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Il était une fois un journaliste de Radio-France, M. Assayas, né dans la vallée de Chevreuse... Assayas-Identite.jpegPassionné de musique rock, il vivait paisiblement avec femmes et enfants... Mais, à l'automne 2009, il perdit son passeport ; n'ayant pas de carte d'identité, on l'étiqueta "émigré" et l'enfer s'ouvrit sous ses pas. Les épreuves prirent fin en janvier 2011, mais jamais plus il ne serait serein... Cette mésaventure l'a profondément meurtri, "révolté et humilié": le durcissement des lois sur l'identité nationale l'a mis en "faute" pour avoir eu deux parents nés "à l'étranger", pourtant naturalisés français!

Dès lors, pour les services administratifs, M. Assayas  doit "justifier son appartenance à la nation". Il se trouve "prisonnier de ses origines" qui ne l'ont jamais soucié : c'était le passé parental, non le sien, enraciné dans la France des années 1960-70 ; or, en 2009, il ne trouve plus trace de ce "monde englouti d'où [il] vient". L'auteur sait garder suffisamment de distance ironique pour éviter le pathos. On apprécie ses descriptions humoristiques des fonctionnaires de la police ou du "Pôle de la nationalité française", son évocation polémique des people, Sarkozy inclus. Il égratigne volontiers au passage les écrivains mercantiles car lui n'écrit pas ce livre pour se faire une place dans le milieu littéraire, mais pour trouver sa place —qu'il croyait avoir— dans cette nouvelle France qui lui demande "d'où venez-vous?"
Michka Assayas veut "éclairer la mécanique baroque et paralysante de l'administration", en révéler les sophismes autant que le manque de communication entre les services. À l'absurde bureaucratique s'ajoute l'indifférence méprisante de certains fonctionnaires. En transformant le passeport en titre d'état-civil vérifiable comme la carte d'identité, le décret Sarkozy de 2005 a bouleversé la vie de beaucoup de Français nés en France de parents "d'origine étrangère", contraints d'obtenir cet humiliant "certificat de nationalité française".
L'auteur n'échappe donc pas à ses origines, à la "faute" d'avoir eu pour père un juif espagnol né à Istanbul, pour mère une calviniste polonaise née à Budapest... Il ne peut que regretter la France de sa jeunesse, métisse, cosmopolite, tournée vers l'avenir commun en dépit des origines —"le pays où j'ai grandi n'existe plus". Il se vit désormais illégitime, émigré, réaction atavique héritée de sa mère... pour qui "il n'avait pas de visage". Alors qu'il  s'est toujours senti renié par sa mère biologique disparue en 2006, sa mère administrative, la France, le met sur le banc de touche...

Michka ASSAYAS  -  Faute d'identité.  Grasset, 2011, 171 pages.

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE