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Réhabilitation du nomadisme, de l'appel de la forêt, des grands espaces à parcourir, le traité de Sylvain Tesson Tesson.jpgest tout à la fois l'évocation d'aventures personnelles, un hommage à la géographie, un culte à la solitude et à l'excentricité.

L'auteur parcourt le monde à pied ou à cheval, ne recourant que le plus rarement possible à un engin motorisé comme cette moto "Oural" avec side-car pour faire le tour du lac Baïkal à la rencontre d'ermites fuyant la civilisation contemporaine à l'abri d'une cabane de rondins, avec pour tout bagage une hache, un fusil et une bible. Ses aventures le portent d'un bout à l'autre de l'Ancien Monde, se réservant pour demain les forêts du Nouveau Monde.

Chemin faisant, il savoure les paysages rencontrés en n'ayant pour seul guide que le "Précis de Géomorphologie" de Max Derruau. Mais notre homme n'est pas qu'agrégé de géographie, il est aussi un "hobo", ou plutôt un "wanderer" suivant les pas des romantiques allemands du XIXe siècle, en amoureux de toutes les créations de la nature et donc se sentant à l'étroit dans l'humanisme. « Apprendre à rester seul pour vivre plus intensément » pourrait être sa devise !

Or l'étonnement vient du chapitre 9 : Sur les vaisseaux de pierre. « Les cathédrales escaladent le ciel. Nous escaladions les cathédrales…» Le récit au singulier est passé au pluriel pour évoquer les aventures nocturnes de grimpeurs de gargouilles et d'escaladeurs d'arcs boutants, sans oublier des visites dans les célestes greniers. « Au sommet de chaque clé de voûte, un trou de quelques centimètres de diamètre servait autrefois à faire passer le câble des lustres. Ces orifices inutilisés sont aujourd'hui obstrués par un cylindre de bois. Nous avons souvent débouché ces trous et approché le visage pour sentir pulser l'air chaude de l'église, aspiré par la différence de température entre la nef et la charpente.»

Les villes ne sont fréquentables qu'en y vagabondant, en évitant les contacts avec le pire, « l'Administration, cette gorgone inventée pour servir les hommes mais qui s'est retournée contre eux » au point de rendre impossible d'entrer à cheval dans Tachkent par la Grande Porte ! Bref, ni les encombrements du Périphérique ni les ralentissements sur la Toile ne figurent dans son quotidien.

 

Sylvain TESSON  -  Petit traité sur l'immensité du monde

Éditions des Équateurs, 2005 - et Pocket, 2008, 166 pages.

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE