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1596 - Les Hollandais débarquent à Java
L'odyssée d'un Congolais, du Rwanda en France
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Le fin du fin sur l'historiographie
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• Histoires de tableaux
À table les mangeurs !
Dedans et Dehors
Alors que les médias font des bandes un "vrai sujet " de société, M.Mohammed, sociologue et chercheur, interroge leur
formation, leur fonctionnement, leur relation au voisinage. Des blousons noirs aux loubards, zoulous et noirs en blouson, les bandes perdurent et évoluent selon le contexte
socio-économique et politique français. "Regroupements juvéniles informels, durables dans une dynamique transgressive et un rapport conflictuel à leur environnement", elles effraient et
menacent la cohésion sociale ; mais elles compensent aussi les nombreuses frustrations de bien des adolescents et répondent à leur désir d'accomplissement personnel, même si leur engagement
n'y est que temporaire : au-delà de vingt ans la majorité des "grands frères" quitte la bande et passe le relais aux plus jeunes. Après quatre ans d'enquête dans l'Est francilien, M.Mohammed
nous permet de comprendre ce qui attire ces jeunes vers les bandes. Tout dépend des interactions entre la famille, l'école et la rue, dans un contexte socio-économique précaire et des lieux
d'habitat dégradés. Selon l'auteur, l'échec scolaire et l'injustice sociale pèsent beaucoup plus que l'actuelle obsession ethnico-raciale.
Les garçons, de 14 à 23 ans, intégrés dans une bande sont tous en situation de décrochage scolaire depuis le CE2 ou le début de la 6°. Frappé par le chômage, leur milieu familial, en grande précarité économique se trouve socialement disqualifié. De plus, des fratries nombreuses et la promiscuité des logements réduisent le dialogue avec les parents : délégitimés par leur position sociale vécue dans la honte, ils ne parviennent plus à faire autorité ; il en résulte une ambiance familiale "claquée", mauvaise, qui pousse les adolescents à se réfugier en bas des cités, avec leurs pairs, partageant le même sentiment de rancoeur, le même désir de vengeance qui s'exprime à travers l'agressivité de la bande. Ses atouts résultent de la perte d'emprise de la famille et de l'école : en en transgressant les normes, la bande donne à ces jeunes le sentiment d'exister et compense leur manque de reconnaissance et de protection.
Les garçons rejoignent par cooptation la bande du quartier, leur territoire, leur lieu d'intégration ; les "dévoués" s'engagent durablement dans les activités déviantes, les "passants" restent plus distants. Mais tous "montent des plans" — vols, déprédations, affrontements avec les autres bandes ou les forces de l'ordre : car tous ont besoin de cette opposition physique qui soude la bande et entretient sa cohésion interne. La déviance et la criminalité ne constituent pas son objectif, comme on le croit souvent. L'enjeu, c'est de fournir à chaque adolescent l'occasion, en participant à ces actions transgressives, de faire parler de lui, d'acquérir reconnaissance, réputation et estime de soi.
Ces jeunes ne sont pas sans coeur ; ils ne condamnent pas leurs parents qu'ils estiment victimes de la fatalité d'un destin précaire imposé. Ils s'entraident et nouent des liens d'amitié que la culture du bizness de la drogue tend, certes, à éroder depuis dix ans. Les dealers, souvent d'anciens émeutiers de la bande, y encouragent les plus jeunes. Le trafic de stupéfiants permet d'accéder à la consommation, de sortir la famille de l'insolvabilité, d'afficher une réussite sociale, d'avoir du poids dans le quartier ; "entuber l'État" c'est être quelqu'un ; "réussir en embrouille" c'est être performant.
" Se faire un flic", régler son compte à une bande rivale permet à chaque groupe de se faire voir. Or, selon M.Mohammed, la surexposition médiatique et sensationnaliste des méfaits des bandes, la théâtralisation des interventions policières renforcent ces groupes d'appartenance en servant leur désir de réputation. Il déplore, en outre, l'effet pervers du durcissement pénal mis en place depuis les années 90 : auparavant la politique de la ville développait la surveillance des bandes, l'accompagnement socio-éducatif et incarcérait peu. Désormais,avec le "plan anti-bandes" de 2010 par exemple, on augmente la pression policière et judiciaire pour rendre les bandes tolérables ; mais ces mesures sécuritaires n'éradiquent en rien les problèmes sociaux qui en sous-tendent la formation ; M.Mohammed dénonce également l'absence de réelle volonté politique de lutter contre l'échec scolaire.
• Cet ouvrage devrait changer le regard sur les bandes en permettant de mieux les comprendre.
Marwan MOHAMMED - La formation des bandes. Entre la famille, l'école et la rue. PUF, coll. Le Lien social, 2011, 453 pages.
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