive et ce sentiment. Identifiée par les aliénistes du XIXè s., la maladie affecte autant la vie mentale que l'activité du patient : incapacité à se concentrer, sensation de fatigue extrême, absence totale de volonté inhibant tout passage à l'acte : les antidépresseurs la corrigeraient.
Mais le sentiment mélancolique est tout autre, qui n'altère ni la pensée ni l'action. Connues depuis Hippocrate, qui les associait à la rate et à la bile noire, les "idées noires" n'ont aucune cause psychologique ni conjoncturelle et n'apparaissent pas seulement à l'automne de la vie comme on l'a longtemps cru. Il faut aussi se garder de les assimiler à la nostalgie du temps passé ou de la patrie perdue. Car le sentiment mélancolique naît, chez certains individus, de l'hyperconscience – lucide et désillusionnée– du vide, du néant de l'existence – le moine médiéval la connaissait cette "acedia", cette crise de doute, la tentation du Malin. Qu'il s'exprime à travers le blues des chants d'esclaves ou le "spleen" baudelairien, ce "goût du néant" ôte tout sens à l'activité humaine, à la vie elle-même : tout n'est que vanité, illusion creuse, comédie.
C'est autour du crâne que s'organise la vanité picturale car la mort fascine l'esprit mélancolique : ni redoutée, ni évitée, le crâne lui offre une image de lui-même qui nourrit sa pulsion de mort. Le miroir est alors incontournable : lorsqu'il contemple son image, l'esprit mélancolique se dévalorise, se juge négativement mais – paradoxalement – il s'éprouve supérieur aux autres hommes car lui conscientise la présence du vide. Narcissisme inversé, son reflet, son double, justifie son sentiment mélancolique, confirme la conviction intime du bien-fondé de son désenchantement.
Les Vanités élaborent une représentation, une mise en scène de la mélancolie. La fascination pour la mort – le crâne – est analogique de l'image de soi dans la psyché, à la fois miroir et âme. Néanmoins cette "mélancolie au miroir" dont parle Starobinski, aucun antidépresseur ne saurait la soulager. (Rédigé par Kate)
De la Mélancolie
Textes réunis par Jean Clair et Robert Kopp
Gallimard, Les cahiers de la nrf, 226 p., mai 2007.
Textes réunis par Jean Clair et Robert Kopp
Gallimard, Les cahiers de la nrf, 226 p., mai 2007.
par Rousseau
publié dans :
VANITÉS
Edmundo Rivero
Milonga del consorcio
DES VANITÉS
Dans l'histoire culturelle occidentale, les Vanités tiennent une place particulière doublement centrée, dans l'espace sur la Hollande, et dans le temps sur les années 1630-1650, avec des débordements réduits sur le reste de l'Europe occidentale, et le reste du XVII° siècle. Il est donc légitime de s'interroger sur cette spécificité des Vanités. Mais d'abord qu'est-ce qu'une Vanité ? Pour démarrer sur un exemple simple, cette vanité attribuée à Philippe de Champaigne nous confronte avec brutalité au "memento mori" : la nature est belle (la tulipe), mais souviens-toi que tu es mortel, et que passe le temps (le sablier).
Philippe de CHAMPAIGNE (attribué à)Vanité
Milieu du XVIIè siècle, Musée de Tessé, Le Mans
1. Définition d'un genre
Au début de l'ère baroque —les Français préfèrent évoquer l'âge classique ou la période de la monarchie absolue— la Hollande et plus généralement les Provinces-Unies semblent avoir "volé" à l'Italie l'hégémonie dans l'art pictural.
L'école hollandaise repose sur plusieurs bases. D'une part deux siècles de peinture flamande ont apporté de nombreuses innovations (notamment maîtrise de la perspective, peinture à l'huile sur la toile, souci du détail ); d'autre part le dynamisme du marché de l'art qu'offre un ensemble de cités marchandes où la bourgeoisie prospère dans une abondance matérielle sans précédent ; enfin un climat religieux marqué par le triomphe du calvinisme.
Dans ces conditions, les peintres hollandais se spécialisent dans les portraits, les marines, les scènes de la vie quotidienne, les paysages ruraux et urbains, et ce que les Français qualifieront de natures mortes, mais c'en est fini des commandes de vierge à l'enfant ou de tableaux de saints.
La Vanité constitue un sous-genre de la nature morte. En vérité cette manière de dire ne s'est imposée en France qu'en 1756 après le succès de Chardin (1 - voir notes à la fin de l'article). Vers 1650 les Hollandais qualifient ces œuvres de " still leven " —d'où les termes "still Leben " en Allemagne, "still life" en Angleterre, mais "bodegon" en Espagne.
L'école hollandaise repose sur plusieurs bases. D'une part deux siècles de peinture flamande ont apporté de nombreuses innovations (notamment maîtrise de la perspective, peinture à l'huile sur la toile, souci du détail ); d'autre part le dynamisme du marché de l'art qu'offre un ensemble de cités marchandes où la bourgeoisie prospère dans une abondance matérielle sans précédent ; enfin un climat religieux marqué par le triomphe du calvinisme.
Dans ces conditions, les peintres hollandais se spécialisent dans les portraits, les marines, les scènes de la vie quotidienne, les paysages ruraux et urbains, et ce que les Français qualifieront de natures mortes, mais c'en est fini des commandes de vierge à l'enfant ou de tableaux de saints.
La Vanité constitue un sous-genre de la nature morte. En vérité cette manière de dire ne s'est imposée en France qu'en 1756 après le succès de Chardin (1 - voir notes à la fin de l'article). Vers 1650 les Hollandais qualifient ces œuvres de " still leven " —d'où les termes "still Leben " en Allemagne, "still life" en Angleterre, mais "bodegon" en Espagne.
Pietr CLAESZVanité
1630
Ce qui précède explique pourquoi, dans les catalogues des musées et des galeries virtuelles, la Vanité est souvent nommée "still life" . Or, la Vanité est une "still life" bien spécifique. C'est la présence d'un crâne, résumant la mort, qui permet la distinction. Les éléments constitutifs de la Vanité varient par leur nombre. Ils évoquent les cinq sens —et certaines œuvres se limitent aux cinq sens sans représenter de crâne. Ils évoquent aussi la culture humaniste du livre (reliures, livres ouverts) et l'état des connaissances par des objets techniques précis (globe terrestre, sphère céleste).
La Vanité (vanitas) se développe dans une époque où le latin est partagé par l'ensemble des classes cultivées de l'Europe occidentale, et où l'environnement chrétien est indissociable d'une certaine familiarité avec la langue latine. On ne sera donc pas surpris d'y retrouver des formules latines dont la plus connue est : « vanitas vanitatum et omnia vanitas » ; ou bien encore « memento mori ». Une vanité d'Evert COLLIER (Breda 1640-Londres 1710) rassemble les deux formules.
La Vanité (vanitas) se développe dans une époque où le latin est partagé par l'ensemble des classes cultivées de l'Europe occidentale, et où l'environnement chrétien est indissociable d'une certaine familiarité avec la langue latine. On ne sera donc pas surpris d'y retrouver des formules latines dont la plus connue est : « vanitas vanitatum et omnia vanitas » ; ou bien encore « memento mori ». Une vanité d'Evert COLLIER (Breda 1640-Londres 1710) rassemble les deux formules.

