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• Makanine nous emmène pour commencer dans un Caucase en guerre — comme dans la littérature russe du XIXe siècle ! Tandis que le colonel Gourov est en train Makanine---Prisonnier.jpegde négocier le ravitaillement de ses troupes avec le trafiquant local Alibekov — un tchétchène ? — contre un certain nombre de kalachnikov, on suit les aventures de deux soldats. Vova pense à l'alcool et au sexe. Son copain Roubakhine fait un prisonnier : un jeune homme dont la beauté trouble cette brute avant qu'il ne doive s'en débarrasser.

• "La lettre A" est une incroyable aventure de déportés ("zeks") dans un camp en Sibérie au temps du stalinisme. Un caïd s'efforce de maintenir la mémoire des morts et réclame que leurs tombes soient identifiées. Nuit après nuit, il fait l'appel des morts en récitant la liste : « Avvakoumov ! Arié ! Bougaev ! Bourajnikov !…» Il indispose tout le monde. Par ailleurs, les détenus trouvent le moyen de sculpter la lettre géante A dans la falaise proche. Début d'un mot porteur d'espoir ou de liberté ? Mais passé le "A", les survivants ne semblent plus connaître le mot. Bientôt la discipline du camp s'érode et des crimes se produisent, des gardiens et des zeks s'enfuient. Après une mémorable orgie avec les femmes d'un camp voisin, la chute du goulag est en route.

• "L'antileader" c'est Kourenkov, un homme qui pète les plombs, et tabasse tel ou tel, par exemple à l'occasion d'une fête, malgré les efforts de sa femme. Expédié en camp de rééducation puis assigné à résidence loin de Moscou, sa femme lui rend visite. Elle a la prémonition qu'ils ne se reverront plus. Et en plus elle a grossi.

• Dans "Une bonne histoire d'amour" l'écrivain Tartassov anime une émission culturelle à la télévision ; il demande à ses invités s'ils vivaient plus mal du temps du communisme ou plus mal maintenant. Lui-même a perdu l'inspiration et ses ventes ont chuté. Il avait rencontré Larissa quand elle était comme Vioujine employée de la censure. Avec la disparition de l'URSS, les censeurs ont dû se reconvertir : Vioujine comme patron de la télé et Larissa comme gérante d'une maison accueillante. Ensemble Larissa et Tartassov évoquent leur passé. Que peut-elle faire pour Tartassov ? « Pourquoi devrait-on faire crédit à un écrivain ? De nos jours, la pauvreté n'est-elle pas un vice ?» demande fort à propos l'une des filles. « Si je couche pour rien, il faut au moins qu'il me fasse rire.» dit une autre.

         Désolé : ce n'est pas un monde souriant celui de Makanine. Quatre nouvelles désenchantées. Quatre histoires d'échecs : la beauté ne sauve pas le monde, la mémoire des déportés se perd, l'antileader n'est pas guéri, l'écrivain est passé de mode. La nouvelle Russie n'est pas davantage une réussite que l'ancienne...

Vladimir MAKANINE  -  Le prisonnier du Caucase et autres nouvelles. Traduit par Christine Zaytounian-Beloüs. Gallimard, 2005, 263 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE RUSSE