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Dans cet essai très didactique, nourri de lectures critiques et d'enquêtes de terrain, Ridha Ben BenAmor.pngAmor, chercheur à l'université de Tunis, interroge le lien social des groupes primaires – famille, amis, voisins – en Tunisie aujourd'hui : les changements de la société tunisienne le menacent-ils? L'auteur analyse les diverses formes de solidarité de ces réseaux informels, les normes auxquelles elles répondent et les logiques qui les mettent en oeuvre.
La famille nucléaire, l'école obligatoire, l'entrée des femmes sur le marché de l'emploi, la baisse du taux de natalité : autant de transformations d'où émerge le besoin d'individualisation. De plus en plus de Tunisiens se veulent autonomes, choisissent leurs groupes d'appartenance – souvent selon leur activité professionnelle – et ne relèvent plus de la seule identité familiale ou communautaire. Pourtant, même si les réseaux des amis et voisins gagnent en importance, les solidarités intergénérationnelles n'ont pas disparu, non plus que la logique d'entr'aide basée sur le don/contre-don ; même chez les jeunes, la prégnance du groupe familial perdure (études plus longues, attente du premier emploi). Mais l'intensité de la solidarité varie selon les milieux sociaux. Dans les classes populaires, on valorise la cohabitation ou la proximité résidentielle, la prise en charge des parents ; mais cette solidarité suit la reproduction sociale et ne réduit pas les inégalités : elle ne constitue qu'un soutien dans la précarité. En revanche, dans les milieux aisés, on affirme son autonomie, le recours à la famille est moins systématique, ou nouveau – la garde des enfants par exemple –, la solidarité extra-familiale, entre amis choisis et voisins subis, repose souvent sur l'utilitarisme. R.Ben Amor ne donne pas pour autant dans l'angélisme. Conflits et tensions limitent aussi les solidarités, telle la contrainte de l'entr'aide familiale imposée ou les discriminations entre quartiers populaires proches.
• L'auteur démontre avec force qu'il n'y a pas aujourd'hui de crise du lien social primaire en Tunisie où la solidarité reste un bon régulateur, variable selon les motivations des acteurs : chez les jeunes, par exemple, la quête de reconnaissance croît. Si la société tunisienne parvient jusqu'à présent à concilier modernité et solidarité traditionnelle, l'auteur reste dubitatif quant aux années à venir.

Ridha BEN AMOR : Les formes élémentaires du lien social en Tunisie. L'Harmattan, 2011, 243 pages.

 

Tag(s) : #SCIENCES SOCIALES, #TUNISIE