Wodka par Mapero

 S'ouvrir au monde sans pour autant sacrifier au relativisme culturel qui n'est que mépris de l'Autre.


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ANTHROPOLOGIE

Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 11:53

Dans ce nouvel essai, G. Guille-Escuret synthétise ses trois volumes consacrés à "la sociologie du cannibalisme" en Afrique, puis en Asie-Océanie, enfin en Amérique. Pour lui, toute réflexion sur l'anthropophagie est faussée par l'à priori idéologique qui oppose la civilisation au cannibalisme, laGuille-escuret les mangeurs culture à la nature. Se référant à Montaigne et aux analyses de Descola, Guille confronte cannibales et civilisés. L'écrivain notait déjà, à propos des brésiliens Tupinambas, que l'homme mangé "est tué, non pas vaincu". Il invitait les Européens à réfléchir à leur barbarie colonisatrice cachée sous leur prétendue bienveillance à l'égard du "bon sauvage". Guille invite à cette démarche : c'est en comparant les cultures exotiques et occidentales, non en les opposant, que l'anthropologie portera enfin au cannibalisme l'intérêt qu'il mérite : en le replaçant dans son contexte pour le comprendre de l'intérieur, elle deviendra une vraie science de l'homme.

Tout tient dans le regard, trop souvent ethnocentré, que l'observateur occidental porte sur sa civilisation et sur celles des sociétés dites "primitives". Le mangeur d'autres n'est pas un fauve mu par des pulsions instinctives, conditionné par la seule nature. G.Guille montre bien qu'aucune de ces sociétés, même sans histoire ni écriture, même en symbiose avec le milieu naturel, n'est dépourvue de culture : quel exemple plus convaincant que celui des Aztèques, civilisation hautement cultivée et qui pratiquait les sacrifices humains? De plus, toutes les sociétés primitives réglementaient la manducation d'autrui, voire même la prohibaient. Hormis de rares cas d'endocannibalisme alimentaire, l'anthropophage n'ingère pas n'importe qui : il a du respect pour sa proie, il se voit en elle comme dans un miroir et ne mange que son égal : s'il absorbe les parties nobles d'un guerrier ennemi c'est pour bénéficier de sa force et de son courage ; s'il ingère les viscères d'un ancêtre défunt —tels les Papous de Nouvelle-Guinée—, c'est pour accéder à sa sagesse. Jamais le cannibale ne mange un inférieur qu'il méprise.

On ne peut davantage soutenir aujourd'hui l'opposition Nature-Culture que celle du cannibale et du civilisé . Selon l'auteur, nous autres occidentaux avons assimilé la culture à notre progrès technique et bestialisé puis diabolisé les autres cultures. Or elles ne sont pas moins civilisées que la nôtre : nous sommes des "cannibales civilisés". Nous refusons de reconnaître que nous pratiquons aussi, sous d'autres formes, la destruction d'autrui : nous avons seulement substitué la domination à la prédation. Même si les Occidentaux de l'époque moderne n'ont jamais mangé d'autres hommes —sauf cas exceptionnel comme cet avion naufragé dans les Andes—, les carnages de Verdun, Auschwitz, Hiroshima, attestent de la barbarie bestiale des "civilisés" occidentaux, pire que celle des cannibales, car fondée sur le mépris et la haine de l'autre : "Si l'on parle de débauche de violence, les guerriers prédateurs (…) maoris, iroquois ou tupis s'astreignent souvent à une retenue que les soldats de métier oublient de temps à autre".

C'est une fable illusoire de croire que le progrès développerait le sens moral et, en les déliant de la nature, ferait des sociétés "avancées" les seules sociétés de culture. S'offusquer par principe du cannibalisme c'est refuser de le comprendre et donc de nous mettre en question.

 Georges GUILLE-ESCURET. Les Mangeurs d'Autres. Civilisation et cannibalisme. Collection "Les cahiers de l'homme", EHESS, 2012, 292 pages.

 

voir aussi de : Georges GUILLE-ESCURET — Du Cannibalisme

Par Kate - Publié dans : ANTHROPOLOGIE
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Mardi 28 février 2012 2 28 /02 /Fév /2012 16:31