Les Vanités ont une signification symbolique et philosophique puisqu'elles mettent en balance la mort et les œuvres humaines (2). D'un côté les richesses et les plaisirs de l'existence, de l'autre le triomphe de la Mort, rappelé à tous, ou du moins aux "riches pénitents [qui les] plaçaient dans leur oratoire pour méditer sur la futilité des choses de ce monde tout en contemplant une œuvre d'art” (3).
Mais s'il devait choisir, le chrétien de ce temps choisissait le salut de son âme, étant prêt à lui sacrifier les douceurs de sa vie terrestre personnelle. Lorsque les Médicis furent chassés de Florence à la fin du XV° siècle, Savonarole prit le pouvoir et établit une tyrannie religieuse extrême : on organisa un bûcher des vanités. La 7 février 1497 les Florentins vinrent "brûler les œuvres de Dante, de Pétrarque et de Boccace, en même temps que jeux de cartes, instruments de musique, bijoux, perruques et peintures profanes" (4). Ces objets se retrouveront dans les peintures de vanités du XVII° siècle.
Mais s'il devait choisir, le chrétien de ce temps choisissait le salut de son âme, étant prêt à lui sacrifier les douceurs de sa vie terrestre personnelle. Lorsque les Médicis furent chassés de Florence à la fin du XV° siècle, Savonarole prit le pouvoir et établit une tyrannie religieuse extrême : on organisa un bûcher des vanités. La 7 février 1497 les Florentins vinrent "brûler les œuvres de Dante, de Pétrarque et de Boccace, en même temps que jeux de cartes, instruments de musique, bijoux, perruques et peintures profanes" (4). Ces objets se retrouveront dans les peintures de vanités du XVII° siècle.
Piter BOEL Grande vanité
1663 - Musée des Beaux Arts, Lille
On notera enfin que la Vanité ainsi définie ne devrait pas être confondue avec une allégorie ; en effet, s'il y a des allégories de la vanité, comme il y a des allégories de la justice, de la fortune, ou de l'amour, elles ne relèvent pas des Vanités en tant que sous-genre ou thème pictural. Ainsi la femme au miroir d'un triptyque de Memling ne constitue pas à proprement parler une Vanité (vanitas), mais plutôt une allégorie de la vanité. La Vanité personnifiée est souvent une "jolie femme dénudée accompagnée d'un paon, [qui] se contemple dans un miroir." (5)
Hans MEMLINGLa Vanité
Musée des Beaux-Arts, Strasbourg
Au siècle suivant, cette Allégorie de la Vanité, orientée vers la musique, est intermédiaire entre le thème de la femme à sa toilette et celui de la vanité des plaisirs :
MOLENAER Allégorie de la Vanité
1633 (détail) - Repris entier plus loin.
2. Origines de la Vanité
Les Vanités ont une origine complexe, et à rechercher principalement dans la tradition chrétienne. Si l'on commence par la présence du crâne, ou des ossements, on relie cet aspect des vanités à la danse macabre des XIVè et XVè siècles.
Hans HOLBEIN Danse macabre
Des triptyques ou dyptiques des XV–XVIè siècles apportent aussi leur constribution aux origines des vanités. Non pas dans le sujet principal, plutôt sur l'extérieur des volets. En voici trois exemples. Dans le premier, un sablier accompagne le crâne, formant quasiment la base du sous-genre. Dans le second, le crâne s'appuie sur une brique en voie d'effritement, signe du temps qui passe, comme avec le sablier précédent.
Volet de tryptique, XVè s.
Volet de tryptique, XVè s.
Rogier van der WEYDENTryptique de la famille Braque (détail)
1450, Musée du Louvre, Paris
Dans ce troisième exemple, Jan Mabuse (alias Jan Gossaert) représente à la fois le chancelier Carondelet avec son épouse et le crâne à côté de leur blason. Variante sur le thème recto-verso.

Jan MABUSE (GOSSAERT): Dyptique Carondelet, 1517.

Jan MABUSE (GOSSAERT): Dyptique Carondelet, 1517. On a aussi noté l'introduction du texte, et par là de la culture chrétienne et/ou humaniste. Par la suite, les compositions d'éléments inanimés constitués d'objets culturels accompagnent les représentations de Pères de l'Eglise ou de saints dans leur cabinet d'études (ou studiolo).

