Venant d'un chercheur qui a une longue pratique de l'histoire de l'enfermement, — son essai sur les lettres
de cachet date de 1981 — une histoire des murs ne pouvait qu'être passionnante. Après les célèbres murs d'antan, l'auteur étudie de nombreux murs contemporains, tout en essayant de classer les
murs selon leurs fonctions : frontières, proscription, ségrégation, etc.
La part belle est faite d'abord à la Grande Muraille de Chine et au limes des Romains : deux systèmes qui protègent les civilisés contre les barbares — avant que les "barbares" ne prennent le pouvoir dans l'espace protégé : dynastie mongole en Chine, royaumes issus des "grandes invasions" de l'antiquité tardive. D'autres murs de protection sont évoqués, tels la ligne Maginot et le Mur de l'Atlantique, murs illusoires. La Guerre froide nous donna plus longuement le rideau de fer et le Mur de Berlin, ou Mur tout court, dont les vestiges sont muséifiés. Si d'autres "murs" politico-militaires existent encore aujourd'hui comme celui qui sépare les deux Corées, ou les deux parties de Chypre, c'est le mur anti-immigration qui est devenu plus caractéristique de notre temps : entre Inde et Bangladesh, ou le long de la frontière du Mexique, tandis que la défense de l'espace Schengen conduit l'Union européenne à financer les barrières de Ceuta et Melilla et le dispositif Frontex. Certains murs mélangent plusieurs fonctions : le Mur construit par Israël a été justifié par la lutte contre le terrorisme, il réduit aussi les mouvements pendulaires —de Palestiniens travaillant en Israël— et surtout vise à grignoter les campagnes de Cisjordanie mitées par l'implantation de nouvelles colonies. Les nouvelles technologies investissent ces nouvelles murailles, quelle que soit leur finalité : qu'il s'agisse de détecter des franchissements illicites de telle ou telle frontière géographique, ou qu'il s'agisse d'empêcher les internautes d'accéder à des informations contraires au confort des régimes autoritaires.
D'autres murs n'impliquent pas l'État. En rupture avec le sens ancien de quartiers juifs maintenus à l'écart, les nouveaux ghettos que sont les "gated communities" multiplient les murs choisis, des murs composites de béton, de grillages, de caméras et d'électronique autour des nouveaux quartiers résidentiels du continent américain. L'auteur dépeint ce phénomène sur la base du film mexicain La Zona (2007) : les effets pervers de la communauté fermée sont donc bien soulignés. Mais on passe peut-être un peu vite sur les explications du succès de ces quartiers par la seule "sécurité".
Il est facile de dresser un bilan affirmant le peu d'efficacité des murs : « Ils ne prétendent pas être des solutions. Ils sont des réponses.» On assiste donc au XXIe siècle à la multiplication des murs de toutes sortes à mesure qu'avance la "mondialisation" qu'ils contredisent ou retardent. À une globalisation qui serait comprise comme la disparition idéale des frontières, et le triomphe de l'uniformité, ces murs opposent la revanche du "local", et l'affirmation de l'identité contre le "melting pot".
Claude QUÉTEL - Murs. Une autre histoire des hommes. Perrin, 2012, 320 pages.










































Montesquieu, Hobbes... En fait, ces lectures s'inscrivent
dans la très large vision que l'auteur a précisée en introduction et conclusion.
péchés capitaux s'est mis en place vers 1200, et
« chacun commence à être associé à une couleur privilégiée : l'orgueil et la luxure au rouge, l'envie au jaune, la goinfrerie au vert, la paresse au blanc, la colère et l'avarice au
noir.» C'est aussi le temps où saint Bernard fait le procès des couleurs, y compris du noir et du blanc, quand leur densité gêne le contact avec le divin. L'ordre cistercien souhaite
n'user que d'étoffes non teintes, qui passeront à une sorte de blanc en fonction des méthodes de teinture. L'héraldique organise les couleurs et la place du noir parmi elles — groupe 1 avec or
(jaune), argent (blanc), groupe 2 avec gueules (rouge), azur (bleu), sinople (vert), et sable (noir)— ainsi est créé un système qui interdit de juxtaposer deux couleurs du même groupe.
« Si le champ de l'écu est blanc, le lion pourra être noir, bleu, jaune ou vert, mais pas jaune.» L'empereur romain-germanique arbore sur ses armoiries une grande aigle noire
("d'or, à l'aigle de sable").


George W. Bush envahissant l'Irak dirigé par un despote oriental. Non : car toute explication téléologique est rejetée par l'auteur. À d'autres moments, Goody donne l'impression
d'être payé par le despotisme oriental de Beijing pour faire oublier le Nobel de Liu Xiaobo en déployant la bannière de la supériorité de la Chine sur l'Occident des origines à nos jours. Non :
le livre a été publié quatre ans avant que le régime chinois ne se couvre de honte.
où puiser une
vérité sur une époque ; les auteures l'invitent à déplacer ce regard et à considérer les écrits comme des objets sociaux, – qu'ils soient de genre littéraire (théâtre, poésie, roman)
ou non (tel le journal qui influença grandement les manières d'écrire à partir de 1830). Car tout texte s'inscrit dans le monde social de son temps et participe à sa production. Sa
contextualisation est donc essentielle, un texte littéraire ne se comprenant que dans son époque politique, sociale, culturelle ; et pour lui poser des questions
historiennes, l'historien doit l'étudier comme il le fait des statistiques. Les auteures destinent principalement leur ouvrage aux historiens contemporanéïstes qui ont beaucoup plus à faire avec
les nombreuses formes de l'écrit que les modernistes ou les spécialistes d'histoire antique et médiévale.
développé. Il ne
saurait ici être question de revenir sur chacun de ces siècles. L'auteur, sans verser dans la polémique antichrétienne, plonge dans l'histoire de la Papauté avec un regard d'économiste puisque
telle est sa formation. Accumulation primitive du capital, monopole, concurrence… Cela nous permet de profiter d'interprétations auxquelles le lecteur lambda n'aurait pas songé. La masse énorme
d'informations est puisée à la fois dans des ouvrages classiques – comme l'Histoire de la Papauté de L. Ranke réédité dans la collection "Bouquins" –, et dans une foule de travaux récents
cités en notes infrapaginales.
sociologues, Vincent Geisser et El Yamine Soum, se proposent de tester cette politique auprès des militants des partis politiques.
animaux ("L'Ours") nous livre
ici un condensé de ses recherches sur le porc, le cochon, le verrat, la truie, le pourceau, etc…
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