Dimanche 25 mai 2008

Publié en 1996 dans la fameuse "Série Noire", et reparu en poche en 2005, ce court polar évoque les réactions d'hostilités déclenchées à Tahiti par l'installation du CEP à Mururoa une génération auparavant. Un journaliste juste débarqué de Paris et qui reprend l'avion pour Paris 150 pages plus loin se trouve plongé le 14 Juillet dans une sinistre Fête Nationale — Tiuraï — qui démarre une intrigue trop rapidement esquissée par ce premier roman de Patrick Pécherot.

Les personnages de ce polar ont peu d'épaisseur, figurines de BD, malgré la préface de Didier Daeninckx qui explique que le journaliste-enquêteur, Thomas Mecker, n'est autre qu'un véridique auteur de polars, Jean Meckert, alias Jean Amila, dont le séjour en Polynésie faillit finir tragiquement. Ceci ne suffit pas à faire de l'intrigue de "Tiuraï" une œuvre littéraire inoubliable. Pourtant la matière première disponible ne semblait pas faire défaut ainsi que le suggère la liste des principaux personnages. Outre le "fouille-merde" de passage : le patron du canard local, une vahiné à la belle tignasse qui embaume le monoï, un bar louche avec pute et indics, un inspecteur des R.G. à la figure de chanteur populaire, une poignée d'indépendantistes polynésiens évadés de la prison, un gendarme cocu qui se fait tuer par l'amant de sa femme, un beachcomber australien finalement expulsé, des commandos en Zodiac et tout en noir, des infirmières tout en blanc, des ouvriers irradiés.

Mais l'intrigue n'est pas suffisamment développée : elle reste simpliste et trop limpide, même si l'auteur affirme joliment et insidieusement qu'à Tahiti seule l'eau du lagon est transparente.

Patrick PÉCHEROT
« T i u r a ï »

Gallimard, 1996 (folio 2005), 170 pages.

 

par Rousseau publié dans : OCEANIE
Mardi 20 mai 2008

L'essai de Bruno Saura nous donne à voir l'installation des Tinito c'est-à-dire des Chinois à Tahiti. Il dépeint ensuite la structuration de cette communauté et son intégration en Polynésie. Cette monographie est du plus haut intérêt à l'heure du multiculturalisme et du retour de la puissance chinoise après une éclipse de deux siècles.

L'installation des Tinito

Si le premier Chinois a peut-être débarqué en 1800 lors du naufrage d'un voilier russe, en 1851 le navire "Orixa" débarqua un fort contingent de travailleurs Chinois, puis le 28 février 1865 débarquèrent du "Ferdinand Brumm" les 329 premiers "coolies" chinois destinés à la plantation sucrière Stewart d'Atimaono. Les membres actuels de la minorité chinoise n'en sont pas les descendants : ceux-ci ont vu leurs ancêtres s'installer entre 1890 et 1930 principalement. Ces tinito quittent les champs pour la ville et y deviennent commerçants, d'abord des boutiquiers, puis des hommes d'affaires qui rencontrèrent pendant longtemps l'hostilité des petits commerçants européens comptant sur l'administration coloniale pour "endiguer" les Chinois à coup de taxes et de patentes. À plusieurs reprises, c'est Paris qui exigea des autorités locales le rejet des discriminations anti-chinoises. En 1932, l'immigration chinoise était quasiment arrêtée avec la crise économique. L'origine de la réussite des tinito est le "tung ha kan he", le patronage des boutiquiers par des commerçants déjà installés dans la réussite et étendant ainsi leur réseau. Ce système permit la conquête de plusieurs secteurs économiques : coprah, vanille, nacre. En même temps se développaient les associations représentatives (Kuo Min Tang, Koo Men Tong, Philanthropique) dont dépendaient les fêtes et les écoles privées chinoises de 1922 à leur suppression dans les années 60.

Statistiques

Dans la diaspora chinoise, la proclamation de la République populaire en 1949, le repli du Kuo Min Tang sur Formose (Taiwan), puis l'intervention communiste en Corée, provoquèrent un renforcement de l'anticommunisme et un rapprochement des autorités françaises alors que les Polynésiens commençaient à écouter le discours autonomiste ou indépendantiste. En 1962, la Polynésie française recensait 7 120 Asiatiques, dont 1 435 disposant de la nationalité française. Le rythme des naturalisations augmenta : de 350 en 1962 à 466 en 1971. Reconnaissant la Chine communiste en 1964, la France gaulliste se décida à attribuer plus généreusement la nationalité française aux tinito de peur que se constitue une minorité compréhensive à l'égard d'un régime communiste à l'heure où le CEP s'installait à Mururoa. En janvier 1973, un décret procéda à la naturalisation massive des tinito. Cette mesure leur permit d'acquérir des terres plus facilement que les décrets de 1934 et 1940. Cela les amena aussi à prendre des patronymes français. Un recensement fait par le premier consul général de Chine à Papeete, entre 1944 et 1947, avait compté 1 896 chefs de famille rattachés à 94 siang (grands noms de famille). Au moment de leur naturalisation, les Chinois non métissés n'optèrent pas pour des patronymes tahitiens mais français et souvent déformèrent leurs noms anciens.