Tous borderline ? À lire cet ouvrage on serait tenté de le croire mais les auteurs nous mettent en garde : si on peut reconnaître dans ces pages certains de nos troubles de l'humeur, seule leur accumulation et leur récurrence pourra permettre à un thérapeute d'identifier un réel T.P.B.(trouble de la personnalité borderline). En revanche, que les borderlines déclarés ne s'inquiètent Borderlines.jpegpas : leur trouble évolue et guérit dans la plupart des cas après deux ans de psychothérapie et quelques remèdes appropriés. Reste qu'il est difficile d'en cerner les symptômes, très variables et intermittents, très dépendants du contexte plus ou moins stressant de l'existence.
• Ils affectent le comportement : hypersensible très impulsif et irritable, le borderline vit des relations humaines chaotiques en raison de sa difficulté à gérer ses émotions comme ses réactions, souvent inadaptées et excessives. Très anxieux, angoissé sans raison valable, le borderline n'est guère optimiste, habité par la tristesse et l'ennui. Peu apte à l'empathie positive, il interprète souvent mal les comportements d'autrui : lui qui a tant besoin de protection, qui craint la solitude, se croit vite mal aimé ; très susceptible et dépendant, il a tendance à dévorer qui l'aime. Sous ses formes les plus graves, le T.P.B. peut pousser à l'automutilation comme aux tentatives suicidaires, à la drogue, à l'alcool ou à la boulimie : se faire du mal lui donne la sensation d'exister, d'être plein, lui qui éprouve tant le sentiment de vide intérieur. Car le borderline souffre d'un profond trouble identitaire : une image négative de soi, jusqu'à la haine de lui-même.
Les causes du T.P.B. restent difficiles à déterminer : on note toutefois qu'elles s'enracinent souvent chez des personnes génétiquement déficitaires en sérotonine, ou dans la petite enfance : maltraitante sexuelle, violence physique ou psychologique, excès d'autorité maternel ou froideur affective.
• Il ne faut cependant pas confondre cet état limite, variable en fréquence comme en intensité, avec la dépression, la schizophrénie ou le trouble bipolaire : et la psychanalyse n'en guérit pas.
À la différence des pays anglo-saxons, on s'intéresse peu en France à ce trouble de la personnalité pourtant de plus en plus répandu, surtout parmi les femmes ; dans les sociétés occidentales contemporaines, l'expansion de l'individualisme, l'obligation d'autonomie, le relâchement des liens sociaux expliquent son développement. Si beaucoup ont conscience d'être borderline, seul un réel désir d'aller mieux en se faisant aider d'un thérapeute leur permettra de vivre des relations apaisées à eux-mêmes comme aux autres.
Pr Bernard GRANGER, Daria KARAKLIC : Les Borderlines. Odile Jacob, 2012, 183 pages.


Par Kate - Publié dans : ANTHROPOLOGIE
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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 07:20

O.Morin, spécialiste en sciences cognitives, condense dans cet ouvrage l'essentiel de sa thèse de doctorat, exposant pour les réfuter ensuite des points de vue afférant à sa problématique : pourquoi, comment une minorité de traditions perdure-t-elle dans l'espace et le temps? et pourquoi Morin-Traditions.gif sont-elles plus nombreuses dans les sociétés humaines que dans les autres sociétés animales?

Dans la ligne de chercheurs comme Sperber ou Tarde, O.Morin se recommande de l'épidémiologie culturelle, qui s'intéresse à la forme mentale des traditions et les apprécie en termes quantitatifs et non qualitatifs, à l'inverse de la psychologie sociale. Selon l'auteur, les traditions ce sont « des idées, des pratiques, des savoirs qui se diffusent par transmission sur des échelles d'espace et de temps importantes et constituent, par accumulation, la culture humaine ». Alors que l'on a souvent des traditions une conception passéiste et conservatrice, Morin montre que parmi les modes en tous domaines qui naissent au quotidien quelques-unes deviendront des traditions pour les générations à venir grâce à leur transmission entre individus. Celle-ci peut-être verticale, de parents à enfants, mais aussi, on y songe moins, horizontale : les enfants apprennent des adultes mais également de leurs pairs, en les imitant ; les comptines comme "Am Stram Gram" par exemple, ou le jeu du foulard constituent des traditions stables des cours de récréation. Il en est de même pour les règles des bonnes manières : on les croit, à tort, liées à un milieu social ; en fait Morin montre qu'elles sont respectées non seulement par conservatisme ou conformisme mais surtout parce que ne pas les suivre susciterait des émotions inacceptables comme le dégoût. Ainsi l'actuel succès du gore et du trash relève de la mode mais ne fondera pas une nouvelle tradition. Olivier Morin éclaire ainsi les conditions de pérennisation de certaines pratiques.

On les transmet souvent par communication non ostensible, involontaire ; elles se propagent alors par imitation, processus commun aux sociétés animales : certains grands chimpanzés transmettent des techniques de cassage des noix, les dauphins et les mésanges bleues communiquent par des sons ; ce sont bien des traditions, mais limitées, instinctives, sans que l'animal en ait conscience.

