Samedi 5 mai 2007


Nous sommes à Delhi au moment où Rajiv Gandhi vient d'être assassiné par une kamikaze tamoule. Ram Karan, anti-héros et principal narrateur du roman, voit la perturbation s'abattre sur sa vie de collecteur de fonds pour l'honorable sahib Gupta, député de la capitale.
Le parti au pouvoir, le Congrès, en est déstabilisé et risque de perdre le pouvoir au profit du BJP (Bharatiya Janata Party) qui prône une réaction hindouiste. Gupta croit malin de changer de camp pour barrer la route à un acteur de cinéma sur le déclin. Il va falloir collecter encore plus de fonds, des lakhs et des lakhs (100 000 roupies), et c'est le travail du chauve et obèse Ram Karan, officiellement  employé des autorités scolaires de Delhi. Peu à peu naît en lui un premier sentiment de culpabilité...

Dans le quartier où vit Ram Karan (photo Fabrice R.)

Autrefois, Ram Karan a eu des rapports incestueux avec Anita, celle de ses filles qui, devenue veuve, est revenue vivre avec lui. Anita s'inquiète légitimement pour sa fille Asha que le grand père concupiscent attire à lui : "viens, ma petite mangue". Sa vie professionnelle l'amenant à "inspecter" des écoles, Ram Karan va aussi se trouver trop souvent à l'école qu'Asha fréquente. Peu à peu Anita "fait le forcing" pour faire monter chez son père un second sentiment de culpabilité.

Old Delhi - Une école primaire comme celle que Ram Karan vend pour financer une élection (photo Fabrice R.)


Lorsque ces deux sentiments de culpabilité se rejoignent, que les politiciens corrompus commencent à se faire assassiner (d'abord Ajay, puis son père Gupta, puis Bajwa son homme de confiance), que débarque la brigade financière, et qu' Anita commence à ameuter sa famille élargie en racontant les viols qu'elle a subis, Ram Karan craint d'autant plus pour sa vie qu'il risque l'infarctus. Mais d'où le coup fatal viendra-t-il ? À qui ou quoi Ram Karan se soumettra-t-il ?

*****

L'intérêt de ce roman ne se limite pas à cette histoire scandaleuse. La narration est assez originale. Dans la plupart des chapitres, le narrateur est Ram Karan, sauf dans le deuxième et l'avant-dernier où Anita mène la narration. Enfin le douzième et dernier est un récit à la troisième personne. D'autre part le lecteur est plongé dans la vie quotidienne de Delhi, avec l'entassement des slums (traduit par bidonville), les pénuries d'eau ou d'électricité, les cerfs-volants des jeux des enfants sur les terrasses, les cérémonies religieuses, la possibilité de l'émigration, la violence cachée au sein des familles élargies. À noter aussi un fil conducteur épicé, celui de la nourriture indienne que le lexique précise.


Akhil SHARMA
Un père obéissant
Traduit de l'anglais par Diane Ménard
Editions de l'Olivier, 2002, 398 pages.





Jeudi 3 mai 2007



Comment peut-on être Indien ? Avec plus de sérieux que la série "Goodness gracious me", le psychanalyste Sudir KAKAR et son épouse Katharina spécialiste des religions nous brossent le portrait mental des Indiens de l'Union indienne, cette Inde "amputée de ses deux bras" comme disent les hindouistes pour évoquer la "Bharat" issue de la Partition, ce cruel divorce d'avec l'Inde musulmane devenue Pakistan (initialement occidental et oriental — ce dernier s'émancipant en Bengla Desh dès 1971).

L'Indien a des repères familiaux forts. La famille élargie s'adapte à l'urbanisation et modère aujourd'hui la poussée individualiste liée à la "modernité" importée. L'Indien se positionne toujours dans une société de castes, polarisée entre pureté et pollution, où les dalits (c'est-à-dire intouchables, ou encore parias) sont relégués de diverses manières (habitat, métier, école) malgré soixante ans de promesses des dirigeants depuis l'indépendance de 1947. Les tensions entre musulmans et hindous ne sont apaisées ni par la vie politique de ces dernières années ni par la mondialisation. Il y a des cas où la célèbre "tolérance" hindoue est une vue de l'esprit.