Le recensement de 1988 fut le dernier à compter le variable ethnique. L'auteur ne peut donc nous inonder de statistiques démographiques ! En 1988, on comptait ainsi  8 851 Chinois –y compris métissés– (seulement 4,68 % du total). Les Chinois sont devenus de plus en plus minoritaires dans une Polynésie passée de 188 800 habitants en 1988 à 224 300 en 1998 et maintenant plus de 250 000 : sans doute moins de 4 % à l'heure actuelle. Ils sont rassemblés sur les sept communes allant de Mahina à Punaauia (90 %) formant l'aire urbaine de Papeete. Quelques groupes vivent à Raiatea (Uturoa), Tahaa et Huahine. Leur recul démographique résulte de la moindre fécondité des familles et d'une chute considérable de la natalité entre 1950 et 1980. Le métissage progressa à partir d'une situation classique de forte endogamie : ainsi naissent les Demis issus de couples mixtes francophones dans des familles de plus en plus nucléaires. La fête des morts, Ka San, ressoude chaque année les familles élargies.

Le poids économique des Tinito

Devenus français à part entière, les Tinito durent apprendre le français à l'école de la République ; la connaissance du chinois "hakka" dépérit avec la fermeture des écoles liées aux associations chinoises et plus tard les jeunes se mettraient au mandarin en fréquentant les lycées Paul Gauguin ou La Mennais. Les Tinito encouragent la réussite scolaire de leurs enfants plus que ne font les Maoris. De plus en plus diplômés, ils accentuent leur réussite professionnelle dans de nouveaux secteurs d'emplois, tandis que l'oligarchie des vieilles familles s'est bâti des "empires" économiques dans l'hôtellerie (ex. Sheraton de Faaa), les transports maritimes (ex. cargo "Aranui"), et plus encore la grande distribution (ex. Carrefour). En 1974, Robert Wan s'est lancé dans la perliculture : vingt ans plus tard, plus de la moitié du million de perles exportées par la Polynésie française provient de ses fermes perlières.

Des temples et des hommes

Les pasteurs protestants débarquèrent à Tahiti en 1797 et dans les années 1830 les missionnaires catholiques arrivèrent aux Gambier. Il en résulta que le peuple maori de Polynésie française abandonna ses dieux multiples pour le Dieu unique des chrétiens. Les Chinois penchèrent essentiellement du côté des catholiques, abandonnant confucianisme, taoïsme et bouddhisme. Peut-être parce que les écoliers chinois furent bien accueillis dans les établissements confessionnels. Sûrement aussi parce qu'après 1949 la répression du clergé en Chine populaire amena à Tahiti plusieurs prêtres parlant chinois (hakka). Un premier Tinito fut ordonné prêtre en 1964 : Lucien Law, originaire de Raiatea. Comme les autres Polynésiens, les Chinois virent apparaître par la suite plusieurs églises rivales : Église Alleluia, Église de Tahiti du prophète Élie Hong qui inaugura en 1982 son temple au Mont Thabor.


Si depuis 1970 a lieu chaque année l'élection de Miss Dragon, c'est qu'un retour vers les traditions ancestrales se produit de différentes manières et les autorités chinoises de Taiwan et de Pékin se bousculent pour y avoir leur part d'influence. Le temple de Kanti à Mamao perpétue la mémoire de Shin Sin Kung (ou Chim Siou Koung) guillotiné en 1869 et reconnu comme le martyr de la communauté chinoise : il se serait dénoncé pour éviter la mort à ses camarades de la plantation d'Atimaono. Ce temple a été reconstruit en 1985-87 grâce aux efforts des associations culturelles au premier rang desquelles Si Ni Tong qui était née au XIXe siècle et est depuis 1995 une association de type 1901.

Intégration

Devenus citoyens français, les Chinois de Tahiti soutiennent plutôt une ligne politique libérale et francophile où l'auteur reconnaît l'influence déterminante des milieux d'affaires. Ainsi l'électeur chinois a-t-il suivi le leader anti-indépendantiste Gaston Flosse pour obtenir un avantageux statut d'autonomie pour le Territoire en 1984. Gaston Tong Sang, ancien suppléant de Gaston Flosse et membre de son gouvernement, aujourd'hui son successeur à la tête du Territoire, est né à Bora-Bora en 1949, c'est un Demi, un "Afa tinito" ; il est devenu un leader du Tahôeraa Huiraatira (autonomiste). Reste que la vie politique locale est assez exotique et opaque vue de France…


Intégration ou assimilation ? Ferme adepte des "valeurs de la République", l'auteur renvoie le communautarisme dans le passé lointain. Il constate que le parti d'origine chinoise, le Taatiraa Porinetia est en perte de vitesse : on peut donc parler de "tahitianisation" des Chinois dans le domaine de la politique. Plus généralement, le multi-ethnisme progresse : les mariages mixtes accentuent le métissage d'une société que certains qualifient de "néo polynésienne". En revanche, dans le domaine culturel on assiste à la fois à l'acculturation et à un retour aux sources chinoises. Au-delà des considérables différences d'effectifs, le jeu se joue à trois : Maoris maîtres du sol, Popaas dispensateurs des deniers de la République, Chinois rois du business. Ces derniers prennent néanmoins leurs précautions en achetant de l'immobilier en Chine, en Australie, ou en Amérique...


