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Le romancier situe l'action au nord de Los Angeles ; il décrit avec une mordante ironie un certain style de vie californien et ça nous saute aux yeux dès l'incipit. « Julian Ripps était bien trop gros pour se prélasser dans un jacuzzi entre deux femmes nues, à moins qu'il soit riche ou que les deux femmes soient des prostituées. Ce qu'il n'était pas, mais ce qu'elles étaient elles. Et elles travaillaient pour lui ; il s'agissait donc en quelque sorte d'une fête de bureau, version partouze.»

Le frère de Julian, Markus Ripps, a de tout autres activités. Les deux frères Greenland-Shining-city.jpegs'ignorent depuis des années. Tout en étant lecteur de Sénèque, Markus dirige l'usine de jouets "Wazoo Toys" qui produit des figurines parlantes des présidents des Etats-Unis. « Avec ses intonations rurales, Jimmy Carter [était] la poupée la moins vendue.» L'usine appartient à son vieil ami Roon, qui lui annonce qu'il prépare l'introduction en bourse de son groupe, en délocalisant ses usines en Chine. Sans susciter notre étonnement, bien au contraire, Markus rejette l'idée de quitter la Californie pour suivre "son" usine en Chine. Sa femme, Jan, gère une boutique de fringues à la mode avec Plum, une artiste ratée. Ainsi les affaires des Ripps vont-elles mal ; mais il se produit un coup de théâtre : Julian meurt et Markus se trouve hériter d'une blanchisserie au nom curieux. C'est "Shining City", que l'on aura facilement décodé en "Sin City". La blanchisserie, en effet, n'est qu'un paravent pour — non pas blanchir l'argent de la drogue — mais une agence disons de… call girls qui « ethniquement parlant formaient une coalition arc-en-ciel.» Chef d'entreprise dans l'âme, Markus se reconvertit en patron modèle de l'industrie du sexe : « La prostitution a toujours existé, non ? Pour des raisons évidentes. Pourquoi ne pas donner aux gens ce qu'ils veulent ? L'économie de marché sert à ça. L'Amérique n'a-t-elle pas été bâtie sur ce principe ?» Ah ! le libéralisme économique...

Markus devient ainsi un « patron modèle » et sa femme va l'y aider, ainsi que Plum, poursuivie par le rêve caché d'une carrière de vidéaste. « Elle voyait bien qu'aujourd'hui, dans le monde de l'art, tout ce qui était excitant se déroulait hors du chevalet.» Là, rien à redire. Pendant le temps que ces dames s'activent, il faut préparer la "bar mitsvah" de Nathan ; Markus devra prendre la parole devant ses invités, alors que ses activités commerciales ne manqueront pas de faire des vagues auprès de la concurrence.

L'auteur dispose d'une pléthore d'atouts pour faire sourire de nos contemporains ; avec sa galerie des personnages savoureux, et certains vraiment "borderline", l'histoire paraît déjà formattée pour l'adaptation au cinéma. Quant aux couvertures des éditions françaises, c'est "peut mieux faire". L'édition normale chez Liane Levi montre un banal fer à repasser et l'édition de poche (piccolo, ci-dessus) des bas résilles déchirés...

Seth Greenland  -  Un patron modèle. Traduit par Jean Esch. Liana Levi, 2008, 396 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE ETATS-UNIS