Or l'homme, lui, est un « imitateur flexible » qui ne saurait reproduire servilement une pratique ; on la déforme, on l'adapte, témoin le jeu du téléphone arabe : plus on transmet le message, plus il se modifie jusqu'à être sémantiquement "usé": c'est le premier risque d'échec à la transmission d'une pratique. Le second, c'est son insuccès. Pour durer, une technique, un savoir, doivent être attractifs ou utiles au plus grand nombre ; plus leur chaîne de diffusion s'étend en des lieux divers et sur une longue durée, plus ils deviendront des traditions. En revanche, une pratique peut se transformer et gagner en succès, comme l'Anglais, par exemple : plus on le parle, plus il perd de sa complexité syntaxique et grammaticale et plus il se répand.

Toutefois, dans les sociétés humaines, on transmet surtout par communication ostensible : l'émetteur manifeste à son récepteur son intention de lui faire passer une information, par le langage mais aussi par les gestes, les attitudes. Et cette situation d'apprentissage en se rencontre pas seulement dans la relation d'enseignement.

Si une pratique présente un attrait cognitif ou motivationnel, elle prolifère par sa large diffusion et intègre l'ensemble des traditions. Leur accumulation au fil du temps a peu à peu constitué, par accumulation, la culture humaine : selon Morin, nous sommes, quoique nous en ayons, des « animaux culturels ». Et même si les sociétés animales ont leurs cultures, elles demeurent propres à une espèce et à un certain contexte environnemental limité.

Dans cet essai très technique et scientifique, O.Morin associe anthropologie et sciences cognitives. Si la conception des traditions qu'il défend diffère du sens commun, il ne s'en pose ni en défenseur ni en détracteur. Tout au plus suggère-t-il, sans s'y attarder, que la diversité culturelle pourrait contribuer, à l'avenir, à réduire le nombre des traditions.

On regrette que, dans sa chronique du "Monde des Livres", Louis-Georges Tin ne respecte guère le contenu de cet éclairant ouvrage.

Olivier MORIN : Comment les traditions naissent et meurent. La transmission culturelle. Odile Jacob, octobre 2011, 290 pages.

 

 

 

Par Kate - Publié dans : ANTHROPOLOGIE
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Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 07:08

La rencontre des cultures est plus fréquente qu'autrefois du fait de la mondialisation. Invoquant les recherches d'Amselle, Appadurai, Bhabha, Gruzinski et quelques autres, J. Souty nous donne un petit essai d'anthropologie sociale à la gloire de la diversité, de la mixité, de l'hybridation culturelles, Souty.giftoujours bien vivantes, auxquelles les propos si convenus d'une uniformisation par les marchés ne laisseraient plus d'espace. Identités multiples, métissages, créolisation, sont donc ce qui se joue dans les huit exemples qui forment la base de cet essai.

On lira particulièrement les pages consacrées à l'île de Mozambique qui comme bien des îles est en avance en matière de rencontre interethnique et religieuse ; à la cuisine méditerranéenne ouverte depuis des lustres aux fruits et épices du monde ; au syncrétisme religieux du Brésil avec des éléments africains antérieurs à la traite et une symbiose entre orixas et saints catholiques. Les pages consacrées à Bollywood introduisent à une "indianisation" du 7è art, des danses et des chants tenant plus de place qu'en Occident, tandis que le scénario s'adapte tant que film n'est pas achevé. Autre adaptation, cette fois liée à un homme : la bibliothèque d'Aby Warburg se voulait innovante pour l'approche de la Renaissance, mais après avoir fui le nazisme cet érudit est allé se faire ethnologue pour entrer en contact avec les Indiens Pueblos. Il me semble que les pages sur l'art contemporain apportent à la fois du positif et du négatif dans la démonstration : si l'art africain ou océanien a donné des modèles d'ouverture culturelle aux artistes européens vers 1900, en revanche les exploits technologiques d'un Anish Kapoor ou d'un Jeff Koons sont une quintessence de la spéculation : l'art est ailleurs.

Pour finir, je reconnais que les pages sur Internet et sur la traduction m'ont moins convaincu — l'exemple du Parlement européen ne m'a pas paru pertinent sauf à confondre culture et administration des ressources humaines.

Jérôme SOUTY - La Rencontre des Cultures.  Le Cavalier Bleu éd., 2011, 187 pages.

 

Par Mapero - Publié dans : ANTHROPOLOGIE
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Dimanche 10 juillet 2011 7 10 /07 /Juil /2011 17:22

Même si J.P. Lachaux, directeur de recherche à l' INSERM, prétend vulgariser la connaissance des grandes fonctions cognitives, son ouvrage n'en demeure pas moins très technique et complexe. Toutefois il explique clairement, en particulier les Lachaux-Cerveau-attentif.jpegexpérimentations de laboratoire ; les neurosciences et l'imagerie médicale permettent d'observer le cerveau en train de réfléchir : passionnant! Par ailleurs, Lachaux nous fait comprendre ce qu'est l'attention, en éclaire le fonctionnement afin que chacun puisse mieux apprivoiser cette compétence qui s'entraîne comme les muscles selon lui.

