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Dans cet essai, fruit d'un long travail de recherche et d'enquêtes de terrain, l'économiste anglais Legrain.jpgPhilippe Legrain brise nos préjugés et nos idées fausses et NOUS interpelle, nous, habitants des pays riches. Il démontre que la libre immigration des pays pauvres vers les pays riches constitue un « bien nécessaire » autant aux uns qu'aux autres.

 

Alors que les frontières nationales deviennent de plus en plus poreuses, les pays riches érigent murs et barbelés… car les frontières sont mentales entre « nous » et « eux ». Le vieil instinct tribal nourrit la peur de nous voir envahis par des étrangers… Alors que l'on encourage les migrations de professionnels qualifiés –l'élite occidentale –, entre pays riches, on n'accorde qu'un visa de travail aux diplômés venus des pays pauvres et on repousse les migrants sans qualification – jugés fainéants et incapables –, au prétexte qu'ils menaceraient nos emplois, notre identité nationale et notre sécurité… Le vrai problème en Europe, selon Legrain, ce sont les extrémismes en tout genre. En réalité, la majorité des migrants prouve son courage et son désir d'intégration ; la plupart des travailleurs musulmans se plie aux règles de la République.

 

Nous avons besoin d' « Eux »: c'est une nécessité économique. Au vieillissement de la population active des pays riches s'ajoute une faible natalité (la France exceptée): les immigrés constituent notre moteur économique, une source d'innovation et un sang neuf pour la productivité européenne. En plus d'accepter les emplois que nous ne voulons plus occuper (nettoyage, service, restauration), ils assurent les services à la personne (personnes âgées, gardes d'enfants…) La volonté des pays riches d'endiguer l'immigration venue des pays pauvres tient du paradoxe ; notre conception de la justice et de la solidarité, nos prétendues valeurs de tolérance et de reconnaissance de la diversité ont-elles donc des frontières?

 

Ces « autres », migrants des pays pauvres, ont besoin de « nous ». Le flux migratoire va s'amplifier car dans les pays pauvres le nombre de jeunes, diplômés ou non, qui cherchent du travail ne cesse de croitre. L'immigration est un bienfait pour ces pays : l'argent envoyé par les émigrés est la meilleure façon de les aider à se développer, plus efficace que l'aide au développement : très insuffisante et souvent détournée, elle ne profite pas aux plus nécessiteux. En outre, l'exode massif et définitif des diplômés des pays pauvres leur nuit : il faut encourager leur retour dans leur pays d'origine pour contribuer à son émergence.

 

« La migration internationale est la suite logique de la mondialisation des produits et des services : il est raisonnable d'accueillir ceux qui fabriquent ces produits et offrent ces services. » Libéraliser et légaliser l'immigration des pays pauvres supprimerait les passeurs et les entorses au droit du travail. Afin de mieux « vivre ensemble » « NOUS » devons accueillir la diversité – source d'enrichissement économique et socio-culturel – ; « EUX » doivent respecter les lois et principes fondamentaux des sociétés d'accueil. Pour une justice économique mondiale, « libérons les peuples! »

 

Philippe LEGRAIN : IMMIGRANTS - Un bien nécessaire

Traduit de l'anglais par Marie-Cécile Attanasio

Editions Markus Haller, Genève, 2009, 415 pages.

 

 

Tag(s) : #SCIENCES SOCIALES