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Pourquoi "Nikolski" ? C'est un village d'Umnak, dans l'archipel des aléoutiennes, où Jonas Doucet, issu d'une famille acadienne, termina sa vie errante d'ancien marin.

Nikolski.jpegEn fait le roman nous ramène très souvent à Montréal, sur les pas de trois personnages issus de la famille de ce Jonas disparu ; ils se croisent et se recroisent sans reconnaître leur parenté alors qu'ils aimeraient en savoir plus sur ce sujet ! Resté anonyme, un libraire spécialisé dans le voyage et dont la mère est décédée possède une vieille boussole déréglée qui lui vient de son géniteur ; elle indique bizarrement un nord qui s'égare vers les Aléoutiennes ; il possède aussi un vieux bouquin composite de récits de marins et de pirates, auteurs inconnus. Pour entreprendre des études d'archéologie, Noah a dû se séparer de Sarah, sa mère indienne : elle continue d'errer dans les Plaines à bord d'une vieille voiture qui tire une caravane. Le fils et sa mère correspondent par poste restante de même qu'elle correspondait autrefois avec le père de Noah. Il a une liaison avec Arizna à l'étrange accent hispanique.

Trois personnages donc, tels trois poissons perdus dans le grand océan du monde — comme l'a bien compris l'illustrateur de la couverture de l'édition originale Alto, reproduite ci-dessus au lieu de celle, générique, des éditions Denoël. « Noah pense au Pacifique Sud. Il aimerait être ailleurs, mais il n'a aucune idée où.»

Joyce abandonne pour cause d'études son village natal, Tête-à-la-Baleine, où son grand-père vivait de la pêche sur la côte atlantique ; la famille y avait une réputation un peu douteuse. « De toute façon, les Doucet habitaient trop loin du village pour ne pas être louches. Les fiers-à-bras prétendaient fréquenter la maison branlante afin de trousser leurs filles ou de se procurer du miquelon — car si le grand-père Lyzandre n'avait jamais pris le moindre bateau à l'abordage, il s'était tout de même livré à la contrebande durant la prohibition. Il n'en fallait pas davantage pour que cette maison isolée soit déclarée lupanar, tripot et lieu de damnation éternelle.» Par la suite, Joyce fugue de son lycée pour tenter, mais en vain, de rejoindre sa mère à Montréal. Employée dans une poissonnerie, elle fréquente la bouquinerie du libraire à la boussole et rêve des pirates de sa famille perdue de vue.

Ce premier roman de l'auteur québécois a remporté entre autres le prix Anne-Hébert ce qui ne doit pas surprendre : une intrigue originale, des thèmes peu répandus, une grande légèreté de ton. En cours de lecture, on attend que les descendants de Jonas Doucet se reconnaissent : mais les deux jeunes hommes qui semblent demi-frères, et leur cousine Joyce, se croisent et s'ignorent. L'originalité du parcours a comme revers que le lecteur reste sur sa faim quant à la substance à retirer d'un tel roman, qui d'ailleurs n'aboutit qu'à une… fin ouverte. Si la thématique est riche de références ichtyologiques, elle se veut aussi écologique : Noah se passionne pour la question des déchets urbains, comme son maître de recherches, et en parallèle Joyce fait les poubelles du quartier des affaires pour récupérer du matériel informatique avec lequel se lancer dans le piratage. L'écriture de Nicolas Dickner n'est jamais pesante, bien au contraire, avec des touches ironiques. Après avoir vu des étudiants manifester avec leur professeur d'archéologie contemporaine contre un projet d'usine d'incinération, « Noah se demande si la rédaction des slogans compte dans l'évaluation finale du trimestre ».

Avec ces personnages déboussolés et très nomades, l'auteur prend date pour d'autres romans marqués du sceau de la "modernité".

• Nicolas DICKNER  -  Nikolski.  Denoël, 2007, 302 pages.

 

 

 

 

 

Tag(s) : #LITTERATURE CANADA