Vittore CARPACCIO
La vision de saint Augustin (détail)
1502 - San Giorgio degli Schiavoni, Venise
La vision de saint Augustin (détail)
1502 - San Giorgio degli Schiavoni, Venise
Le tableau de Carpaccio (1460-1526) montre saint Augustin dans son cabinet d'études. Le saint homme, en qui la tradition reconnaît l'humaniste que fuut le cardinal Bessarion, a une vision mystique. Mais tout autour de lui se disposent livres, instruments scientifiques, partitions de musique. Cette acumulation des choses n'est pas née en 1500.
Déjà, à partir du Trecento, les artistes avaient commencé à disposer des objets, comme dans des boîtes, en marge de leurs compositions, pour leur donner plus de vérité et pour jouer sur une signification symbolique (6).
Déjà, à partir du Trecento, les artistes avaient commencé à disposer des objets, comme dans des boîtes, en marge de leurs compositions, pour leur donner plus de vérité et pour jouer sur une signification symbolique (6).
Le Maître du Livre d'Heures de Marie de BourgogneLe Christ cloué sur la croix
vers 1475-80
Österreichische Nationalbibliothek, Wien
vers 1475-80
Österreichische Nationalbibliothek, Wien
On assista, parallèlement à l'essor des vanités et natures mortes, à l'essor de l'art difficile du trompe-l'œil. Le tableau de vanités lui est redevable de son souci de faire illusion d'authenticité.