L'hindouité ("hindutva") est à la base de l'idéologie des partis hindouistes opposés au Congrès qui est lié au clan Nehru-Gandhi. Elle s'est fondée sur les écrits de V.D. Savarkhar (1883-1966) et le VHP (Vishna Hindu Parishad) a été l'ancêtre des partis nationalistes plus récents (BJP, Shiv Sena). L'hindou rêve alors d'une Inde unie ajoutant aux hindous, les bouddhistes, les jaïns et même les sikhs, mais écartant les musulmans et les chrétiens. À ceux-ci l'accès à la cuisine est interdit.

Les auteurs expliquent le statut de la femme en prenant soin de situer la question dans le contexte indien et non par rapport aux notions universelles du "droit-de-l'hommisme". Ce souci du contexte indien est une constante de cet ouvrage et c'est en cela qu'il nous intéresse plus que les tableaux statistiques de l'IDH élaborées par le PNUD (cet IDH si cher aux géographes et bien connu des lycéens). Dire que la femme indienne est prise "entre tradition et modernité" c'est évidemment un cliché, mais pertinent ! Les auteurs justifient la persistance du mariage arrangé au lieu du mariage d'amour qui végète en Inde avec une réputation ternie par la connaissance des taux de divorcialité du monde occidental. Les histoires d'amour de Bollywood aboutissent en fait, nous dit-on, à des mariages arrangés.

Sur la mort, la maladie, l'alimentation, la médecine ayurvédique, le lecteur européen découvrira dans cet essai de vulgarisation de nombreuses réflexions passionnantes. Les auteurs concluent que les traditions culturelles indiennes sont autonomes et plus déterminantes que les structures économiques et sociales.


Sudir et Katharina KAKAR
LES INDIENS. Portrait d'un peuple.
Éditions du Seuil, 2007, 254 pages.









Jeudi 26 avril 2007


Bombay comme si vous y étiez

    Brosser le portrait d’une mégapole c’est le travail d’un géographe. Faire le portrait des 15 millions de Bombayites, c’est l’impossible travail d’immersion d’un sisyphe des temps mondialisés. Et pourtant Suketu Mehta, revenu de Brooklyn spécialement pour ça, y est parvenu. Cette énorme enquête, que la Fnac étiquette bizarrement “Roman de voyage”, est un exploit ethnologique absolu.

    Rien n’a découragé l’auteur. Ni les plombiers chargés de l’entretien des tuyauteries de son immeuble. Ni les émeutes ni les attentats de 1992-1993. Ni les hindouistes fanatiques du Shiv Sena, ni les gangs rivaux, ni les mafias plus ou moins téléguidées par les services secrets pakistanais, et soupçonnées de complicité avec Al-Qaïda dans le cas de la Compagnie-D. Il s’est lancé à la recherche d’informateurs sur le milieu du crime. Il a lu les rapports qui dénoncent une justice à qui trois siècles seront nécessaires pour boucler les seules affaires en attente.

    Il a regardé vivre les mendiants des rues, les petits commerçants installés sur les trottoirs, comme les milliardaires de la filière du diamant, et les danseuses de la filière bar. Il a enquêté sur les prostituées népalaises et sur les flics des escadrons de la mort. Il est devenu l’ami du super-flic Ali, et de plusieurs voyous et mafieux, qui, les uns et les autres l’assurent de leur protection. Il confesse Mona Lisa et d’autres danseuses sexy aussi bien que des jaïns richissimes qui renoncent aux plaisirs et aux péchés de Bombay.

    Il fait visiter les bidonvilles et rencontrer leurs habitants qui dorment à sept dans une pièce. Il décortique l’urbanisme dément d’une ville où les grandes entreprises n’ont pas voulu s’installer en périphérie et où les logements locatifs sont mal entretenus par la faute du maintien d’une législation d’urgence datant de la dramatique Partition de 1947. Il ironise sur les changements de noms des rues. Il nous entasse dans les trains qui déversent quotidiennement les travailleurs sur le centre de Bombay. Il nous emmène dans son école où il apprenait mal. Il explique pourquoi Bombay exerce une attraction sur tous les Indiens de l’Union, ce qui en fait une ville cosmopolite où l’anglais ouvre les bonnes portes, mais où le fait d’être bihari les ferme.

    Il montre le succès de la musique "filmi" et la transformation du Coca Cola par les épices du coin. Il nous fait rencontrer les réalisateurs et les acteurs célèbres de Bollywood. Il nous fait vivre la réalisation du film “Mission Cachemire”, depuis le passage du projet devant la commission de censure jusqu’à son tournage à Srinagar et son achèvement à Bombay dans la destruction wagnérienne des décors. Il nous indique les meilleurs vendeurs de sandwiches et les traditions d’une cuisine à l’ail. Il témoigne du succès du téléphone mobile et d’Internet. Et de l’impossible hygiène d’une cité où l’eau et l’électricité sont fréquemment coupées, d’une cité que parcourent les égouts à ciel ouvert et que bordent des plages puantes d’excréments. Bref, quasiment tous les sujets sont abordés...