Bruno SAURA
" T I N I T O "

La communauté chinoise de Tahiti: installation, structuration, intégration.
Au Vent des Iles, 2003, 404 pages.

 

À Consulter : Un numéro spécial des Cahiers d'Outre-mer sur la Polynésie 

 


par Rousseau publié dans : OCEANIE
Dimanche 2 mars 2008

L'universitaire néo-zélandais qu'est Ian Campbell nous montre d'abord la progression du peuplement de l'espace du Pacifique, quasiment le tiers de la sphère terrestre pour à peine plus de 8 millions d'habitants. À l'intérieur de ce monde du Pacifique, les trois régions baptisées dans les années 1820 par Dumont d'Urville — Polynésie, Mélanésie et Micronésie — servent de structure à une histoire du Pacifique qui se penche prioritairement sur le XIXe siècle, avant d'envisager les étapes vers l'autonomie et l'indépendance au XXe siècle. C'est sur ce long XIXe siècle que la matière est indiscutablement la plus riche.

Plutôt que de nous décrire en détail les découvertes des navigateurs comme Cook, l'auteur, après avoir rapidement présenté les sociétés insulaires, nous montre l'arrivée d'Européens qui intriguent : des beachcombers, des missionnaires et des marchands. « Rôdeurs de grèves » ces beachcombers sont souvent des marins qui désertent des baleiniers venus faire escale et leurs compétences ont la diversité des métiers manuels inconnus de pays sans fer ni verre. Les missionnaires sont principalement des protestants britanniques aux églises concurrentes, et qui se font parfois trucider par les autochtones. Ce sont plus rarement des femmes intrépides comme Florence Young qui, d'abord installée en Australie, évangélise des Mélanésiens, ceux-ci à leur tour faisant office d'apôtres sur leurs terres d'origine. Les marchands tel Godeffroy de Brême s'intéressent aux noix de coco pour l'huile ; ils lancent des plantations ce qui pose le problème de la terre clanique et exportent le coprah plutôt que l'huile. D'autres productions ont fait la fortune des uns voire le malheur des insulaires : le concombre de mer alias biche-de-mer ou trépang, une holothurie qu'on sèche et fume avant de la vendre aux Chinois ; le bois de santal des Marquises et de diverses îles plus occidentales ; la canne à sucre de Fidji qui fut cultivée et coupée par des immigrés indiens aujourd'hui majoritaires. À ce boom passé du sucre, Fidji doit son exception, d'être indirectement secouée par les coups d'État, en 1976 et tout récemment.

Vient ensuite le temps  des administrateurs coloniaux : parce qu'arrivés les derniers les Allemands seront, entre 1880 et 1914, les plus déterminés — mais aussi les plus vite repartis : les Dominions britanniques et surtout le Japon récupérant ces îles jusqu'à la Seconde guerre mondiale. Les grands conflits du XXe siècle viennent bouleverser ces terres avec l'abondance des objets nouveaux et venus d'ailleurs : ainsi le culte de John From et les cultes du cargo sont-ils brièvement mentionnés. L'auteur préfère terminer son ouvrage avec le récit des accessions à l'indépendance d'états désargentés et dépendant financièrement de la communauté internationale — y compris à travers l'essor touristique – tandis que certains territoires restent financés par une métropole plus obstinée que les autres ne l'ont été : la France.

Le sous-titre insiste honnêtement sur l'histoire politique. Aussi on ne cherchera pas ici les secrets culturels des ethnies et les travaux de Malinowski, ni la menace ponctuelle des cyclones et du Niño, ni la menace générale que le réchauffement climatique fait courir aux îles trop basses face aux eaux tropicales.


Ian C. Campbell
Les Insulaires du Pacifique.

Histoire et situation politique
Suivi d'un lexique et d'une précieuse bibliographie par J.P. Latouche
Coll. "Politique d'aujourd'hui", P.U.F., 2001, 380 pages.




par Rousseau publié dans : OCEANIE
Lundi 28 mai 2007





Plutôt qu'une fiche thématique, j'indique ici quelques points forts de ces trois publications.


