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L’auteur est un Iranien né peu avant la chute du Shah et exilé à Berlin, il est critique d’art branché et connu jusqu’à Los Angeles — d’où la jaquette du roman ? — et a publié de nombreux articles dans la revue « Frieze ».  Son premier roman est un cocktail explosif qui a Zolghadrpour but l’inauguration d’une galerie d’art contemporain à Téhéran avec une de ces réceptions branchées où l’on boit de la vodka à la figue ou aux dattes et du Persi Cola pour faire couler des pistaches et du yaourt à l’ail. Pour façonner ce haut lieu de la branchitude le narrateur sortira de son appartement dans une tour du très bétonné quartier de Zirzamin pour  aller préparer la réouverture de « la Promessa » un bar mythique que sa tante Zsa Zsa avait dirigé il y a près d’un demi-siècle et dont le nom italien restera d’origine obscure. Peut-être parce qu’aujourd’hui c’est l’époque des mollahs… mais ça n’empêche pourtant pas des vernissages ou la contemplation du mont Damavand à l’horizon nord.

 

Ça vous a souvent des allures de gag potache avec un casting improbable de personnages hétéroclites. Outre Zsa Zsa originaire d’Azerbaidjan ou d’Abkhazie et qui a fréquenté les services secrets de la SAVAK après avoir combattu dans la Légion Etrangère. Le mollah Tarofi qui a exécuté lui-même des militants gauchistes au temps de Khomeiny et dont l’anglais se limite à « very good nice ». L’oncle Tan Christenhuber qui semble s’agiter dans la promotion de l’art moderne pour la société I-Con de Zurich avec une rigueur toute germanique. Stella à la fois égérie munichoise du narrateur et spécialiste de l’art brut, à moins que ce ne soit l’espionne chargée de l’exécuter. San, une blonde créature de 2m10 qui se dit journaliste à Newsweek et qui entraîne le narrateur à Hambourg pour une raison qui m’échappe. Et des tas d’autres personnages des deux sexes. Dans cette galerie de portraits, quelques-uns sont un peu plus réalistes :

 

« Cyrus a été bassidji après la révolution, puis fantassin pendant la guerre contre l’Irak, avant de rentrer à Téhéran pour gagner sa vie comme vendeur de pastèques et de pamplemousses. C’est à cette époque qu’il a appris la sculpture seul à l’arrière de son étal de fruits, le soir après la fermeture…»

 

Dans ce texte qu’il n’y a pas de raison de ne pas appeler roman, le réalisme passe essentiellement par le « name dropping » : stars du rock, poètes hippies, peintres à la mode et grands couturiers, montres de luxe, signes de la société de consommation et rêves d’une modernité dans laquelle se projettent tant d’Iraniens. Un passage en prison dans le chapitre 3 permet d’évoquer la répression afin d’être politiquement correct et de moquer les exilés de Californie :

 

« Les monarchistes iraniens, avec leur insouciante nostalgie et leur ringardise de nouveaux riches, sont basés à Tehrangeles, les quartiers iraniens de Beverly Hills et de Westwood, à Los Angeles, d’où le “prince Reza en exil” hérisse de temps en temps ses plumes et émet des messages passionnés à l’intention de ses partisans censés être innombrables en Iran.» 

 

 

 

Un peu difficile à suivre dans ses péripéties ce roman n’est pas écrit en farsi mais en anglais. Loin des histoires de nombril et d’amourettes franchouillardes, ce premier roman me fait songer à un vrai bouquin du temps de la mondialisation. Avec ces personnages quasi-nomades qui décollent de Mehrabad pour se rendre à Beyrouth, à New York ou à Londres. Avec ces mails que le narrateur n’arrive pas à lire à temps, avec ces produits manufacturés venus de partout avec ces créations artistiques sans patrie. On peut prendre cela comme un pochade ou comme une première, souvent irritante en fait.

 

 

« Tu n’étais pas là pendant la guerre, n’est-ce pas ? Tu étais au Tchad, non ? En tout cas, où que tu aies été, tu as vraiment raté quelque chose. Pendant la guerre, quand Téhéran était bombardé, les gens sont devenus accros à l’adrénaline. Essaie d’imaginer. Tous les jours, la radio diffusait un message d’alerte, et le missile s’approchait de la ville. Impossible de savoir où il allait atterrir. Puis venaient l’explosion, le lent écho, et le bruit qui se réverbérait au nord, sur les Elbourz. C’est à ce moment-là que les muscles se détendaient. Alors, quand la guerre a pris fin, les gens étaient accros. Dépendants du frisson qu’ils éprouvaient à se demander s’ils étaient les prochains sur la liste. Et puis, soudain, ils se sont tous mis à acheter des Playstations et des Gameboys…»

 

Softcore ? Par opposition à hardcore. Le roman n’est-il qu’un processeur que l’auteur a programmé ? Ou le narrateur et héros n’est-il qu’un processeur programmé par Stella ? Cela m’a paru plus vraisemblable que de rechercher un sous-entendu pornographique.

 

Tirdad ZOLGHADR
S o f t c o r e
Traduit de l’anglais par Olivier Colette
Editions Intervalles, 2009, 224 pages.

 

 

Tag(s) : #IRAN