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CHINE - JAPON

Vendredi 12 juin 2009 5 12 06 2009 17:20

Diplômé de philosophie et de langues orientales, Coulon se veut "explorateur indépendant". Pendant ses longues années "d'exil" — selon lui — en Extrême Orient, il a beaucoup souffert et donc beaucoup appris : il s'est découvert lui-même et a pris un recul critique sur l'Occident. Son ouvrage doit son titre à une photo de l'alpiniste Hillary et de son sherpa prise en janvier 2008 : pour Coulon l'homme blanc y incarne la force brute, le sherpa la force intérieure : c'est lui le vrai maître.

Dans cet essai, l'auteur veut montrer les différences entre extrême Occident et extrême Orient afin d'aider à la coopération et la fraternisation des deux civilisations. Car d'après lui, le véritable axe de conflit mondial actuel n'est pas Nord/Sud mais Ouest/Est. Il prétend adopter un point de vue d'ethnopsychologue pour exposer deux référentiels culturels opposés et croiser deux regards où l'Autre demeure encore l'étrange Étranger. Coulon reprend ce que l'on sait des civilisations occidentale et asiatique — japonaise surtout : leur enracinement historique diffère totalement, leur conception du temps comme de la relation de l'homme à la nature aussi. Valeurs et comportements divergent : sous la plume de Coulon, l'homme blanc apparaît hyperactif agressif, extraverti investi dans l'action frontale. Son ego surdimensionné s'exprime dans l'excès de parole. Peu porté à l'écoute et à la fraternité, il méprise le silence. Volontiers dominateur, il impose ses valeurs —liberté, justice, égalité—, qu'il croit universelles. À l'inverse, l'asiatique ne se perd pas en discours abstraits : introverti, peu disert, il sait écouter, observer avant de s'engager dans l'action pragmatique réfléchie. Solidaire, conformiste, il cultive la modération. La "passivité active"constitue sa force mentale : c'est cette aptitude naturelle à percevoir, grâce aux ondes cérébrales alpha, les courants d'énergie omniprésents qui explique son adaptabilité à l'environnement comme à l'interaction sociale : alors que l'homme blanc, mu par les ondes bêta, se précipite vers son but, l'asiatique sait épouser la courbe, —la diagonale—, la pente d'une situation, et par ce biais atteint sans heurts son objectif. À ses yeux l'apparence importe peu, la vraie liberté est mentale : seule la flexibilité permet la réussite.

C'est l'essai d'un philosophe expatrié qui se retrouve apatride. Sa vision du Japon et de l'Extrême Orient reste subjective, nourrie de l'expérience vécue mais aussi de nombreuses lectures érudites. Montaigne déjà louait les bienfaits du dépaysement et signifiait à l'occident belliqueux son illusoire universalité ; Pascal déjà soulignait la relativité des valeurs avant que les plaisants contes voltairiens ne persuadent de la complémentarité du bien et du mal, comme du Yin et du Yang. On peine à discerner l'originalité des propos de Coulon. La logique d'ensemble reste confuse, alourdie d'assertions souvent privées d'explicitations, alors même que l'auteur prétend "éclairer l'énigme extrême–orientale".

Surtout, il schématise à l'excès l'opposition du sherpa et de l'homme blanc : à l'angélisme des évocations de l'asiatique répond un portrait au noir de l'Occidental. On croirait relire les philosophes du 18°siècle : en idéalisant l'Extrême-Orient —tel le Bon Sauvage des Lumières—, l'auteur condamne l'Occident. Est-ce d'avoir trop bien adopté le pont de vue nippon qu'il n'exprime que mépris ironique pour la culture occidentale? Ou que, l'exil lui étant trop insupportable, l'auteur se soit réfugié dans ses livres et n'ait retenu de son expérience asiatique que ce qui corroborait ses lectures? On doute de la force de conviction sur le lectorat occidental d'un discours aussi  orienté.

De Malraux à François Jullien, nombreux sont les essais traitant des différences entre Occident et Orient. Plutôt que d'y ajouter, et puisqu'il voulait aider l'Occidental à penser autrement les cultures asiatiques, on aurait attendu que l'auteur jette des ponts entre les deux civilisations. Plutôt que de souligner leurs différences, il aurait été plus constructif d'apprécier leur écart —comme le suggére François Jullien qui compare les diverses cultures aux pans d'un gigantesque éventail : écartées mais convergentes à l'articulation de la base.