État de la société tahitienne à l'arrivée des Européens, par Edmond de BOVIS. Initialement paru dans la "Revue Coloniale" de 1855 et réédité en 1978 à Papeete par la Société des Études Océaniennes (74 pages)

Edmond de Bovis était un officier de marine de 26 ans quand il arriva à Tahiti en 1844 sur le "Phaéton". Il dressa l'hydrographie de Tahiti, épousa la fille d'un négociant de San Francisco et rentra en France en 1854. Son séjour lui permit de parcourir la Polynésie et de rencontrer des chefs et des prêtres des cultes traditionnels, d'où l'intérêt de son témoignage.

La reine Oberea et le capitaine Wallis, 1767


De Bovis commence par identifier les habitants de l'archipel comme faisant partie d'un même peuple qui s'étend de la Nouvelle-Zélande aux Îles Sandwich (les îles Hawaï) : les Maori. Que l'on qualifiait généralement d'Indiens ou de Canaques. Il s'étend sur la question du nombre d'habitants. Quand les Français dénombrèrent 7000 Tahitiens à l'établissement du Protectorat (1842) ils jugèrent avec ironie les estimations élevées établies par Cook (70 à 80 000 habitants à Tahiti). Bovis, lui, tranche pour une dépopulation continuelle en insistant le premier  —comme le font les historiens actuels—  sur le rôle majeur des épidémies dans l'effondrement démographique de la Polynésie entière. Les autres facteurs endogènes et exogènes viennent après la responsabilité de la variole. Les guerres ont cessé en 1815 quand Pomaré II s'est imposé aux autres chefs (bataille de Feipi) et a établi sa monarchie avec l'appui des missionnaires protestants venus de Londres en 1797. Les infanticides ont continué jusqu'à ce que le Code Pomaré soit promulgué en 1819. Les sacrifices humains ont cessé avec la conversion de Pomaré II. Les ravages de l'alcoolisme sont également soulignés.

Autre force  de cet auteur, il décrit la société tahitienne sans se référer aux ouvrages publiés avant 1855. Il montre une société hiérarchisée : des princes (les Arii), des nobles propriétaires fonciers (Raatira) s'élèvent au dessus d'une foule de prolétaires (Manahune). Il insiste sur le lien entre les familles princières et les principaux temples ou marae où le culte est dirigé par un grand-prêtre et des récitants, les Orero, en présence du prince, mais en l'absence des femmes, tenues à distance de l'enceinte sacrée. C'est aussi là que se faisait le sacre du roi.

Autour des rois, les guerriers les plus braves forment une sorte d'association, les Arioi. Ils se cooptent et refusent d'avoir des enfants. Les Tahitiens croyaient en de nombreux dieux et « à une âme à peu près immortelle » (sic). Au sommet du panthéon local, Taaroa (le temps) et sa femme Hina (la terre), et leur aîné Oro est le souverain du monde. C'est à lui que sont consacrés presque tous les marae répertoriés à Tahiti, Moorea, Bora Bora, et Raiatea. Mais les Tahitiens craignaient surtout les revenants, les tupapau, qui s'en prennent aux individus isolés, la nuit. Ne pas confondre avec le tapu (tabou) lequel est décidé par le roi : il concerne aussi bien un objet qui sera préservé du vol, qu'une personne qui servira de victime humaine. La cérémonie est augurale ou propitiatoire. Les cadavres étaient hissés aux arbres du marae et y attendaient la décomposition.

James Cook invité à assister à un sacrifice humain par les chefs d'Atehuru
Dessin de J. Webber

De ces marae il ne reste déjà plus au temps d'Edmond de Bovis que les soubassements en pierre. Les grandes idoles ou tiki sont en bois (d'aito ou bois de fer), elles sont roulées dans des étoffes précieuses et surmontées de plumes d'oiseaux rares. Les gens ordinaires avaient des tiki de taille assez modeste pour mettre dans la poche.


Danse tahitienne, 1784


L'auteur évoque par contre avec une certaine gêne la liberté des mœurs des insulaires, insistant sur la débauche : « la corruption des femmes et des jeunes filles même était grossière, et la seule différence qu'elle présente avec celle dont nous avons le spectacle aujourd'hui, c'est qu'elle n'était pas ordinairement vénale.» Mais il "tempère" son jugement en ajoutant que « les régions intertropicales semblent plus particulièrement favorables à ces cancers de l'humanité que nous appelons vices. » Le tableau moral est précisé par ce «penchant naturel à des gens oisifs de se désennuyer par tous les moyens possibles et surtout par la nouveauté.»  L'ennui, ce mal du siècle! ou le " fiu " tahitien.




Tahiti : 1767-1842. Des premiers contacts au Protectorat, par Jean-Pierre MORDIER, Service éducatif des archives territoriales de Polynésie française, CRDP, 2005, 112 pages.

Ouvrage pédagogique, cette publication est structurée en quatre parties présentant une batterie de documents expliqués. J'ai retenu certaines informations précises.

Les premières expéditions à l'île de Tahiti

L'anglais Samuel Wallis , à bord du "Dolphin"  fut le premier visiteur occidental entre le 19 juin et le 27 juillet 1767.