Phénomène biologique, l'attention est une faculté, une fonction cognitive ; comme la mémoire, on ne peut la mesurer en laboratoire, mais on en constate les effets. Il faut savoir qu'elle demeure capricieuse, instable : nous n'en avons pas plus le total contrôle que de notre corps ou de notre esprit. L'inconscient y joue son rôle, tout comme les automatismes et les habitudes.

Internet, la T.V., la publicité ou les téléphones portables, tous ces stimuli sollicitent en permanence l'attention : elle y répond spontanément, selon leur saillance et la subjectivité personnelle. On entend sans écouter, on regarde sans voir ce qui ne nous semble pas important. De plus, tout ce qui suscite plaisir et récompense détourne l'attention. Le cerveau se laisse aller à cette captation émotionnelle ou cognitive — l'élève de terminale rêve à ses vacances et n'entend plus le professeur… À l'inverse, l'hyperfocalisation sur l'objectif — la réussite au bac par exemple— fait oublier à l'étudiant le contexte extérieur et peut le mener à l'échec, tout autant que la dispersion de son attention s'il entend réviser sans ordre ni méthode. Il faut éviter ces deux extrêmes, mais ne pas redouter la distraction : voulue ou non, si elle est brève, elle détourne notre système exécutif cérébral et en relâche la tension. Il faut ménager ces micro-temps de pause pour éviter que l'attention n'échappe : Lachaux y insiste, une bonne attention reste fluide : à chacun de lui accorder ses laps d'intermittence.

Comment la mobiliser sans jamais la contraindre? En la programmant bien.

Si l'on se fixe un unique objectif clair — si l'on donne à un enfant une seule consigne précise — associé à une solide motivation, l'attention se stabilise et permet la concentration : si son succès à l'examen fait sens pour lui, l'étudiant éteint la T.V. et révise. Dès lors, le cerveau cognitif peut anticiper, organiser et mettre en œuvre les processus adaptés, à condition qu'il ne vise qu'un objectif après l'autre : c'est en décomposant les tâches à effectuer, en ne cherchant pas à tout mémoriser, en s'accordant un peu de lâcher-prise que l'attention se maintient.

Selon l'auteur, on peut apprendre à entraîner son attention : combien de minutes réussit-on à marcher dans la rue en regardant droit devant soi, sans porter les yeux sur les visages croisés ni les vitrines? Combien de temps parvient-on, isolé et en silence, à se concentrer sur sa propre respiration ?

Chacun peut essayer, s'il en a la motivation et la volonté : cette décision dépend de notre libre-arbitre, que les neurosciences n'ont pas encore localisé dans notre cerveau.

 

Jean-Philippe LACHAUX  : Le Cerveau attentif. Contrôle, maîtrise et lâcher-prise. Odile Jacob, 2011, 369 pages.

 

Par Kate - Publié dans : ANTHROPOLOGIE
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Mercredi 27 avril 2011 3 27 /04 /Avr /2011 08:21

