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On ne peut qu'applaudir à la publication de cet essai : l'Afrique sub-saharienne évolue, se Leridon.jpgtransforme et progresse même si bien des difficultés, diverses selon les États, subsistent encore. Une nouvelle voix en témoigne et entend faire reculer les préjugés occidentaux de ceux « qui disent que l'Afrique ne s'en sortira jamais ». Certes cet ouvrage n'apporte rien de bien nouveau ; il se situe dans la ligne du "Temps de l'Afrique" de Severino paru en mars dernier ; il s'inspire d'Amselle et de T.Perret : L'auteur y renvoie d'ailleurs explicitement.
« Mon propos n'est pas de verser dans l'angélisme, mais tout simplement d'éclairer les dynamiques positives qui témoignent de la mobilisation d'un continent qui bouge (...) avec beaucoup de courage et de lucidité…» : Matthias Leridon revendique le témoignage personnel, donc subjectif, d'un homme amoureux de l'Afrique, créateur du fonds "African Artists for Development", où l'art soutien l'humanitaire. Bien qu'il s'en défende, l'auteur passe rapidement sur les difficultés du Continent Noir.
Il se plaît à souligner l'avancée de la démocratie multipartite — dans onze États sur cinquante trois —, l'explosion démographique — 62% des Africains ont moins de 25 ans —, la prodigieuse croissance économique — (4,7% en 2010 contre 1% pour la zone euro)—, le rôle capital de l'entreprenariat féminin... On comprend que l'essor de la téléphonie mobile et la révolution médiatique contribuent à la profonde transformation des économies et des sociétés africaines et les contraignent à plus de démocratisation. Leridon insiste sur le grand bouillonnement culturel et artistique qui modifie et métisse la conception occidentale de l'art contemporain.
L'auteur évoque un peu vite le poids de la pauvreté : quand 40% des Africains vivent avec moins d'un dollar par jour, 49 millions d'enfants, surtout des filles, ne sont pas scolarisés. Il ne fait qu'une brève allusion à l'insuffisance de la législation du travail en Afrique ; aux conflits suscités par la présence chinoise alors que la concurrence des produits asiatiques, l'absence de transfert des technologies comme des compétences fait craindre le retour du néocolonialisme.
Certes, d'autres ouvrages analysent en profondeur la situation de l'Afrique subsaharienne aujourd'hui. Néanmoins, si ce témoignage peine à convaincre, il vaut par sa sincérité. Aucune fatalité ne pèse sur le Continent Noir et l'auteur, passionné d'Afrique, espère nous en persuader; la préface de De Klerk confère à l'ensemble sa crédibilité.
D'autres voix encore devront se faire entendre pour transformer le regard occidental sur l'Afrique car, hélas, « il est plus facile de désintégrer l'atome que de vaincre un préjugé » (Einstein).

Matthias LERIDON : L'Afrique va bien. 10 chapitres à l'usage de ceux qui disent que l'Afrique ne s'en sortira jamais… Nouveaux Débats Publics, 2010, 203 pages.

Tag(s) : #SCIENCES SOCIALES, #AFRIQUE