Le navire de Samuel Wallis attaqué par les indigènes en 1767

Walis fut suivi de Bougainville et sa "Boudeuse" accompagnée de l' "Etoile" ; il séjourna du 6 au 15 avril 1768 et repartit avec le fameux Ahutoru. Ensuite vint James Cook du 13 avril au 30 juillet 1769 à bord de l'"Endeavour". Lors de son 2ème voyage, Cook reparut en août 1773 puis en avril 1774 avec ses deux navires "Adventure" et "Resolution". Il avait embarqué le peintre Hodges.

L'Adventure et le Resolution en baie de Matavai
par William Hodges

Son troisième voyage, avec le "Resolution" et le "Discovery", ramèna Cook à Tahiti du 14 août au 8 décembre 1777. Entre temps, l'espagnol Boenechea, à bord de l"Aguila", fit deux séjours en 1772 et 1774. L'année 1788 vit passer le capitaine Bligh et sa" Bounty" qui reviendra en 1792. Ces premiers navigateurs ordonnent des relevés hydrographiques, des dessins voire des peintures des îles.

Le site de Matavai à Tahiti
par John Webber peintre officiel du 3ème voyage de Cook


La naissance du mythe du "Bon Sauvage"

Le "Voyage autour du monde" de Bougainville (1729-1811 - ci contre portrait par Zéphiron Belliard) fut édité en France en 1772, en Angleterre en 1773 et devint aussitôt un best-seller.  Emmené par Cook, le jeune tahitien Omai fut présenté à la Cour britannique en 1774 tandis qu'Ahutoru fit son entrée fracassante en littérature avec l'ouvrage critique de Diderot. Le mythe était désormais en place : le bon sauvage est doux, accueillant, il n'a pas d'attachement à la propriété foncière, il ignore l'argent. Bref la société ne l'a pas corrompu.

Mais le lumineux portrait du natif rousseauiste fut bientôt obscurci par l'écho des sacrifices humains, des Arioi infanticides, des incessantes guerres tribales. Les 2 et 3 septembre 1777, James Cook, accompagné d'Omai, de son peintre Webber, et du chirurgien du bord, assista comme invité aux sacrifices humains dans le marae d'Utuaimahurau, rite propitiatoire organisé par Potatau, Toofa et Tu, trois rois (ari'i) de Tahiti s'apprêtant à porter la guerre à Moorea.



Entre 1767 et 1797 Tahiti perdit les deux tiers de ses habitants avant même que l'alcoolisme ne se développe aussi fortement que dans les années 1808-1815, la période troublée dite du "Te Hau Manahune". Certaines causes de cette dépopulation étaient déjà connues des responsables quand le Code de Pomare II tenta d'interdire aux Tahitiennes les relations sexuelles avec les marins étrangers et à tous la consommation d'alcool. Aux Îles de la Société, la population allait encore baisser avec de nouvelles épidémies et se stabiliser vers 1850. Le reste de la Polynésie connut un même effondrement démographique. La population de Moorea fut divisée par 5 entre 1767 et 1848. Aux Marquises, les 43 000 habitants du temps de l'expédition Krusentern vers 1800, devinrent 20 000 au milieu du XIXè siècle et 2 500 en 1922. Les Maori connurent en fait partout la même chute démographique au cours du XIXè siècle, depuis les îles Hawai jusqu'en Nouvelle-Zélande.


Les missions protestantes et les Pomare

Les premiers envoyés de la London Missionary Society arrivèrent à Tahiti à bord du "Duff" le 5 mars 1797, en baie de Maravai. Le grand-prêtre Ha'amanemane les accueillit et le capitaine Wilson fut logé près de la pointe Vénus dans la "maison des anglais", le Te Fare Peretania, précédemment édifié sur ordre de Pomare Ier pour accueillir le capitaine Bligh. Ce même roi, qui cèda un terrain aux missionnaires, était le père de Pomaré II, qui après un premier échec, réussit à unifier Tahiti (et Moorea) à l'issue de la guerre de 1815, fort sanglante du fait des armes à feu.

6 mars 1797  - Pomare Ier cède un terrain
aux missionnaires de la L.M.S. par Robert Smirke



En 1819, Pomare II organisa la destruction des idoles de Tahiti et donna un code de lois à ses sujets. La population s'est alors massivement christianisée. Les Évangiles furent traduits en tahitien à partir de 1801. Puis la Bible entière fut traduite par les missionnaires et imprimée à Londres en 1838.