Georg FLEGEL
Trompe-l'œil
1610
Galerie nationale, Prague
Trompe-l'œil
1610
Galerie nationale, Prague
Dès le milieu du XVIè siècle, le maniérisme utilisa une multitude organisée d'objets : fleurs, fruits, poissons. C'était le thème de la table bien garnie d'une profusion de victuailles pour la satisfaction des sens. Il faut reconnaître que bien des natures mortes (ou Still Life), malgré une qualification de "vanitas", ne font que reprendre cette foule d'éléments décoratifs, par exemple avec les tableaux de fleurs de Daniel Seghers ou d'Ambrosius Bosschaert, comme avec les étalages de légumes, de fruits, de poissons, œuvres de Franz Snyders ou d'Osias Beert.
C'est pourtant l'agencement de ces différents éléments qui permet de constituer la vanité, toujours marquée par cette fascination du détail que l'on rejetterait plus tard, dès le temps des Lumières. (7)
C'est pourtant l'agencement de ces différents éléments qui permet de constituer la vanité, toujours marquée par cette fascination du détail que l'on rejetterait plus tard, dès le temps des Lumières. (7)
3. Les Vanités des Hollandais
Quatre grands foyers de création picturales existaient aux Provinces-Unies : Amsterdam, Delft, Haarlem et Utrecht, et cette école hollandaise du XVIIème siècle n'était pas principalement connue pour ses vanités, comme le montrent les célèbres œuvres de Rembrandt (1606-1669). Mais avant de s'illustrer à Amsterdam, c'est à Leyde que ce peintre apprit à peindre, et cette ville est attachée au souvenir de plusieurs peintres, mais pas seulement de vanités, ainsi Gerrit Dou qui fut l'élève de Rembrandt, Jan Steen, Gabriel Metsu, Frans Van Mieris, ou encore Willem Van de Velde. Gerrit Dou et David Bailly y passèrent toute leur vie. D'autres s'y établirent et y moururent, tel Herman Steenwijk.
Leyde a vu se constituer un foyer secondaire mais actif, notamment après la création de l'Université en 1575, puisque Guillaume le Taciturne récompensa de la sorte une ville qui avait résisté aux assauts catholiques. Gerrit Dou et d'autres furent les fondateurs de la guilde des peintres de la ville ; ils créèrent en 1648 l'école des "FIJNMALER" c'est-à-dire des peintres raffinés, ceux dont les peintures sont si appliquées que les coups de pinceaux sont indécelables.
Leyde a vu se constituer un foyer secondaire mais actif, notamment après la création de l'Université en 1575, puisque Guillaume le Taciturne récompensa de la sorte une ville qui avait résisté aux assauts catholiques. Gerrit Dou et d'autres furent les fondateurs de la guilde des peintres de la ville ; ils créèrent en 1648 l'école des "FIJNMALER" c'est-à-dire des peintres raffinés, ceux dont les peintures sont si appliquées que les coups de pinceaux sont indécelables.
Jacob de GHEYNVanitas Still-Life
1603 - Metropolitan Museum, New York
Toutes les vanités ne sont pas œuvres des peintres de Leyde! L'anversois Jacob de Gheyn inaugure cette série de vanités du siècle d'or de la peinture hollandaise par le premier "memento mori" qui nous soit parvenu (8). Le tableau fonctionne comme un portrait, puisque le crâne est la principale figuration. Le crâne est surmonté d'une sphère où se reflètent divers objets, le monde en quelque sorte ; il est disposé dans une niche dont la clef de voûte contient l'inscription "Humana Vita", car les peintres cherchent souvent à orienter l'interprétation de l'œuvre par un texte bref et significatif. Autour de la niche, des philosophes sont placés dans les angles supérieurs : philosopher, n'est-ce pas apprendre à mourir ? La tulipe est présente, c'est la fragilité de la vie humaine, plus que l'allusion à la spécialité locale.
Mais le premier grand spécialiste du sujet semble être Pieter Claesz qui est originaire de Westphalie et s'est installé à Haarlem en 1617, au cœur des cultures de tulipes. La spéculation sur les oignons de tulipes aboutit au premier krach en 1636 ; Claesz se fit appeler Nicolaes Tulp… mais ce sont des œillets qui figurent la vanité de Dresde. Claesz peignit plusieurs vanités et natures mortes ; trois ont été sélectionnées pour la période 1624-1630, celle de Dresde, ci-dessous, ne comporte pas de crâne mais d'assez nombreux éléments habituels de la vanité : montre, orfèvrerie, nautile, petits coquillages ; les objets sont placés sur une table de pierre, voire de marbre, disposition héritée du principe de la niche (cf. Gheyn). Noter aussi le sujet dans l'arrière-plan, comme dans plusieurs tableaux contemporains, par cette "nature morte inversée" ou 'image dédoublée", la nature morte est insérée dans le vivant (9). Autre procédé significatif, le rideau, à la fois fond sombre qui permet de faire ressortir les objets (comme dans Les Ambassadeurs de Hans Holbein), et surtout dévoilement du sens, comme dans la vanité de Johannes Cuvenes.
Pieter CLAESZ
Nature morte au grand gobelet en or
1624, Gemäldegalerie, Dresden
Il convient aussi de souligner la tendance à la répétition des objets, ici des coquillages. "Accumuler les objets, s'en faire une forteresse, bâtir une muraille d'objets inertes et silencieux pour ne pas voir la nuit du monde et ne rien entendre de sa rumeur, tel est le projet mélancolique de qui, sous la richesse apparente, n'entretient jamais que le goût amer de la solitude…" écrit Jean Clair à propos du tableau "La Vue" de Jan Brueghel dit de velours (1617, Musée du Prado, Madrid)(10).
Mais le premier grand spécialiste du sujet semble être Pieter Claesz qui est originaire de Westphalie et s'est installé à Haarlem en 1617, au cœur des cultures de tulipes. La spéculation sur les oignons de tulipes aboutit au premier krach en 1636 ; Claesz se fit appeler Nicolaes Tulp… mais ce sont des œillets qui figurent la vanité de Dresde. Claesz peignit plusieurs vanités et natures mortes ; trois ont été sélectionnées pour la période 1624-1630, celle de Dresde, ci-dessous, ne comporte pas de crâne mais d'assez nombreux éléments habituels de la vanité : montre, orfèvrerie, nautile, petits coquillages ; les objets sont placés sur une table de pierre, voire de marbre, disposition héritée du principe de la niche (cf. Gheyn). Noter aussi le sujet dans l'arrière-plan, comme dans plusieurs tableaux contemporains, par cette "nature morte inversée" ou 'image dédoublée", la nature morte est insérée dans le vivant (9). Autre procédé significatif, le rideau, à la fois fond sombre qui permet de faire ressortir les objets (comme dans Les Ambassadeurs de Hans Holbein), et surtout dévoilement du sens, comme dans la vanité de Johannes Cuvenes.
Pieter CLAESZNature morte au grand gobelet en or
1624, Gemäldegalerie, Dresden
Il convient aussi de souligner la tendance à la répétition des objets, ici des coquillages. "Accumuler les objets, s'en faire une forteresse, bâtir une muraille d'objets inertes et silencieux pour ne pas voir la nuit du monde et ne rien entendre de sa rumeur, tel est le projet mélancolique de qui, sous la richesse apparente, n'entretient jamais que le goût amer de la solitude…" écrit Jean Clair à propos du tableau "La Vue" de Jan Brueghel dit de velours (1617, Musée du Prado, Madrid)(10).
Pieter CLAESZ (1597-1661)Vanitas Still-Life
1630, Mauritshuis, La Haye
On remarquera ici que le crâne est accompagné d'un tibia, que la bougie est éteinte, que le verre est vide, que les feuilles du livre sont abîmées par un long usage. La plume est posée loin de l'encrier. Tout est terminé.
Pieter CLAESZVanité
1628, Rijksmuseum, Amsterdam
Ici, moins d'austérité. Les arts sont davantage présents. Les instruments de musique en premier plan, mais pas de partition. En revanche, une gravure montrant un nu féminin, une armure, une statue avec un personnage en pleine méditation.
Willem Claesz HEDA (1594-1680)Vanitas
1628, Collection Bredius, La Haye
Avec cette œuvre de W.C. Heda on voit apparaître d'autres plaisirs de la vie : la pipe, les friandises dans la coupe.
Harmen STEENWIJCK (1612-1656)Vanité
1640, Stedelijk Museum De Lakenhal, Leyde
Simon Luttichuys, né en 1610 à Londres et décédé à Amsterdam en 1661 travailla lui aussi à des vanités selon le modèle de Leyde, c'est-à-dire avec une table sur laquelle sont agencés des objets en relation avec la culture humaniste (livres fermés ou ouverts sur des planches illustrées) avec d'autres objets à proximité (tableaux au mur ou comme ici miroir sphérique suspendu au plafond). Ultérieurement, cet artiste, s'éloignant des vanités, a produit de nombreuses natures mortes.
Simon LUTTICHUYS (1610-1661)Vanité avec crâne (n°1) - 1645
Huile sur bois. Vente Sotheby's 12-2004
Simon LUTTICHUYS Vanité avec crâne (n°2) - ca.1635-40
Museum of Fine Arts, Houston (Texas)
Il existe une œuvre identique au Musée de Gdansk. On voit à gauche que la page de titre du livre est daté de 1611 (M DC XI). Le miroir sphérique démontre l'art de Luttichuys : le peintre à son chevalet avec une femme à ses côtés :
Ces deux œuvres de Luttichuys comprennent un globe terrestre, objet que l'on retrouve aussi sur la vanité suivante de Cornelis Gijsbrechts et plus loin chez Evert Collier.
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Ces deux œuvres de Luttichuys comprennent un globe terrestre, objet que l'on retrouve aussi sur la vanité suivante de Cornelis Gijsbrechts et plus loin chez Evert Collier.
Cornelis GIJSBRECHTSVanitas
Après 1650. Musée des Beaux-Arts d'Anvers

Cornelis GIJSBRECHTS
Vanité, 1650
Vanité anonyme, XVIIè siècle La pendule figurée pliée fait penser aux montres molles de Dali… On note des inscriptions en néerlandais et non plus en latin. Peut-être une production plus populaire ?