Que signifie la transe, cet état "hors de soi"? Quelle est sa fonction? À l'aide de nombreux exemples très documentés, C.Clément montre son caractère universel : en tous pays, à toutes époques, et encore au XXI° siècle, certains psychismes éprouvent ce "besoin de disparaître", de "s'éclipser de la vie": la manifestation du désir repousse alors les limites corporelles, l'esprit tend à l'abolition de l'enveloppe charnelle dans cette "petite mort". Le "coup de foudre" constitue l'une des formes de cet "appel de la transe": frappés, Clement-Transe.jpgmutuellement sidérés, les deux épris s'absentent du monde, éternels Gueniévre et Lancelot...
Qu'il s'agisse des possédées de Loudun , des chanteurs rock ou des chamanes, l'esprit de ceux qui entrent en transe, habité par des formes de spiritualité, –Dieu, diables, génies…–, peut alors tout sur leur corps. Mais la transe ne surgit pas spontanément, on la provoque ; et elle ne tue pas, on l'encadre, on soigne l'être en transe pour éviter qu'il n'en meure. C'est le cas lors des rituels d'initiation des adolescents dans les cultures non européennes : il leur faut éprouver la frayeur, la loi douloureuse : passer par "la mort" pour renaître adultes. Les maîtres(esses) suscitent la transe par la danse, ou, comme Hitler, par la voix ; la consommation de champignons hallucinogènes, d'ergot de seigle –"le mal des ardents"– déclenchent les visions : alors le corps secoué s'arque en "pont hystérique", l'individu en état second rampe ou aboie, réuni à son "daimon", son double animal… Corps percé, brûlé, lacéré, sans ressentir aucune souffrance.
Si, selon l'auteur, personne n'y échappe – la colère "noire" qui "met hors de soi", la violence "aveugle" qui assassine, signes d'un désir de s'"éclipser de sa vie"–, il n'en reste pas moins évident que l'appel de la transe relève, comme l'écrivait Levi-Strauss, de pathologies individuelles, d'esprits insoumis, différents des "gens normaux" aliénés aux règles sociales.
Les adolescents y sont particulièrement exposés : notre société ayant aboli tout rite de passage à l'âge adulte, beaucoup de jeunes pratiquent la transe sans apprentissage ni discipline: binge drinking ou toxicomanie, ils "s'éclatent" mais mettent leur vie en danger. On incarcère, on interne ces semeurs de désordre, ces hystériques de NTM assoiffés de nouveau...
L'esprit qui peut tout sur le corps mène certaines femmes à dénier leur grossesse – qui reste alors invisible –, ou à étouffer et congeler leur bébé : l'accouchement, autre forme de la transe, mène certaines parturientes "possédées" à tuer dans une "éclipse de vie", un désir de "se mettre en vacances" de leur existence...
Rimbaud voulait "changer la vie": comme lui, ces esprits appelés par la transe, rebelles à notre vie sociale, représentent pour C.Clément des voyants prophétiques. Grâce à eux le "pathologique" devient peu à peu "normal" : en état de transe, l'homme change d'espèce et se fait animal ; ou change de genre et le chamane devient "l'homme en femme": le 3° genre. Or, depuis 2010, en France, on ne considère plus les intersexués comme des malades mentaux : c'est bien à partir de ses marges qu'une société évolue.

Catherine CLEMENT  -  L'appel de la transe  - Stock, 2011, 210 pages.


Par Kate - Publié dans : ANTHROPOLOGIE
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Vendredi 8 avril 2011 5 08 /04 /Avr /2011 07:25

On a oublié que le colorisme n'est pas consécutif  à l'esclavage des noirs au 16°siècle. Avant même l'antiquité la couleur de la peau servait de marqueur d'identité sexuelle distinguant l'hommePeter-Frost.jpg de la femme, sans connotation péjorative. En revanche, les discours religieux des premiers chrétiens puis des théologiens de l'islam ont très vite associé la peau noire au mal ; néanmoins, en toutes cultures, la préférence pour la femme à teint pâle reste constante : c'est le "syndrome de Blanche-Neige", attesté par la littérature et la peinture – et illustré par la représentation, en couverture, de notables égyptiens en 1400 avant notre ère. Même dans des populations qui n'avaient encore jamais vu un blanc, ou qui ne connurent pas la colonisation –Ethiopie,  Japon–, le teint féminin pâle incarne la beauté, la fragilité ; le teint masculin brun, la force et le courage ; un homme pâle est jugé efféminé en Afrique, s'il a le "foie blanc" c'est un lâche ; une femme trop noire est un femme "qui ne se lave pas". D'ailleurs, l'Othello de Shakespeare, maure noir, apparaît sympathique, roi chrétien et guerrier courageux. De fait, la carnation partout plus claire du visage féminin tient à ce que sa peau contient moins de mélanine et d'hémoglobine, et une moindre couche de graisse, outre le rôle des hormones. Au 16° siècle, l'arrivée massive de migrants "noirs" a transformé la représentation mentale que s'en faisaient les "peaux blanches": de signe distinctif homme-femme, la couleur de peau devint un signe distinctif européens-non européens.

• Les Romains réduisaient en esclavage les hommes noirs, non en raison de leur couleur, mais parce qu'ils constituaient des butins de guerre. Au Moyen-Orient, les esclaves blancs valaient plus cher, étaient mieux traités et les femmes de peau claire justifiaient la "traite des blanches". Bien avant le 16° siècle, et encore de nos jours, la femme s'applique à éclaircir son teint : la blancheur devient aussi un marqueur social distinguant la paysanne à peau sombre, ou l'indienne de basse caste, de la femme plus aisée qui se protège du soleil et peut se procurer cosmétiques et décolorants – telles les actrices du Bollywood à la carnation très pâle. Notons que les albinos ont toujours et en toute culture constitué l'exception : homme comme femme, ces cas génétiques restent des exclus sociaux, signes de malheur.

Si, avant le 16°s., le colorisme n'était pas un marqueur de discrimination raciale, il n'en était pas moins lourd de signification religieuse. L'Église comme l'Islam associent la noirceur au péché : l'Éthiopien incarne souvent le diable. Même si ces deux religions prônent l'égalité et la fraternité universelles, la malédiction divine qui frappa Cham et sa descendance - la race de Canaan-, a marqué les esprits.