La destruction des idoles en 1819

Cette époque vit se multiplier les changements, notamment économiques. En 1789 arriva le premier baleinier américain, l' "Amelia". Ils furent bientôt des centaines à faire escale à Tahiti pour s'approvisionner en eau douce et en fruits frais ou réparer. Le bois de santal des Marquises et les perles et nacres des Tuamotou attirèrent aussi un nombre croissant de marins et de marchands, des aventuriers aussi, comme les "beach combers", marins déserteurs des baleiniers ou bagnards évadés de la colonie pénitentiaire de Port Jackson —fondée en 1787 et devenue Sydney. Le trafic avec l'Australie se développa : l'expédition de porc salé pour nourrir les forçats fut même érigé en monopole royal par Pomaré II. Les oranges, introduites par Cook, sont exportées vers la Californie. L'introduction de la culture du coton fut un échec mais celle de la canne à sucre (1818) aboutit à une bonne centaine de plantations dans les années vingt. Ce succès fut sans lendemain vu l'interdiction de fabriquer du rhum à Tahiti.


 Pomare Ier
dessin de W. Hodges
Pomare II
dessin de Michailov


Pomaré II étant mort de la filariose et de l'alcoolisme en décembre 1821, une Régence fut organisée en même temps qu'une réaction alliant "millénarisme" et "néo-paganisme" se développait sous l'appellation de la "Mamaia". La disparition en bas âge de Pomare III en 1827 donna le pouvoir à sa demi-soeur Aimata, 14 ans, devenue Pomare Vahine IV et qui régna jusqu'à 1877.


Vers le Protectorat français.

Le pouvoir des Pomare s'organisa avec la bénédiction des missionnaires protestants britanniques qui ont tenté de préserver Tahiti des convoitises catholiques et françaises. Installés aux Gambier dès 1834, les missionnaires catholiques dirigés par le père Honoré Laval tentèrent de s'installer à Tahiti. Ils en furent d'abord empêchés. La marine française intervint pour imposer la liberté du culte : le 29 août 1838, Abel Dupetit-Thouars vint délivrer Jacques-Antoine Moerenhout (1796-1879), —le consul des États-Unis devenu celui de la France—, de son adversaire le pasteur Georges Pritchard (1796-1883), devenu lui consul de Grande-Bretagne et principal soutien du pouvoir de Pomare IV. Celle-ci tenta d'obtenir le protectorat anglais mais Londres avait fait le choix de s'implanter plutôt en Nouvelle-Zélande par le traité de Waitangi (1840). Alors Dupetit-Thouars, soutenu par de nombreux chefs locaux, imposa alors sa volonté à la reine. Le 9 septembre 1842 le protectorat français fu installé et Louis-Philippe l'accepta le 25 mars 1843 et Dupetit-Thouars devenu Amiral en apporta la nouvelle le 1er novembre.



La vie à Tahiti au temps de la reine Pomaré, par Patrick O'REILLY.
Société des Océanistes / Éditions du Pacifique, 1975, 23 pages.



L'année qui suivit la mise en place du Protectorat, une insurrection s'empara de la plus grande partie de Tahiti et de Moorea. La reine Pomaré se réfugia sur un navire anglais et s'exila à
Raiatea. L'amiral Bruat mit deux ans à rétablir l'autorité de la France et la reine fut ramenée à Papeete à bord du "Phaéton" par ledit Bruat. Elle se fit obtenir une confortable liste civile et s'assura un train de vie mi-tahitien mi-occidental dans sa résidence de Papaoa. Le pasteur Patrick O'Reilly multiplie les anecdotes sur les commandes luxueuses de la reine qui devait d'autant plus éblouir ses proches que ses charmes déclinaient.

Le royal portrait réalisé par le peintre
Giraud, payé 600 francs en 1851.



L'intérêt évident du livre est dans la connaissance fort détaillée des archives sur Tahiti du temps de la reine Pomare IV. Les ravages de la syphilis sont par exemple très précisément étudiés ; les équipages n'étaient pas moins concernés que les Tahitiens. Personnellement, j'ai trouvé un intérêt particulier à l'évocation de la vie économique exposée dans les chapitres "Les Baleiniers", "Quai du Commerce", "Les petits commerçants" et "Poste et communications".

Les baleiniers, dont beaucoup de noms figurent dans l'ouvrage, font escale à Papeete pour s'approvisionner (cf ci-dessus) sont de l'ordre d'une centaine par année et le port stocke leurs barils d'huile de cachalot. Ils viennent principalement des États-Unis (Salem, Newport, New Bedford, Nantucket…) Ces navires apportent parfois des maladies : la terrible épidémie de variole de 1841 fut amenée par le "Don Quichotte". Ils apportaient aussi des armes à feu et beaucoup trop d'eau-de-vie dont les insulaires étaient fort preneurs. Les marins désertaient souvent pour allonger leur paradisiaque séjour polynésien. Ainsi Herman Melville qui s'était engagé en 1841 sur l'"Acushet" de New Bedford faussa compagnie à son navire lors de l'escale aux Marquises ; il passa un mois à Nuku Hiva puis rembarqua à bord du "Lucy Ann" qu'il quitta peu après à Tahiti ce qui lui valut de connaître la prison de Papeete dont le règlement détendu lui permit d'aller visiter Moorea. Revenu à Boston en 1844, ses souvenirs d'Océanie se retrouvèrent dans "Typee" (1847), "Omoo" et enfin "Moby Dick" (1851).

