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Le capitaine Moya est à la tête de l'un des plus grands commissariats de Bogota. Ses hommes enquêtent sur une macabre découverte : un homme empalé près d'un lac, à proximité de la capitale. Rapidement l'essentiel du travail d'enquête est fait par un journaliste un peu détective privé, Victor Silanpa en compagnie d'un petit fonctionnaire, Emir Estupiñán, en quête, lui de son frère disparu. Contre quels moulins à vents ce couple à la Don Quichotte part-il en guerre ? Assez rapidement le lecteur réalise que plusieurs personnes liées à deux ou trois groupes immobiliers différents s'affrontent pour s'approprier des terrains sur les rives de ce lac Sisga. Leur but est d'y aménager des résidences de luxe, un port de plaisance et un golf alors qu'un club de naturistes y est déjà installé. Tandis que l'identification de la victime empalée piétine, des documents établissant les droits de propriété sur ces terrains deviennent plus recherchés que la pierre philosophale.

Victor Silanpa va laborieusement trouver la clé de l'énigme, mais la surprise viendra à la fin des révélations du capitaine Moya, devant une association de type "alcooliques anonymes", la Dernière Cène, qu'il fréquente dans le but de poursuivre une cure d'amaigrissement. Ce polar répond à toutes les lois du genre : outre le journaliste, il y a donc son égérie (Silanpa est en train de jouer à l'amour et à la rupture avec Monica), la prostituée au grand cœur (Quica veut faire une carrière artistique et quitter le "Lolita Bar"), l'alcool (beaucoup de rhum), les méchants (un avocat, un trafiquant d'émeraudes et des promoteurs immobiliers sont officiellement amis mais secrètement rivaux), et le flic corrompu…

Originalité supplémentaire : ce polar colombien contourne les histoires de narcotrafiquants et les guérilleros des FARC pour se consacrer au thème "mondial" de la spéculation foncière et des trafics autour de l'immobilier comme il peut en exister dans toutes les grandes métropoles qui croissent aussi vite que Bogota. Si le ton humoristique de Santiago Gamboa fait parfois penser à celui de M.V. Montalban ou d'Andrea Camilleri, la tendance de Victor Silanpa à être mal rasé et mal fringué l'apparente peut-être davantage à des "héros" de polars nord-américains. Dans "Perdre est une question de méthode" on est en Colombie, dans un pays de culture "machiste" : pour reprendre une formule du commissaire Moya c'est sur « le goût de la gnôle, du jeu, des jupons et des décolletés [que] résonne depuis des siècles le concert de la virilité nationale.»…

Le titre s'explique de deux façons qu'on ne peut pas approfondir sous peine de trop dévoiler. D'une part, Silanpa fait à peu près tout pour perdre Monica. À commencer par oublier de lui téléphoner. D'autre part la conclusion policière de l'intrigue ne sera pas ce qu'il aurait souhaité. Mais là je ne peux en dire plus…

Santiago GAMBOA
Perdre est une question de méthode

Traduit par Anne-Marie Meunier
Métailié, 1999, 281 pages.

Roman adapté au cinéma en 2005 par Sergio Cabrera :
"Perder es cuestión de método".
 
Tag(s) : #AMERIQUE LATINE, #COLOMBIE