    Les temps forts ?

    Incontestablement en fait partie la rencontre avec les gros bonnets du Shiv Sena. Le parti extrémiste est dirigé par le Saheb, un dénommé Bal Thackeray (qui n'a rien de l'auteur de "Vanity Fair"!) qui a fait régner sa loi hindouiste à Bombay, en s'appuyant sur des caïds de quartier, entamé une guerre sanglante contre les "mia" les musulmans méprisés.
Face aux attaques des mosquées et des personnes, les musulmans réagirent par une série d'attentats opérés par les gangs sans doute armés et manipulés par le Pakistan. Il y eut des centaines de morts dans le centre de Bombay. Mais la Bourse redémarra aussitôt. La police dirigée par Ajay Lal arrêta force suspects dont l'acteur Sanjay Dutt. Dans le cadre d'une coalition avec le BJP, le Shiv Sena prit le pouvoir en 1995 dans tout le Maharashtra, et débaptisa Bombay en "Mumbai". Quand Mehta rencontre le Guide suprême en juin 2000, sa résidence est protégée par 179 policiers. « Je sers la main au premier responsable de la destruction de la ville dans laquelle j'ai grandi » confesse l'auteur.

    Autre temps fort, l'enquête sur les gangsters et les chefs mafieux. L'enquêteur rencontre d'abord des petits malfrats et par leur bonne grâce il parvient à joindre leur hiérarchie: Chatta Sakeel est un de ces parrains, exilé au Pakistan après les attentats de Bombay. De passage à Dubaï pour y rencontrer Zameer, un pauvre gangster exilé, l'auteur réalise une étonnante interview téléphonique du parrain qui, finalement, lui promet aide et protection! Il a déjà celle d'Ajay, le flic le plus efficace du pays! La Compagnie-D est la plus forte de ces bandes, son chef est Dawood Ibrahim, il a connu Ben Laden en Afghanistan. Depuis 1994, Chotta Rajan a rompu avec Dawood. Ils se financent par toutes sortes de trafics, ont des liens avec diverses organisations terroristes, et blanchissent leurs roupies dans l'économie légale : hôtels, magasins, banques, réseaux câblés et bien sûr industrie du cinéma. [Sur le même sujet, l'épopée de Vikram Chandra «Sacred Games», Penguin India, N.Delhi, 2006. C.R. in Courrier international 877 du 23/08/2007].

    Ces personnages ne sont pas les derniers à mener grande vie dans les bars de Bombay où officient des danseuses. Au "Sapphire" l'auteur y rencontre aussi des amis de son oncle diamantaire. Tous viennent dévorer des yeux Mona Lisa, une belle plante de 25 ans, aux racines gujraties comme Suketu, une fille perdue qui conduit pieds nus sa Maruti sans savoir qu'elle imite Franoise Sagan, et qui, entre ses tentatives de suicide rêve de devenir Miss India, ou actrice, et devient une amie de l'auteur. Grâce à elle, il va en connaître un rayon sur la prostitution locale : le plus grand bordel est situé juste en face du siège du parti du Congrès.

    Ces proximités sont typiques de Bombay. Les réalisateurs les plus connus du petit monde de Bollywood sont régulièrement (!) menacés de racket par les hommes de la Compagnie-D (ou d'une autre organisation). Les films qu'ils projettent ne doivent déplaire ni aux hindouistes extrémistes ni aux musulmans fondamentalistes. A l'occasion on oublie que les Sikhs aussi peuvent se plaindre d'une mauvaise image. Suketu Mehta rencontre toutes les gloires, des acteurs comme Shahruk Khan et Amitabh Bacchan, ou des jeunes premiers comme Hrithik. Il participe même à un scénario de Vidhu Vinod Chopra. La séquence cinéma se termine en apothéose : destruction des décors par le feu…