• La valorisation transculturelle de la pâleur féminine a reculé au cours du 20° siècle : les nombreux métissages ne permettent plus de différencier les sexes par la carnation ; la mode du bronzage, réputé source de santé, assombrit les teints clairs ; enfin, le mouvement d'émancipation féminine a rejeté dans l'obsolescence l'image idéale de la femme pâle et fragile.

L'importance accordée à la couleur de peau n'est pas consécutive à l'esclavage des noirs à partir du 16° siècle ; elle a toujours constitué en toutes cultures un marqueur d'identité sexuelle – associant la beauté à la pâleur féminine–,ou d'idéologie religieuse – associant la blancheur au bien – sans jamais fonctionner comme marqueur de stigmatisation raciale. Des chercheurs ont tenté de justifier ce syndrome universel de Blanche-Neige et ont posé l'hypothèse d'un algorithme mental, un "précablâge" du cerveau humain, comme un fond de nature perdurant sous la culture : P.Frost demeure sceptique…Il n'en reste pas moins vrai qu'il n'existe aucun consensus sur l'histoire sociale de la couleur de peau et de ses représentations mentales.

Peter FROST  -  Femmes claires, hommes foncés. Les racines oubliées du colorisme.

Presses de l'Université Laval, novembre 2010, XX + 202 pages.

 

 

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Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 16:36

Philosophe et historien de la psychologie, B. Méheust s'intéresse aux sciences psychiques, à la parapsychologie si dédaignée aujourd'hui encore en France ; il nous amène à  mettre en question nos certitudes d'Occidentaux rationalistes et cherche à "provoquer l'étonnement » —sens premier du "miracle".

• Récusant les termes de "voyance" et de "divination", trop flous et détournés par l'usage médiatique, il Meheust-Miracles.pnginterroge les phénomènes paranormaux vécus par une minorité de personnes douées d'un "sixième sens": clairvoyants, médiums, artistes hypersensibles.., lors d'états modifiés de conscience, se portent par l'esprit vers des cibles éloignées dans le temps comme dans l'espace et en ramènent des informations. Ces cas posent la question des capacités de la mémoire : apte à restituer le passé, mais aussi prédictive d'événements qui n'ont pas encore eu lieu. Précognition, télépathie, télékinésie — "métagnomie" selon Meheust—, attestées depuis des millénaires, plus ou moins valorisées selon les époques et les cultures, révèlent l'existence d'une métamémoire indépendante de l'espace, du temps comme de la conscience individuelle.

• L'auteur cite des clairvoyants célèbres mais aussi des faits avérés de perception paranormale, tels le captage mémoriel chez ces petits enfants de moins de trois ans qui racontent leur vie antérieure, ou les personnes qui, après une transplantation d'organe, sont envahies par la mémoire de leur donneur, ou les cas de prémonition d'une tragédie. Cette forme spécifique de lien au réel habite également les grands créateurs : Méheust convoque Baudelaire et Proust. Mesmer, Swedenborg, Schopenhauer les ont nourris : la théorie baudelairienne des "correspondances" illustre cette conscience mémorielle infinie ; la mémoire involontaire, spontanée, que Proust expérimente par le truchement d'une petite madeleine ou des pavés disjoints d'une cour d'hôtel lui permet de "retrouver le temps perdu": car le passé reste présent, et l'espace sans frontières pour ces artistes en symbiose avec le cosmos.

• Or, cette métamémoire, que l'on retrouve chez Bergson et dans l'inconscient freudien, a été réfutée par le rationalisme de Fontenelle et des philosophes des Lumières ; scientisme et positivisme ont déclarée obsolète cette perception psychique, même si la démarche divinatoire des Grecs reste à leurs yeux féconde puisqu'elle a, en son temps, engendré la philosophie. Et cette hégémonie de la rationalité est à l'origine de notre conception réductrice de l'individu : matérialiste, causaliste et localiste, comme une entité séparée du reste du monde et dont l'esprit, prisonnier d'un corps situé dans l'espace et le temps, serait formaté pour l'action. Cette représentation de l'individualité n'est qu'une construction socioculturelle contestable : car, dans les cultures non-occidentales, l'individu séparé n'existe pas : chacun n'y est qu'un élément dans une lignée et un carrefour d'influx magnétiques qui le traversent et le relient au tout de l'univers ; et tout être humain est virtuellement omniscient affirme Méheust.