Les offices et les entrepôts des commerçants étaient installés à Papeete près du port. Les honorables frères Hort étaient des israélites qui faisaient le commerce de l'huile de coco, de baleine et de cachalot et prenaient les lettres de change des baleiniers.
La monnaie s'était déjà répandue avant Pomaré IV ; sous son règne Tahiti connut de plus en plus de pièces d'origines différentes et le franc devenue monnaie officielle circula en compagnie de dollars des États-Unis, de piastres chiliennes, de shilling anglais : mais il n'y avait pas de banque à Tahiti.

Certains commerçants avaient une réputation douteuse, comme les Pignon (cf. article sur les Gambier). À l'opposé, l'Écossais John Brander arrivé en 1851 put réussir plus que tout autre et même acquérir des terres en épousant une métisse, la fille d'Alexandre Salmon qui avait, lui, épousé une parente de Pomare IV. Ces deux hommes semblent avoir été les principaux hommes d'affaires de Tahiti à cette époque. « La maison Brander , écrit Patrick O'Reilly, ne se contente pas de faire naviguer ses goélettes dans tous les coins du Pacifique, de Sydney à San Francisco et de Valparaiso à Honolulu. Elle exploite des plantations, cultive la canne à sucre et le coton sur ses terres…» Les exportations d'oranges à destination de la Californie (!) et de l'Australie eurent de l'importance dans les années 50-70.

Avant même la diffusion de la navigation à vapeur, les communications avec l'Europe (pour les voyageurs  et le courrier) furent accélérées par deux évènements extérieurs. D'une part la mise en service de la ligne de chemin de fer traversant l'isthme de Panama en 1855 et en 1869 l'achèvement du transcontinental reliant San Francisco à l'Est des États-Unis.

Ainsi, Gustave Viaud, le frère du marin et romancier charentais Pierre Loti, put rentrer en France en parcourant en trois heures les 70 km du chemin de fer de Panama à Colon, construit en réponse au "gold rush" de Californie. Suivons-le. Il quitte Tahiti sur le voilier La Dorade le 5 juin 1862 à destination de Valparaiso, atteint le 19 juillet. Ce voilier lève l'ancre le 23 pour Callao et touche Paya le 15 août. De là, Gustave Viaud passe sur un steamer à aubes, le Peru, pour relier Panama le 22 août. Le train le mène à Colon où il saute le 23 août dans un autre steamer, le Clyde à destination de l'île danoise de Saint-Thomas, escale de la "Royal Mail Steam Packet Company". Le lendemain 30 août notre voyageur s'embarque sur un troisième bateau anglais, la Seine, il fait escale à Madère et atteint Southampton le 13 septembre. Il est à Rochefort le 17 : 104 jours après avoir quitté Tahiti ! Rien à voir avec l'odyssée des Frères de l'Instruction chrétienne qui partis de Ploërmel le 2 septembre 1859 ne débarquèrent à Papeete que le 18 octobre 1860 : 13 mois plus tard. Pour les marchandises la révolution du transport maritime ne se fera réellement qu'avec l'ouverture du canal de Panama en 1915.










par Rousseau publié dans : OCEANIE
Samedi 12 mai 2007

Le 10 mai la France commémore l'abolition de l'esclavage votée en 1848. La Polynésie n'a pas été victime de ce crime contre l'humanité. Mais elle a été colonisée. Ainsi, les îles Gambier, à l'extrême sud-est des Tuamotu, soit 1800 km de Tahiti et 8000 de Valparaiso, sont passées du statut de protectorat en 1844 à celui de colonie en 1880. Sur ce territoire insulaire et minuscule, la colonisation n’est pas la conquête de terres à exploiter comme aux Antilles ou à peupler comme en Algérie. Avant l’arrivée de marchands, de militaires et de fonctionnaires venus de France, se place celle de missionnaires qui à leur but d'évangélisation ont ajouté un souci très marqué de constructions sur toutes les îles alors habitées de l’archipel.

L'intérêt de ce livre n’est pas seulement l'histoire d'une évangélisation en Océanie. L'autobiographie de Frère Gilbert,
né dans le Lot en 1800 et devenu missionnaire de la congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie, dite de Picpus, a été retranscrite par J.-P. Delbos car le frère Gilbert était plus passionné par la maçonnerie, la menuiserie ou la sculpture sur nacre que par l'orthographe. Il évoque relativement peu sa foi dans le christianisme qu’il apporte aux Gambier en 1835 jusqu’à sa mort en 1863. Il décrit les étapes de la christianisation de ces îles, en bon catholique romain, alors que Tahiti était sous l'emprise de protestants anglais depuis 1797. Il rapporte avec précision et modestie sa participation à la construction de chapelles, d’églises et même d’une cathédrale de 48 mètres de long à Rikitea, la « capitale » de l’archipel. En effet on est passé en quelques années de modestes chapelles construites en bois à la mode locale, à des édifices en pierres tirées des coraux. La "valeur travail" est omniprésente.