    Mais le clou du bouquin est, selon moi, dans la dernière partie avec le récit de la diskha, la conversion  de la famille du diamantaire Ladhani au jaïnisme le plus strict. L'auteur assiste à la cérémonie donnée à Bombay dans le cadre de l'association des diamantaires. Puis il est invité au village de Dhanera où, après une fête ahurissante, Sevantibhaï et Rakshaben Ladhani se débarrassent de leurs biens devant leurs 35 000 invités. Sept mois après la cérémonie de la diksha, Suketu Mehta se rend au temple jaïn, dans le Gujerat, pour voir ce qu'ils sont devenus sous la direction de leur gourou Chandrashekhar Maharaj qui, après leur avoir arraché leurs biens, les déleste de leurs cheveux. Que ne ferait-on par pour effacer ses péchés et s'écarter de la samsara (la misérable existence d'ici-bas au milieu des plaisirs illicites de Bombay). Mais une mauvaise langue affirme à l'auteur qu'un chauffeur est prêt à aller les récupérer en Rolls si le dénuement leur pèse, et un autre proche suggère qu'ainsi le diamantaire échappe à la faillite à moins que ce ne soit aux menaces de Dawood.

    À lire absolument !


Suketu MEHTA
Bombay, maximum city
Traduit de l’anglais par Oristelle Bonis
Buchet-Chastel, 2006, 775 pages
Avec un lexique et une carte de la mégapole.






Mercredi 18 avril 2007



Pour rédiger ce passionnant essai sous-titré "Délires d'Occidentaux et sentiment océanique", Régis AIRAULT s'appuie sur son expérience personnelle de psychiatre rattaché à la représentation consulaire française de Bombay, sur plusieurs travaux scientifiques français, sans oublier de nombreuses références littéraires.

L'essai repose sur des études de cas de délirants et nous démontre qu'imputer le syndrome indien à la prise de drogue est très, très, secondaire. Car "Mother India" parle à l'inconscient du touriste, du routard ou de l'expatrié. Résultat : l'apparition rapide de troubles délirants, de “comportements étranges, comme celui de cette jeune fille qui courait dans les rues pour embrasser les vaches.” L'auteur a eu pour travail d'assurer le rapatriement des victimes de "Mother India" : comme le prouve le suivi réalisé sur dix ans, le délire cesse généralement comme par enchantement dès le retour du voyageur sur le sol natal.

Bombay, Bénarès, Calcutta ou le Syndrome indien

«Bombay est une moquette de glaviots, c'est de la diarrhée, jusqu'à la nourriture qui a une apparence fécale » affirme un résident.

Le choc de l'Inde se lit dès l'aéroport. En une minute le voyageur a plongé dans l'angoisse. « On n'a plus qu'une obsession : fuir. (…) Tout agresse: la foule, la moiteur ambiante, les bruits et les odeurs. Un seul but s'engouffrer dans un taxi jaune et noir et foncer se réfugier dans un hôtel du centre-ville. Dehors, dans la nuit, l'atmosphère est apocalyptique: des feux sur les bas-côtés de la rote dégagent une épaisse fumée évoquant un bombardements, des gens défilent, des vélos, des pneus, des travaux et encore des travaux, les tuyaux énormes des égouts de Bombay et, dessus, des dizaines d'enfants accroupis. Ouvrir la fenêtre : ça pue ; la fermer : on étouffe ; parler au chauffeur de taxi : "No speak english… Sida, sida" (c'est tout droit en hindi.)»


"L'Inde est un territoire à la fois poreux et totalement étanche " écrit Régis Airault qui nous propose quelques clefs pour comprendre : l'étonnante juxtaposition des religions, le maquis des castes, le patchwork humain… Tout un palimpseste à décrypter. C'est ça l'Inde : la pureté qui pousse sur l'abject. « Je voulais découvrir la dinguerie de l'Inde » confesse un patient. «Mais là-bas, c'était comme si on m'avait ouvert le cerveau et qu'on piochait dedans.» C'est le choc de Bénarès la ville-crématoire sur le Gange-Styx, l'omniprésence de la mort et l'indifférence des Indiens.

À cet égard, le chapitre intitulé "Le pèlerinage de Gandhi" est exemplaire : lors du voyage en autocar pour le pèlerinage d'Amarnath au Cachemire, un vieil Hindou à lunettes qui ressemble au Mahatma meurt au milieu des passagers. Les étrangers seuls s'en émeuvent. À un arrêt, un sadhou traîne sans ménagement le cadavre sur le bas-côté et demande dix roupies à l'auteur pour la cérémonie mortuaire de son "collègue" (pages 99-103).