— Lu et chroniqué par Kate —

Alain Robert COULON
Le sherpa et l'homme blanc
Un Occidental devant l'Extrême-Orient

Gallimard, 2009, 191 pages




Par Kate - Publié dans : CHINE - JAPON
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Mercredi 11 juin 2008 3 11 06 2008 11:38

Il était une fois un petit banquier appelé O qui avait des amis enrichis dans les crimes de guerre et puis des amis gangsters qui blanchissaient l'argent du crime dans sa petite banque.

Le petit banquier était consterné d'avoir mauvaise réputation, car personne de connu dans le grand monde ne venait séjourner dans son île-château. Alors il entreprit de devenir lobbyist pour son beau pays.

Un jour le petit banquier s'adressa de par le monde aux amateurs de sumo et il en trouva un qui était aussi et par le plus grand des hasards le maire de la Ville-Lumière. Alors pour l'éblouir il ouvrit un compte à son nom dans sa Très Simple Banque et par miracle de l'argent y afflua.

L'amateur de sumo étant devenu shogun puis mikado dans son pays, les samouraï amis et ennemis cherchèrent à savoir pourquoi tant de courrier venait du petit banquier perdu dans son île et pourquoi leur shogun puis mikado y allait si souvent en vacances plutôt que dans le fort destiné à son séjour au bord de la Mer intérieure.

Alors le shogun puis mikado se fâcha tout rouge contre les samouraïs ; les uns retournèrent dans leur province, les autres disparurent de la circulation, aussi bien de la Ville-Soleil que d'un atoll lointain gouverné par un gars florissant qui était son admirateur depuis que les grands sorciers avaient tenté de pulvériser un îlot très lointain au-delà du périphérique.

Un poète de la cour et son scribe se répandirent en conjectures : était-ce vrai ? était-ce faux ? Dans leur souci de bien faire, ils allumèrent tant de contre-feux pour cacher la colère du mikado que le Grand Juge s'en alarma.

Cependant, dans un monastère connu pour ses palmipèdes sacrés, quelques bonzes spécialistes des mantras chiffrés partirent à la recherche des secrets du mikado et de son ami O — qui tout d'un coup ne se voyaient plus, peut-être à cause de toute cette fumée.

Ils se donnèrent beaucoup de mal, c'est certain. Mais, contrairement à l'usage, toutes les portes se fermèrent devant eux ! Revenus bredouilles et besaces vides, ils publièrent enfin un livre où il n'y avait rien que des pages blanches.


Nicolas BEAU et Olivier TOSCER
L'incroyable histoire du compte japonais de Jacques Chirac
Les Arènes, 2008, 256 pages.

 


Par Mapero - Publié dans : CHINE - JAPON
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Lundi 11 février 2008 1 11 02 2008 11:49

Dans le Pékin du début de la République, où l'on voit encore des chameaux dans les rues, les fêtes traditionnelles et les usages anciens voisinent avec un début de modernité : le pousse-pousse est peu à peu concurrencé par le cycliste et par l'automobile, mais Siang-tse reste persuadé de réussir sa vie en louant, puis en achetant un pousse-pousse. Or, les déconvenues pleuvent. Ce roman d'un échec, paru en 1936 dans une Chine en crise, accompagne la montée du sentiment révolutionnaire comme l'expriment les dernières lignes : « Lui, le malheureux, le déchu, l' "individualiste" qui croyait pouvoir réussir tout seul, quand donc serait-il enterré avec cette société cruelle et pourrie qui l'avait enfanté ?»

Néanmoins, loin d'être uniquement causé par "cette société cruelle et pourrie", le lent naufrage de Siang-tse est largement dû à sa psychologie, à son comportement d'entêté, de "vrai cinglé du pousse", au lieu de se mouler dans le cours des choses. Il n'accepte pas de rester employé au service d'un ménage cordial ou bien se trouve chassé pour avoir convoité la concubine de son patron. Le fait est que ses relations avec les femmes tournent systématiquement à la catastrophe. La Tigresse — fille de Quatrième seigneur, le propriétaire du garage qui ne veut pas de lui comme gendre – le séduit et le force à l'épouser. Devenu veuf, il oublie de rejoindre à temps Petite Fou-tse : elle ira se perdre dans un bordel après avoir été vendue à un militaire.

La narration, classique, est finement agrémentée de descriptions du ciel, de la marche des saisons, avec la chaleur d'un été brûlant, avec l'hiver glacial que l'on affronte en portant les vêtements ouatés, avec les promesses du printemps fleuri dans une ville où les hutong du vieux Pékin délimité par ses portes n'ont pas encore cédé la place aux gratte-ciel et aux six périphériques.

LAO She
Le pousse-pousse

Traduit du chinois par François et Anne Cheng
Éditions Picquier poche, 1995, 220 pages.






Par Mapero - Publié dans : CHINE - JAPON
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