Evert COLLIER (Breda 1640-Londres 1710)Vanitas (Vita brevis, ars longa)
1672
Auteur de compositions complexes, Evert Collier rappelle, par son insistance sur les globes, les livres et les cartes, la puissance de l'économie hollandaise, (cf. titre "Hollandt" bien visible) qui elle aussi serait éphémère malgré la Compagnie des Indes orientales. A l'arrière-plan le drapeau orange de la famille du stathouder.
Evert COLLIER Vanité avec deux globes (céleste et terrestre)
Le thème de la femme à la toilette traité par Molenaer renvoie à la fois à la femme au miroir et à la vanité puisque le crâne est présent — mais au pied, pas près de la main. Dans le tableau suivant, le crâne est doublement présent, à la fois celui de l'homme, sur la table et de son meilleur ami le cheval, sur le plancher.
Jan-Miense MOLENAERFemme à sa toilette / Allégorie de la vanité
1633, Musée des Beaux-Arts de Toledo, États-Unis
Jan-Miense MOLENAERLe peintre dans son atelier
Musée Bredius, La Haye
Cette méditation est illustrée par de nombreuses œuvres de maîtres hollandais tout au long du XVIIè siècle et particulièrement dans les années 1630. Plusieurs de ces peintres sont originaires de Leyde, la patrie de Rembrandt. Parmi ceux-ci, David Bailly (1584-1657) se forma à Leyde et Amsterdam. Après son retour de Venise et Rome, il entama une longue carrière de portraitiste, des étudiants et professeurs de l'université calviniste de Leyde formant une partie de ses sujets.
David BAILLYVanité avec le portrait d'un serviteur
1650, Herbert F. Johnson Museum of Art, Cornell University
Un serviteur noir habillé avec élégance porte au cou un collier en or, signe de fidélité à son maître, commanditaire du tableau, dont il brandit le portrait miniature tout en le fixant des yeux. Le crâne est situé au centre de la composition. Tout autour s'organisent de multiples symboles de la vanité. D'abord la musique avec un luth et une flûte ; la beauté de la nature (les quelques fleurs) ; les arts plastiques (la palette, les brosses, la petite sculpture) ; les divertissements (les dés, les cartes, la pipe). Les bulles disent que tout est éphémère ; on les retrouve dans l'œuvre suivante.

David BAILLYAutoportrait avec les symboles de la vanité
1651, Stedlijk Museum De Lakenhal, Leyde
Après une longue carrière, Bailly signe a 67 ans ce qui est présenté comme son autoportrait. Sur la toile, le peintre tient un portrait d'homme que la bougie sépare du portrait d'une femme, peut-être l'épouse décédée. La flûte remplie de vin blanc, c'est la plaisir de la dégustation ; mais elle indique aussi la fragilité du cristal. D'autres verres, des livres, une sculpture, une pipe, un collier, des roses, mais aussi un couteau, entourent une bougie dont la position est centrale et qui indique la fuite du temps.
Johan CUVENES
Vanitas
Collection Heinz, États-Unis
Pour terminer cette partie consacrée à l'école hollandaise, un regard à la peinture mythologique dans la mesure où il y a ici reprise du thème du crâne, au pied de la belle captive, ceci évoquant la vanité du Maître M.Z. Étant donné le paysage marin, cette version utilise la collection de coquillages de manière moins surprenante que dans la vanité de Pieter Claesz.
Joachim WTEWAEL
Persée délivrant Andromède
1611, Musée du Louvre, Paris
(1) Dictionnaire des courants picturaux, Larousse, 1990. Article "nature morte" pages 240 à 252. En 1667 le critique Félibien disait "choses mortes et sans mouvement".
(2) Idem. Larousse, 1990. Article "vanité", pages 427-429.
(3) Jacques Duquesne, L'histoire de l'Eglise à travers 100 chefs-d'œuvre de la peinture, Presses de la Renaissance,2005. Page 16.
(4) Idem. Suite à ce bûcher, Sandro Botticelli dont l'œuvre était jusque-là fort éloignée de la bigoterie (cf. Le Printemps, ou la Naissance de Vénus) abjura ses "erreurs" pour se consacrer à un art plus religieux. Sur Savonarole compte-rendu du livre de Pierre Antonetti dans ce blog.
(5) Jacques Duquesne, op.cit. Le paon, qui est symbole d'orgueil, peut être remplacé par des chiens de race, bichon, lévriers.
(6) Victor Stoichita, L'instauration du tableau, Droz, 1999. Pages 38-42 sur les miniatures du Maître de Marie de Bourgogne. On parle de "marginalia" pour désigner ces images dans les marges du tableau.
(9) Idem. Chapitre "Embrasures" avec comme illustrations : Pieter Aertsen, Le Christ chez Marthe et Marie, 1552, où l'essentiel du tableau est occupé par des victuailles, ainsi que Vélasquez, même titre, c.1620, avec là encore des victuailles au premier plan.
(10) Jean Clair (éd.), Mélancolie. Génie et folie en Occident, catalogue de l'exposition, RMN et Gallimard, Paris, 2005, pages 202-203.
(11) J'en ai trouvé trace par le site de Gary Schwartz.
Johan CUVENESVanitas
Collection Heinz, États-Unis
Cette vanité de Johan Cuvenes est peu connue ; appartenant à une collection privée, elle a été exposée en 1989 à la National Gallery of Art de Washington et au Museum of Fine Arts de Boston (11).
Pour terminer cette partie consacrée à l'école hollandaise, un regard à la peinture mythologique dans la mesure où il y a ici reprise du thème du crâne, au pied de la belle captive, ceci évoquant la vanité du Maître M.Z. Étant donné le paysage marin, cette version utilise la collection de coquillages de manière moins surprenante que dans la vanité de Pieter Claesz.
Joachim WTEWAEL Persée délivrant Andromède
1611, Musée du Louvre, Paris
NOTES
(1) Dictionnaire des courants picturaux, Larousse, 1990. Article "nature morte" pages 240 à 252. En 1667 le critique Félibien disait "choses mortes et sans mouvement".
(2) Idem. Larousse, 1990. Article "vanité", pages 427-429.
(3) Jacques Duquesne, L'histoire de l'Eglise à travers 100 chefs-d'œuvre de la peinture, Presses de la Renaissance,2005. Page 16.
(4) Idem. Suite à ce bûcher, Sandro Botticelli dont l'œuvre était jusque-là fort éloignée de la bigoterie (cf. Le Printemps, ou la Naissance de Vénus) abjura ses "erreurs" pour se consacrer à un art plus religieux. Sur Savonarole compte-rendu du livre de Pierre Antonetti dans ce blog.
(5) Jacques Duquesne, op.cit. Le paon, qui est symbole d'orgueil, peut être remplacé par des chiens de race, bichon, lévriers.
(6) Victor Stoichita, L'instauration du tableau, Droz, 1999. Pages 38-42 sur les miniatures du Maître de Marie de Bourgogne. On parle de "marginalia" pour désigner ces images dans les marges du tableau.
(7) Le "Dictionnaire des Beaux Arts" publié à Paris en 1806 par A.L.Millin exprime ainsi le rejet du détail : "Dans l'enfance de l'art, les peintres copient avec soin les détails (…) L'art, dans sa force, ne s'attache qu'au grand, et néglige tout ce qui peut l'en écarter ou l'en distraire". Cité par Daniel Arasse, "Le Détail. Pour une histoire rapprochée de la peinture", Flammarion, 1996, coll. Champs.
(8) Selon Victor Stoichita, L'institution du tableau, op. cit. Pages 50-51.(9) Idem. Chapitre "Embrasures" avec comme illustrations : Pieter Aertsen, Le Christ chez Marthe et Marie, 1552, où l'essentiel du tableau est occupé par des victuailles, ainsi que Vélasquez, même titre, c.1620, avec là encore des victuailles au premier plan.
(10) Jean Clair (éd.), Mélancolie. Génie et folie en Occident, catalogue de l'exposition, RMN et Gallimard, Paris, 2005, pages 202-203.
(11) J'en ai trouvé trace par le site de Gary Schwartz.
SUITE
par Rousseau
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VANITÉS
Hugo Diaz "En Buenos Aires " Milonga Triste
4 - LES VANITÉS EN EUROPE
Sans atteindre l'ampleur de la production hollandaise, la vanité existe ailleurs en Europe, principalement en France, en Italie et en Espagne.
Les Vanités des peintres français
On commence par une œuvre de grande simplicité, due à Jacques Linard, presque aussi simple que celle attribuée à Philippe de Champaigne (cf.Vanités -1 - Introduction).