Les expatriés ont eux aussi du mal à s'adapter. «Le Vice-Consul de Marguerite Duras illustre (…) les problèmes psychologiques rencontrés en Inde par les résidents. Dépression, angoisse et parfois délire reviennent à chaque chapitre et forment la trame du livre. Le thème principal est celui du délire meurtrier du vice-consul de Lahore, qui devient une sorte de bouc émissaire de la communauté européenne, car c'est celui qui a vraiment "craqué".» Il a tiré sur ses miroirs et sur les lépreux qui peuplaient le jardin de sa résidence de Lahore. Et à Calcutta le voilà qui prétend draguer notre ambassadrice — c'était au temps de l'Empire des Indes.

En 1926, Sir Ronald Ross déconseillait l'Inde tant aux personnes manquant de confiance en elles qu'aux personnes trop rigides ou racistes. Pour les uns, le voyage est pathologique. Ils allaient mal : l'Inde ne les guérit pas! Pour d'autres, c'est le voyage qui est pathogène. Tel s'empresse de brûler ses papiers d'identité et se retrouve en prison. Tel autre fait de la contrebande et se retrouve en prison. C'est l'Inde qui rend fou. Elle donne l'impression d'une fusion primitive avec le Grand Tout et que tout devient possible. C'est le sentiment océanique: "élan immense qui permet de communiquer avec le cosmos" pour reprendre les mots d'Henri Michaux, ou sensation "d'appartenance à l'universel" selon Freud (in Malaise dans la civilisation).

L'Éden existe, c'est à Goa !

L'auteur cède au charme de l'accueillante Goa. Avant de devenir la capitale touristique de nos tour operators, la ville des Portugais avait fait retour à l'Union indienne (1961) et était devenue un aspirateur à hippies partis à la recherche de l'Éden et d'un temps immobile dans des communautés. On y retrouve un entre-deux-mondes loin des tumultes et des contraintes de notre quotidien, qui convient à cette période de la vie qu'est l'adolescence —adolescence prolongée d'après les exemples qu'il donne à lire. « L'Inde méprise l'Occidental pressé qui n'accepte pas la règle du temps perdu.»

Après un examen savoureux des différentes catégories d'ashrams, la conclusion de l'auteur est optimiste et enthousiaste : jadis au centre du voyage initiatique cher aux Romantiques, l'Inde d'aujourd'hui reste le lieu de l'utopie, propice à toutes les initiations, le paradis retrouvé de la liberté et de l'insouciance.

Mais cette Inde-là est aussi… celle du boom économique, des délocalisations d'entreprise occidentales, des armées d'ingénieurs et d'informaticiens, et aussi des faux médicaments exportés en Afrique, des débilités de Bollywood et de l'appétit des requins de l'espèce Mittal.

Régis AIRAULT
FOUS DE L'INDE
Délires d'Occidentaux et sentiment océanique
1ère édition : Payot et Rivages, 2000
Petite Bibliothèque Payot, 2005, 240 pages.




Lundi 26 mars 2007
 


Cet écrivain du Kérala (sud de l'Inde) a vécu de 1910 à 1994 et commencé à écrire peu avant l'Indépendance. Cinq nouvelles à l'écriture classique, "Les Murs et autres histoires (d'amour)", éclairent la manière de l'auteur dans les années 40-60. Chaque texte met en scène une femme et un narrateur.

La plus longue, " Les Murs ", évoque une histoire d'amour qui naît entre deux prisonniers de part et d'autre du mur qui sépare les hommes et les femmes. Narayani est l'une des 87 femmes. Le prisonnier Basheer se retrouve momentanément seul prisonnier de la section des politiques. Le mur est haut. Ils ne se voient pas. Ils projettent de se rencontrer à l'infirmerie.

" L'Anneau d'or " raconte un pari sur le sexe de l'enfant à naître. La mère a hérité d'un anneau d'or à la longue histoire. Le père est musulman. Les autres parieurs sont hindous.

" La Lettre d'amour"  est écrite par le locataire Keshavan Nayer à l'intention de la jeune Saramma, fille du propriétaire. Elle ne semble pas le prendre au sérieux. Mais sait-on jamais ?

Dans " Cherchez le diable ", le narrateur va prendre congé de Narasimha le professeur de hindi. Il ne rencontre qu'une jeune fille baillonnée, nue et tachée de sang.

Dans " la lumière bleue ", le narrateur s'installe dans une maison où jadis la belle Bargavi s'est jetée dans le puits par désespoir amoureux.



Vaikom Muhammad BASHEER
"Les Murs" et autres histoires (d'amour)
Traduit du malayalam par Dominique Vitalyos
ZULMA, 2007, 183 p.


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