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La perestroïka n'ayant pas guéri l'Union soviétique, Gorbatchev fit ses adieux en 1991. Les Républiques prirent leur essor et l'économie "post sov" entra "en transition", marche chaotique préludant au capitalisme sauvage,Delannoy-Nov-Russie.jpeg avec Eltsine aux commandes. Dans les années 1993-98, avant qu'un type du Kgb ne vienne sonner la fin de la récréation russe, Pierre Delannoy, journaliste travaillant pour Géo et Paris Match, effectua plusieurs séjours dans l'Imperium déglingué. Dans ce pays où « la réalité dépasse trop souvent la fiction », il voyage en compagnie d'un photographe, ou d'un pittoresque pope qui après avoir béni voitures importées et appartements rénovés se reconvertit dans l'importation de sous-vêtements.

La curiosité amène notre voyageur sur les bords de la mer Caspienne, d'Astrakhan à Bakou, pour constater à la fois la montée des eaux et la chute de la production de caviar. Au Turkménistan il découvre la haine des gens du cru pour les Russes, d'où l'émigration des "pieds rouges" vers la mère patrie. Bientôt le voici dans un port du Kamtchatka à l'abandon : « plusieurs cargos rouillés sont échoués pour l'éternité » ; il était venu y rechercher des traces de la culture des Koryaks : « Les Blancs, pensent-ils, descendent des bouleaux ». À Blagovestchensk, il cherche ces immigrés chinois que ses interlocuteurs prennent pour le "péril jaune"; il traverse l'Amour pour mettre un pied dans ce pays que les Russes appellent Kitaï et qui inonde le Primorié en biens de consommation. Loin de l'exotisme des périphéries de l'ancien empire, le journaliste français arpente aussi Moscou, Nijni Novgorod, Kazan, Ekaterinbourg... égrenant souvenirs historiques et réactions à l'actualité. Le bulletin météo de la télévision russe le réjouit : « La longue liste des noms de ville, d'Arkhangelsk sur la mer Blanche, où fut créé le premier goulag, à Vladivostok, la tête de pont de l'Ours en Extrême-Orient, sonne comme un poème lettriste à la gloire de Cendrars…»

En arpentant l'empire, Pierre Delannoy rencontre des nostalgiques de l'ancien système, des victimes de la transition, et voit la multiplication des kiosques où l'on vend de tout. Au gré des rencontres il prend la mesure du désenchantement de la majorité de la population quand les élections ramènent les communistes de Ziouganov à la douma ou que le rouble s'effondre de 60% en 1998. Des étapes nocturnes de plus en plus fréquentes au fil du récit mènent notre homme de bars à strip-tease où la moindre vodka coûte une fortune, à des night clubs branchés où sévit une techno immonde dans un décor de mauvais goût aux yeux du parisien. Ceci ne gêne ni les "nouveaux russes", ni les mafieux, ni les jeunes femmes dont ils s'entourent et qui se disent "sponsorisées"; autant de fréquentations où le journaliste risque de se faire vider : ces gens-là n'aiment pas d'emblée les journalistes accompagnés d'une caméra indiscrète. Époque après époque, le récit de voyage en Russie reste un genre littéraire apprécié...

• Pierre Delannoy : Novo Russie. Récits de la métamorphose. - Ed.Verticales, 1998, 360 pages.

 

Tag(s) : #LITTERATURE RUSSE