Jacques LINARD (Paris, 1597-1645)
Vanité à la chandelle
1644, Accademia Carrare, Bergame
Vanité à la chandelle
1644, Accademia Carrare, Bergame

Jacques LINARD
Les cinq sens
1638, Musée des Beaux-Arts, Strasbourg
1638, Musée des Beaux-Arts, Strasbourg
Nommé valet de chambre de Louis XIII en 1631, Linard est donc un peintre catholique alors que la majorité des peintres de vanités et natures mortes assimilées sont protestants.
La France a connu un essor du calvinisme, mais malgré l'Édit de Nantes, des peintres protestants se sont exilés bien avant sa révocation par Louis XIV. Ainsi, N.-L. Peschier, d'origine ardéchoise, aurait produit des Vanités en Hollande (12 - cf. notes en fin d'article) dans les années 1660. Sébastien Bonnecroy, sans doute d'origine ardéchoise lui aussi, a peint des natures mortes composées de livres, à Anvers autour de 1660. On le trouve à La Haye entre 1650 et 1676.
La France a connu un essor du calvinisme, mais malgré l'Édit de Nantes, des peintres protestants se sont exilés bien avant sa révocation par Louis XIV. Ainsi, N.-L. Peschier, d'origine ardéchoise, aurait produit des Vanités en Hollande (12 - cf. notes en fin d'article) dans les années 1660. Sébastien Bonnecroy, sans doute d'origine ardéchoise lui aussi, a peint des natures mortes composées de livres, à Anvers autour de 1660. On le trouve à La Haye entre 1650 et 1676.

Sébastien BONNECROY
Vanitas mit Totenkopf und Pfeife
1641, Kunstgeschichtliches Institut, Bochum
Vanitas mit Totenkopf und Pfeife
1641, Kunstgeschichtliches Institut, Bochum

Sébastien BONNECROY
Nature morte avec tête de mort
1668, Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
En son temps portraitiste réputé, le parisien Renard de Saint-André est connu aujourd'hui pour ses vanités, ce qui rappelle le cas de Daniel Boilly.

Simon RENARD DE SAINT-ANDRÉ (1613-1677)
Vanité
1650, Musée des Beaux-Arts, Lyon

Simon RENARD DE SAINT-ANDRÉ (Paris, 1613-1677)
Vanité
c.1650, Musée des Beaux-Arts, Marseille
Vanité
1650, Musée des Beaux-Arts, Lyon

Simon RENARD DE SAINT-ANDRÉ (Paris, 1613-1677)
Vanité
c.1650, Musée des Beaux-Arts, Marseille
Au centre de la composition du musée de Marseille, au milieu d’objets symbolisant les plaisirs de la vie trône un crâne couronné de lauriers, ce que l'on peut comprendre comme l'inanité des réussites humaines sur terre et comme une victoire irrémédiable de la mort. À moins qu'il ne s'agisse de la promesse d’une résurrection future dans le royaume de Dieu, puisque le laurier fut symbole d’immortalité. Ici les bulles symbolisent la fragilité et l'éphémère.
Avec un sceau comme le précédent, et avec un livre ouvert de langue française. Le titre du texte est bien dans le droit fil de la vanité : "le tombeau".
Anonyme français, XVIIè siècle
Anonyme français - ca. 1630Galleria Nazionale d'Arte Antica, Rome
Mentionnée dans des inventaires du 19ème siècle comme une "Allégorie de la Méditation" due à Gerard van Honthorst, cette peinture est plutôt considérée comme l'œuvre d'un peintre parisien actif autour de 1630. Une certaine parenté avec le travail de La Tour peut être soulignée.

Georges de LA TOUR
La Madeleine à la veilleuse
1640, Musée des Beaux-Arts, Rennes
1640, Musée des Beaux-Arts, Rennes
Le thème de la vanité est cousin de celui de la Mélancolie illustré par Dürer. L'héritage de la Mélancolie c'est ici Marie-Madeleine. Il existe différentes versions de ce sujet, à Rennes, au Louvre, et à Pasadena en Californie. Cette œuvre est remarquable par la maîtrise de la lumière.

