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Les récits de pirates et de corsaires ont animé d'heureux moments de divertissement de tant de lecteurs que la reprise de ce thème par la romancière cubaine pourrait leur faire mépriser cette incursion dans le roman historique. Et ils auraient tort. Ce roman de cape et d'épée, ou plutôt de sexe et d'épée, se lit avec plaisir. Il a quelque chose des romans d'aventures et des romans libertins du dix-huitième siècle : comme un air de parenté.

Les « Louves de mer » figurent à coup sûr parmi les œuvres les plus classiques  qu'ait écrit Zoé Valdès. C'est aussi une œuvre bien documentée comme le montre l'annexe bibliographique. L'une est irlandaise et l'autre est anglaise : Ann et Mary, les héroïnes qui donnent vie aux rêves d'action de l'auteure, ne sont pas les premières femmes pirates ; le texte nous rappelle que Jeanne de Villeneuve, veuve en 1343 d'Olivier IV de Clisson, se fit pirate par esprit de vengeance.

Le roman suit alternativement Ann et Mary, qui ont été de précoces et redoutables sauvageonnes, jusqu'au moment où elles se rencontrent à la suite de l'abordage d'un navire marchand dans la mer Caraïbe. Le "Jelly Roger" n'apparaît donc qu'au milieu du récit. Mary vient alors de quitter l'armée anglaise qu'elle servait du côté de Breda, aux Pays-Bas, pour s'engager comme matelot en masquant sa féminité. Ann venait de s'engager comme pirate sur le "Kingston" et elle était la maîtresse du capitaine Calicot Jack.

Dans la seconde moitié du texte, les aventures amoureuses d'Ann, Mary et Calicot Jack donnent à ce roman de pirates une saveur particulière qui fait relativement passer au second plan la vie des autres forbans tant à bord que lors de leurs escales à terre. Calicot Jack aura-t-il le loisir de décrocher et de s'installer dans une hacienda cubaine comme son ami installé près de Cienfuegos ? Les deux aventurières en jupon seront-elles rattrapées par la justice ? (À ce sujet la 4ème de couverture de l'édition Gallimard en dit trop.)

Je terminerai en donnant un aperçu de l'humour de Zoé Valdès. Un certain capitaine Charles Johnson est à bord. Mais il masque sa véritable identité. En discutant avec l'une des femmes pirates il se dévoile comme écrivain : son projet du moment est une histoire de naufragé, celle d'un certain Robinson Crusoe, qui rencontre un insulaire indigène dépourvu de nom jusqu'à présent. Ça se passait à bord du "Kingston" un… vendredi !

• Sur le même thème, mais insistant sur le monde des Frères de la Côte présenté comme une utopie, et inspiré par les récits d'Œxmelin, voir le compte-rendu du roman de la mexicaine Carmen Boullosa, "Eux les vaches, nous les porcs".

Zoé Valdès
Louves de mer

Traduit parAlbert Bensoussan
Gallimard, 2005, 231 pages.

 

Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #CUBA