C'est l'inverse du discours des neurosciences qui prétend que la seule chimie du cerveau produirait la pensée ; or il s'avère que celui-ci n'est pas l'organe qui la crée, mais l'outil dans lequel elle s'incarne : car l'esprit déborde le corps, la métamémoire relie chacun de nous au passé comme au futur, à l'ici comme à l'ailleurs… On retrouve là la" pensée primitive" de Lévy-Bruhl, la "pensée sauvage" de Lévi-Strauss : non seulement celle des sauvages "primitifs" mais la nôtre également : le chaman qui voit à distance, le sorcier africain qui sait tout d'une personne grâce à une rognure d'ongle sont des canaux de manifestation de l'esprit. En rejetant ces phénomènes paranormaux attestés par les missionnaires et les anthropologues, on a voulu faire croire à une différence de nature humaine entre l'homme blanc et les autres : il n'y en a pas.

Certes, pouvoir se souvenir de choses que nous n'avons pas connues, d'un événement qui ne s'est pas encore produit offusque notre rationalisme qui refoule et inhibe ce qu'il  ne peut prouver, reproduire en laboratoire. Pourtant ces potentialités de l'esprit humain habitent les plus clairvoyants. Cette réflexion sur la mémoire peut troubler, laisser dubitatif ou sceptique, mais non indifférent : les pouvoirs de l'esprit outrepassent les certitudes apparentes et ouvrent à la profondeur cosmique.

Bertrand MÉHEUST  -  Les miracles de l'esprit

Les empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2011, 281 pages.


 

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Mardi 1 février 2011 2 01 /02 /Fév /2011 10:00

Comment un homme peut-il en venir à tuer, découper et manger une partie du corps de son semblable en France en 2007? N.Deliez et J.Mignot, journalistes indépendants, ont enquêté trois ans auprès des cannibale-de-rouen.jpegtémoins pour comprendre le profil de ce criminel hors norme, Nicolas Cocaign. Le cannibalisme a toujours existé et peut sporadiquement réapparaître n'importe où ; le cas de Nicolas semble relever à la fois du cannibalisme – ingérer son ennemi, ultime expression de sa domination –, du cannibalisme spirituel – manger l'autre pour s'approprier sa force –, et nutritionnel – aimer le goût de la chair humaine –, plutôt que du seul cannibalisme sexuel. Les auteurs incitent à dépasser la réaction de répulsion : ce criminel n'est pas un monstre, mais un simple être humain, jugé aux assises de Seine Maritime en juin 2010, pour avoir tué un de ses codétenus, puis cuisiné et ingéré 250 grammes de son poumon, croyant « manger son coeur pour lui prendre son âme », en janvier 2007, à la prison de Rouen, sous le regard terrifié du troisième prisonnier.

Né sous X, en 1971, d'une mère « malade psychiatrique, mythomane et intellec-tuellement déficiente », confié à la pouponnière de la DDASS, Nicolas souffre déjà de retards multiples et de difficultés de langage. À deux ans, il est adopté par un couple qui a dépassé la quarantaine : peu de câlins ni de baisers de la mère, et le père n'a aucune autorité sur l'enfant. Vers sept ans, ces parents lui révèlent l'adoption. Nicolas restera hanté du besoin de trouver sa vraie mère ; malgré ses recherches cette quête identitaire inaboutie constituera un des principaux éléments perturbateurs de son avenir. Son éducation est chaotique ; crises de rage, échecs scolaires, violé à treize ans par un éducateur de colonie : viennent le premier vol, les joints, l'alcool. Nicolas erre de centres de placement en stages à l'hôpital : il ne peut tenir aucun emploi, ni respecter aucune règle… Il finit par vivre avec les marginaux du quartier de la gare de Rouen, se met en couple avec une copine borderline, se livre sur elle à des jeux sadomasos. Pour s'acheter de la drogue, il soutire de l'argent à ses parents en les menaçant d'une arme ; mais « longtemps ils ont la faiblesse de répondre à toutes ses demandes.» Dès 1997 c'est la descente aux enfers : paranoïaque, schizophrène, Nicolas ne peut réfréner des pulsions sexuelles ni sa violence ; il interrompt ses traitements qui l'abrutissent sans le soigner ; alors lucide, il a pleinement conscience d'être malade et dangereux. Fasciné par le satanisme, il se fait tatouer des figures diaboliques... Dès lors, sa mère alerte à maintes reprises les institutions sur le danger public que son fils représente ; lui-même réclame la castration chimique en 1998 ; sa copine porte plainte car il a menacé de la tuer et lui a confié : « j'aimerais goûter de la chair humaine!»: les gendarmes ne la prennent pas au sérieux tant que Nicolas n'a rien fait de grave…

Les journalistes dénoncent une scandaleuse absence d'écoute et de considération : les parents adoptifs ne pouvaient faire face, et malgré les alertes répétées du prévenu et de sa mère, les institutions  — psychiatres inclus –, n'ont jamais pris conscience de la gravité de son cas. En outre, le personnel pénitentiaire, à chacune de ses incarcérations, n'a jamais eu connaissance du dossier médical de Nicolas. Enfin, le tribunal l'a jugé responsable de son acte cannibale : il est donc incarcéré sans aucun traitement psychiatrique ; s'il avait été reconnu "fou", et irresponsable, on l'aurait placé et soigné dans une Unité pour Malades Difficiles... Libérable en 2027, qui peut affirmer que Nicolas ne réitérera pas?