Lubin BAUGIN
Les cinq sens et l'échiquier
1630, Musée du Louvre
Les cinq sens et l'échiquier
1630, Musée du Louvre
Lubin a réalisé surtout une œuvre de peintre religieux, mais c'est essentiellement pour cette vanité -sans crâne- qu'il est connu. L'échiquier constitue l'originalité majeure.
Du côté du Rhin et de l'Allemagne
Le peintre Sébastien Stoskopff (1597-1657) est strasbourgeois et il a travaillé à Paris dès 1621. De retour à Strasbourg en 1641, la ville ne faisait pas encore partie du royaume de France. Ses œuvres sont principalement conservées au Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg et consistent en natures mortes; on en a donné un exemple, où l'on retrouve encore le motif de la rustique boîte en bois.

Sébastien STOSKOPFF
La grande vanité
1641, Musée de l'Œuvre Notre-Dame, Strasbourg

1641, Musée de l'Œuvre Notre-Dame, Strasbourg

Sébastien STOSKOPFF
Nature morte au nautile
c.1630, Metropolitan Museum
Nature morte au nautile
c.1630, Metropolitan Museum
Les coquillages exotiques sont collectionnés par les amateurs et sont considérés comme des emblèmes de la vanité. À la différence de Bonnecroy, Stoskopff est luthérien, l'Alsace ayant été un important centre de la Réforme.
Également de Stoskopff :


Broder MATTHISEN
1600, Vanitasstilleben
1600, Vanitasstilleben
Un siècle après Stoskopff, une gravure à la manière noire ("mezzotinto") de Johann Jakob Haid (1704-1767) reprend le thème classique avec crâne, livre, chandelles, bulles de savon, sablier, etc...

Nikolaus MATTHES traita également ce thème en 1750.

Nikolaus Christopher MATTHES
1750, Vanitasstilleben.
Peu de peintres italiens dans cette histoire des vanités.
L'Italie de la Contre-Réforme est fidèle aux représentations religieuses traditionnelles, aux grands sujets mythologiques et d'histoire. La Papauté continue d'exercer une action de mécène. L'art jésuite triomphe. Néanmoins, deux artistes sont présents :

Domenico FETTI
Vanité
1623, Musée du Louvre
Vanité
1623, Musée du Louvre
Avec cette toile de Domenico Fetti (ou Feti) on a assisté à la fusion du portrait de la Mélancolie de Dürer avec l'image représentant la femme en pleine méditation. Elle fixe du regard le crâne et a comme oublié le livre qui est dessous, le globe céleste, la palette et les pinceaux, le livre ouvert à terre, le chien même, et aussi le paysage. Celui-ci n'apparaît qu'au-delà de murs ruinés qui anticipent sur le culte romantique des ruines. Le sens est évident : toute l'activité humaine, pratique, théorique, ou artistique, est vaine (13).

Guido CAGNACCI (1601-1663)
Allégorie de la vie humaine
Allégorie de la vie humaine

Guido CAGNACCI
Allégorie de la Vanité et de la Pénitence
Musée des Beaux-Arts, Amiens
Allégorie de la Vanité et de la Pénitence
Musée des Beaux-Arts, Amiens
Guido Cagnacci, élève de Guido Reni, a surtout peint des allégories plutôt que des vanités. Après un voyage à Venise, il finit ses jours à Vienne où il travailla sur le thème de la Mort de Cléopâtre.
Les vanités des peintres espagnols

Antonio de PEREDA Y SALGADO
Saint Jérôme
1643, Musée du Prado, Madrid
1643, Musée du Prado, Madrid
Ce premier tableau d'Antonio de Pereda montre un saint Jérôme âgé en méditation. On peut l'opposer à la Marie-Madeleine de La Tour : au lieu de fixer le crâne, le regard est tourné vers le ciel. La trompette annonce le Jugement dernier. Le livre ouvert est orienté vers le spectateur, non vers saint Jérôme, afin que l'image christique soit bien comprise, artifice qui rappelle ce que d'autres artistes ont signifié en recourant au texte, et une croix sommaire est posée sur le Livre.

Antonio de PEREDA Y SALGADO
Allégorie de l'éphémère
c.1654, Kunsthistorisches Museum, Wien
c.1654, Kunsthistorisches Museum, Wien
La Galerie des Offices à Florence possède une autre vanité de Pereda, datée de 1668. Comme dans l'Allégorie ci-dessus, on retrouve un médaillon représentant le portrait de Charles Quint. L'empereur est ici placé sur le monde, mais le vaste empire fut éphémère. Par ailleurs, ce tableau est intéressant par sa composition : d'un côté la puissance et les richesses au-dessus du coffre, de l'autre les images de la mort : crânes, sablier, fusil, lampe éteinte.
Antonio de PEREDA Y SALGADOLe rêve du roi
c.1650, Real Academia, Madrid
c.1650, Real Academia, Madrid
Encore une allégorie ailée, encore une pendulette en forme de tour de l'horloge, encore des armes. Mais on note le glissement de la méditation vers le sommeil et le rêve. Et pour la première fois, un masque de comédien.