Mais le plus captivant est ailleurs. Avec une série d’anecdotes sur les mœurs des insulaires qu’il appelle « naturels » et parfois « canaques », jamais polynésiens ni maoris, termes dont l’usage ne s’était pas encore répandu. L’anthropophagie n’avait pas totalement disparu de la région. Les quelques dizaines d’habitants de l’île excentrée de Temoe y avaient fui pour trouver leur salut : ils sont « rapatriés » en 1838 sur l'île principale de Mangareva par les missionnaires, voire « déportés » selon certains guides touristiques qui ont tendance à assimiler les travaux des missionnaires aux Gambier à ceux du goulag soviétique.

Avec les épisodes de l’abandon de leurs anciennes pratiques religieuses : une grande prêtresse avait prédit l’arrivée du Dieu unique et des blancs, peut-être l’écho de l’arrivée des missionnaires anglais à Papeete. D’où, peut-être, le rapide « renversement des idoles », et le caractère pacifique de la conversion jusqu’à celle du roi Maputeoa baptisé Gregorio en hommage au pape. Les « tiki » sont détruits ou brûlés ; quelques exemplaires sont conservés pour servir de cadeaux aux expéditions de passage ou envoyés en Europe. Le narrateur évoque à peine le risque de « retomber dans le paganisme ». Un missionnaire raconte à Dumont d'Urville :



Pour le "tirau" par exemple, il s'efforce d'expliquer quel était son sens pour les insulaires. Cette cérémonie que les Pères Laval et Caret avaient prise pour une fête orgiaque faisait partie du rituel funéraire. Des couples venaient chanter, danser et crier pendant plusieurs jours pour accompagner le défunt afin qu'il ne risque pas d'être mangé dans sa vie future. La fête se prolongeait tard dans la nuit autour d'un feu, chaque participant recevant en offrande un paquet de nourriture de "ma" et ces soirs-là l'île retentissait d'accents lugubres.


Avec le récit d’incidents opposant les religieux aux marchands avides —particulièrement un nommé Pignon qui séduirait Francis Weber— ou aux officiels venus de France, et soucieux de limiter l’influence de l’Église sur l’État avant même l’installation de la IIIè République. Le chef de la mission, le père belge Honoré Laval fait preuve d’autorité, voire d’autoritarisme, d’où des tensions à l’intérieur comme à l’extérieur du groupe des religieux.

Avec les détails d’une vie quotidienne toujours précaire qui suit de très loin l’apparition des techniques modernes : un séjour à Valparaiso permet au frère de découvrir vers 1850 à la fois le chemin de fer et le navire à vapeur. Une décennie plus tard, le 24 mai 1861, arrive en rade de Mangareva, « un navire qui fume » : c’est « l’aviso à hélices de la marine royale (sic), le Latouche-Tréville ».

Avec les détails portant sur l’alimentation et la santé. La famine est à craindre tant que les ressources de l’arbre à pain n’ont pas été renforcées par l’introduction du manioc, également conservé, comme le taro, dans les trous des "ma". On a vainement tenté de faire pousser du blé. Les religieux incitent à développer la pêche, mais le risque de l’éléphantiasis n’est pas écarté. Dans le bilan de santé des « naturels », la syphilis a été évoquée, mais pas l’alcoolisme. Les missionnaires sont mécontents de manquer de médicaments ; il faut compter sur les plantes et les savoirs indigènes. En 1845, une épidémie fait chuter sévèrement le population de l’archipel. Les médecins de passage à bord de navires de la « Royale » recommandent à chaque fois plus d’hygiène pour les habitants.

Avec l’enracinement et l’attachement progressifs du Français à cette société lointaine qu’il a contribué à changer alors que les jeunes insulaires rêvent d’autres horizons, s’évadent de Mangareva en volant des pirogues, ou cherchant à embarquer sur des navires qui —de plus en plus souvent— font escale, au risque de tomber au pouvoir d’un négrier péruvien, la Serpiente, en 1862, venu à la recherche de main-d’œuvre pour les mines du continent. Le narrateur évoque aussi le risque de l’exploitation de la main-d’œuvre insulaire pour obtenir la nacre et les perles, principale richesse naturelle des Gambier.

Avec l’évocation de ceux qui disparaissent de la vue du frère Gilbert mais non de sa mémoire. Ceux qui meurent sur place et sont inhumés dans le caveau de « sa » cathédrale de Rikitea, ou dans le cimetière créé au pied du mont Duff. Ceux qui repartent à tout jamais vers l’Europe, parfois en sombrant dans la folie.


Jean-Paul DELBOS
La Mission du Bout du Monde
Les Éditions de Tahiti, 207 pages,
Illustrations. 2è éd. en 2002.





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