Nicolas DELIEZ et Julien MIGNOT  -  Le Cannibale de Rouen  - François Bourin éditeur, 2010, 235 pages.

 

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Mardi 4 janvier 2011 2 04 /01 /Jan /2011 17:04

Cet ouvrage d'anthropologie historique constitue le premier volume d'une vaste recherche. Consacré à l'Afrique, les deux suivants concerneront l'Asie-Océanie puis le continent américain. Chercheur au Guille-Cannibalisme.jpg CNRS, M. Guille-Escuret entend dénoncer le rejet autant que les interprétations tendancieuses du cannibalisme par l'anthropologie occidentale. Cette "science de civilisés" a de tout temps considéré l'anthropophagie comme relevant de la préhistoire et de la bestialité et refusé d'y voir un sujet d'étude. "L'anthropologie ne digère pas le cannibalisme" et l'auteur en révèle les raisons. Il est trop facile de le reléguer du côté de la "Nature" et de le croire disparu quand une société entre dans la "culture", et dans l'Histoire : même les sociétés les plus primitives ne considéraient pas l'anthropophagie comme normale, et la civilisation ne l'a pas éradiquée.

Selon la conception darwinienne de l'évolution, les hommes des sociétés primitives et acéphales, nomades de la forêt, se seraient livrés à la prédation de leurs semblables pour satisfaire leurs instincts bestiaux. En revanche, lorsqu'apparurent des sociétés d'hommes sédentaires, au pouvoir politique fort, de religion monothéiste, structurées selon une forte hiérarchie et une nette spécialisation des tâches, les instincts sociaux auraient prévalu ; le sentiment de sympathie envers autrui et la protection des faibles, l'entrée dans la civilisation, auraient entraîné l'exténuation progressive du cannibalisme.

Cette conception est erronée selon l'auteur. Lors des diverses colonisations ont sévi des "nations cannibales", civilisées et pourtant exterminatrices des indigènes ; dans des sociétés désormais entrées dans l'Histoire le cannibalisme se manifeste, toujours sporadique et très localisé : au Libéria, les enfants-soldats, sous l'influence des sorciers et des drogues, mangent leurs ennemis : le despotisme a récupéré l'anthropophagie.

Les plus anciens textes comme les témoignages recueillis par M.Guille-Escuret en Centrafrique attestent que l'anthropophage n'est pas un fauve dévorateur aux antipodes du civilisé. Il faut distinguer la chasse de la guerre : même les sociétés les plus primitives ont refusé la prédation du congénère, sauf dans des situations de graves crises sociales ou apparaissent des cas d'endocannibalisme alimentaire par exemple. La chasse aux têtes, l'exocannibalisme guerrier et l'anthropophagie funéraire sont moins rares et portent une signification symbolique. L'homme mange son égal politique, ou l'esclave, butin de guerre : en ingérant cette "chair noble" de combattant, ou une partie du corps d'un défunt, il en assimile la puissance et accroît sa propre force : l'horreur de la manducation grandit son honneur. Mais jamais l'homme noir ne mange un inférieur, un serviteur.

Selon l'auteur, la colonisation a réactivé, voire déclenché le cannibalisme en Afrique de l'Ouest. On ne peut prétendre, comme Sarkozy dans le discours de Dakar, que ces sociétés étaient alors hors de l'Histoire, qui subirent des siècles de traite! C'est par réaction d'insoumission à cette histoire imposée qu'est apparue l'hystérie prédatrice : les Noirs ne revoyaient jamais les corps des parents capturés et soupçonnaient les Blancs de les dévorer ; ils ont préféré manger leurs captifs que de les livrer comme inférieurs aux Occidentaux. Ils ont imité ce qu'ils croyaient être le cannibalisme des Blancs.

L'anthropophagie peut toujours réapparaître, même dans des sociétés civilisées, lorsqu'éclate une violente situation de crise. Au lieu de rejeter avec répulsion ces Noirs comme une racaille perverse, l'anthropologie doit tenter de comprendre le cannibalisme : s'en tenir au faux débat opposant la nature à la culture l'exonère trop facilement.

Georges GUILLE-ESCURET

Sociologie comparée du Cannibalisme. 1- Proies et captifs en Afrique.

PUF, 2010, 355 pages.

Du même auteur, voir aussi : Les mangeurs d'autres


 

 

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