Antonio de PEREDA Y SALGADO
Nature morte à la pendule
1652, Musée Pouchkine, Moscou
Nature morte à la pendule
1652, Musée Pouchkine, Moscou
Cette œuvre de Pereda utilise le principe de la collection de coquillages, comme dans le tableau de Pieter Claesz à la Gemäldegalerie de Dresde. L'âge des vanités est aussi celui des mirabilia et naturalia. Passé l'âge des vanités, des peintres seront tentés par la représentation de collections scientifiques.
Les deux œuvres espagnoles suivantes sont radicalement différentes. Le peintre sévillan a réalisé ces deux allégories des fins dernières pour la chapelle de l'Hôpital de la Charité (la Caridad), où elles sont restées. Et ces toiles sont très noires alors que Valdès Léal est plutôt un coloriste.
Et puis Théophile Gautier fut inspiré par ces chefs-d'œuvre (extraits) (14) :
A Séville on fait voir, dans le grand hôpital,
Deux tableaux singuliers de Juan Valdès Léal.
Ce Valdès possédait, Young de la peinture,
Les secrets de la mort et de la sépulture (…)
Un vrai peintre espagnol, catholique et féroce,
Par la laideur terrible et la souffrance atroce (…)
Deux tableaux singuliers de Juan Valdès Léal.
Ce Valdès possédait, Young de la peinture,
Les secrets de la mort et de la sépulture (…)
Un vrai peintre espagnol, catholique et féroce,
Par la laideur terrible et la souffrance atroce (…)
Juan de VALDES LEALFinis Gloria Mundi
1670, chapelle de l'Hôpital de la Charité, Séville
Juan de VALDES LEAL In Ictu Oculi
1670, chapelle de l'Hôpital de la Charité, Séville
1670, chapelle de l'Hôpital de la Charité, Séville
Par cette œuvre de Pereda se termine cet aperçu des vanités hors de Hollande. Il est évident que ce sous-genre est resté fortement lié aux peintres d'un pays donné et d'une époque donnée : la Hollande calviniste du XVIIème siècle.
5. La Vanité revisitée
Dès le XVIIIème siècle, les vanités tendent à disparaître sous l'effet de l'évolution du goût, de la civilisation des Lumières, voire de la laïcisation de la société. Les natures mortes ont proliféré. Le XIXème fut très pauvre en vanités. À titre de curiosité, je cite cette œuvre d'un peintre anglais de l'ère victorienne :
John William Waterhouse
1902 - La boule de cristal
Pour le XXème siècle on mentionne, on cite une toile de Cézanne et une autre de Picasso. C'est peu.
Aujourd'hui, au début du XXIème siècle, qu'est devenue la vanité dans le domaine des arts plastiques ? On présente d'abord deux tableaux qui font clairement écho au thème en le pastichant :
John William Waterhouse 1902 - La boule de cristal
Pour le XXème siècle on mentionne, on cite une toile de Cézanne et une autre de Picasso. C'est peu.
Aujourd'hui, au début du XXIème siècle, qu'est devenue la vanité dans le domaine des arts plastiques ? On présente d'abord deux tableaux qui font clairement écho au thème en le pastichant :
Gérard WILLEMINOT Vanitatum
2000, Galerie Graal, Toulouse
Michele MATOSSIAN
Vanitas and Vermeer
(États-Unis)
Emil SCHILDT
Vanitas
2000
Jeffrey WALL
Vanitas 3D
(États-Unis)
Le succès de l'exposition MÉLANCOLIE au Grand Palais, à Paris, d'octobre 2005 à janvier 2006, montre qu'il y a toujours un public pour les vanités, thème voisin de la mélancolie. Cette exposition a présenté plusieurs images de vanités proprement dites, et de méditations proches du thème.
La mode des vanités s'inscrit surtout dans le Siècle d'Or hollandais du XVIIème siècle. Le sous-genre vanité est évidemment moins connu que les chefs-d'œuvre incontestables de Rembrandt.
Les galeries des musées et les expositions ont souvent oublié les vanités, peut-être par crainte d'afficher des œuvres chargées de spiritualité et réputées à tort difficiles d'accès.
Aujourd'hui, la vanité enfin doit sortir de l'oubli.
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2000, Galerie Graal, Toulouse
Michele MATOSSIANVanitas and Vermeer
(États-Unis)
Les deux œuvres suivantes ne sont pas des peintures. J'ai choisi une photographie et une œuvre numérique 3D. Elles sont cependant très fidèles au canon du genre.
Emil SCHILDTVanitas
2000
Jeffrey WALLVanitas 3D
(États-Unis)
CONCLUSION
Le succès de l'exposition MÉLANCOLIE au Grand Palais, à Paris, d'octobre 2005 à janvier 2006, montre qu'il y a toujours un public pour les vanités, thème voisin de la mélancolie. Cette exposition a présenté plusieurs images de vanités proprement dites, et de méditations proches du thème.
La mode des vanités s'inscrit surtout dans le Siècle d'Or hollandais du XVIIème siècle. Le sous-genre vanité est évidemment moins connu que les chefs-d'œuvre incontestables de Rembrandt.
Les galeries des musées et les expositions ont souvent oublié les vanités, peut-être par crainte d'afficher des œuvres chargées de spiritualité et réputées à tort difficiles d'accès.
Aujourd'hui, la vanité enfin doit sortir de l'oubli.
NOTES
(12) Voir le site Internet de l'histoire du protestantisme
(13) Cf. Saturne et la Mélancolie, Bibliothèque des Histoires, Gallimard, 1989. Chapitre consacré à l'héritage artistique de la gravure Melancolia I de Dürer.
(14) Théophile Gautier, España, 1845.
À consulter :
LANINI (Karine), Dire la vanité à l'âge classique. Paradoxes d'un discours , coll. « Lumière Classique », Paris, Champion, 2006.
• Site de Karine Lanini sur l'iconographie macabre dans la Généalogie des vanités.
TAPIE (Alain), " Les Vanités dans la peinture au XVIIe siècle ", cat. exp. Paris, Petit Palais, 1991.
(13) Cf. Saturne et la Mélancolie, Bibliothèque des Histoires, Gallimard, 1989. Chapitre consacré à l'héritage artistique de la gravure Melancolia I de Dürer.
(14) Théophile Gautier, España, 1845.
À consulter :
LANINI (Karine), Dire la vanité à l'âge classique. Paradoxes d'un discours , coll. « Lumière Classique », Paris, Champion, 2006.
• Site de Karine Lanini sur l'iconographie macabre dans la Généalogie des vanités.
TAPIE (Alain), " Les Vanités dans la peinture au XVIIe siècle ", cat. exp. Paris, Petit Palais, 1991.
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