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Parce que l'auteur est japonais, qu'il ne vous vienne pas à l'idée que ce sont les méfaits de la secte Aum qui l'ont inspiré. Ce bref roman publié en 1990 est nettement antérieur à l'attentat au gaz toxique Takeshi-Kitano-gourou.jpegdans le métro de Tokyo. D'autre part, "Naissance d'un gourou" n'évoque pas une secte terroriste. Mais plus banalement une secte moralement douteuse, comme celles qu'en France la Miviludes étudie et surveille.

C'est en arrivant à Shikoku alors que commençait le pèlerinage aux quatre-vingt huit lieux saints qu'un jeune homme appelé Kazuo Takayama fit connaissance avec la secte en un moment délicat pour lui : sa petite ami l'avait quitté et il venait de perdre son emploi. D'abord spectateur étonné par un miracle habilement fabriqué pour une opération de prosélytisme, Kazuo devient stagiaire – notons qu'il n'est pas dit "novice" – puis très vite membre permanent et les circonstances vont faire de lui le nouveau gourou : d'où le titre du roman qui tient d'ailleurs davantage du conte. Je veux dire par là que les quelques personnages qui forment le cœur de la secte ne sont pas l'objet d'une analyse psychologique très approfondie.

La naïveté de Kazuo se trouve bien sûr mise à l'épreuve par ce qu'il vit, voit et entend au sein de la secte. Shiba, le véritable chef de l'organisation, se révèle un être cynique et sans scrupule, un amateur de whisky faisant de la religion une marchandise. L'arnaque choque sans doute Kazuo, mais tous les membres de la secte ne paraissent pas motivés par le gain, tel Komamura qui semble motivé par la charité et qui prétend résister aux plaisirs du sexe féminin. Kazuo en revanche n'hésite pas longtemps à suivre Shiba et Kure, le trésorier, dans les bars et les salons de massage où il passe la nuit avec une hôtesse... elle-même adepte d'une autre secte ! Devenu gourou, Kazuo est un peu surpris que le chef de la secte ait des relations intimes avec Yoko, la femme que le fondateur avait sauvée du suicide. Il découvre peu à peu que Shiba a été exclu d'une puissante secte bouddhiste rivale, que les malversations financières abondent et qu'il faut se défendre des yakuzas comme des maris jaloux. La découverte du pouvoir qu'il exerce par les gestes et la parole semble pousser Kazuo à devenir un vrai gourou. « Un jour tu dirigeras les autres » lui a-t-on prédit. Et il n'est pas impossible qu'un temple soit contruit au centre de Honshu. La religion ça pourrait rapporter plus que la politique, les dons échappant au fisc mieux que le financement des partis.

En somme un roman peut-être un peu simpliste, mais d'une totale efficacité, où l'on reconnait que l'auteur est surtout connu comme cinéaste.

Takeshi KITANO : Naissance d'un gourou. Traduit du japonais par Karine Chesneau. Denoël, 2005, 220 pages.

Tag(s) : #LITTERATURE JAPON