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Souvent, un atlas historique déçoit celui qui le consulte : période, échelle, légende ou lisibilité ne convenant pas. Rien de tel avec cet ouvrage très réussi et plein de ressources, et dont les sources rendent hommage à de nombreux chercheurs français et étrangers dont les travaux sont rarement très accessibles.Dorigny-Atlas.jpg

Avec le cartographe Fabrice Le Goff, les historiens Marcel Dorigny et Bernard Gainot —déjà connus pour leur ouvrage sur "La Société des amis des Noirs (1788-1799)"— ont conçu ce fascinant "Atlas" où l'histoire des esclavages s'élargit « aux traites, sociétés coloniales, abolitions de l'Antiquité à nos jours.» L'ouvrage est divisé ainsi : les esclavages avant les grandes découvertes, les traites légales (XVI-XIXe siècle), les sociétés esclavagistes (XVII-XIXe siècle), les abolitions (fin XVIII-fin XIXe siècle).  Les définitions nécessaires sont données en introduction et l'ouvrage se conclut sur les formes actuelles de l'esclavage. Les esclaves se retrouvent dans la domesticité mais aussi sur les plantations, dans les mines, sans oublier les galères de Méditerranée...

Avec ce système de cartes et de graphiques qu'accompagnent de courts textes explicatifs comment ne pas avoir l'impression tout bonnement de redécouvrir un sujet que l'on croyait connaître ? Même les aspects les mieux connus de la traite atlantique sont donnés à voir comme s'ils n'étaient que nouveautés : des graphiques donnent à voir que dans "le rythme de la traite" le XVIIIe siècle n'est pas tout : le pic se situe juste avant 1800 pour les expéditions parties de Liverpool, mais entre 1820 et 1850 les esclaves acheminés au Brésil. Les routes de l'esclavage parcourent l'Atlantique —depuis que les Espagnols occupèrent les Canaries en 1344—, traversent le Sahel vers l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, parcourent l'océan Indien entre Zanzibar, Madagascar et les Mascareignes, sans oublier des trafics en Europe, de Novgorod à Syracuse - au XIIe siècle par exemple (page 12). Une juste place est faite aux sites de la traite, avec le plan du Fort de Cape Coast, aux cartes des royaumes africains comme le Mwene Mutapa —le Monomotapa de Voltaire— ou ceux qui sont proches du golfe de Guinée et dont les guerres sont pouvoyeuses d'esclaves, aux sucreries des Antilles, aux sociétés coloniales. On peut rapprocher les cartes des révoltes aux Antilles (pages 45 et 52) dans un temps long allant du XVIe au XIXe siècle à celle des abolitions dans un temps plus ramassé de 1822 à 1886 — sans oublier Saint-Domingue en 1793.

Parmi tant de documents surprenants, certains sont plus surprenants encore qu'il s'agisse de la carte des références à l'abolition de l'esclavage dans les cahiers de doléances en 1789, ou la répartition des Noirs dans les quartiers de New-York en 1737 ou de Paris en 1777 et même de la France entière en 1807. Le cas de Saint-Domingue est particulièrement bien étudié avec des cartes des opérations militaires (pages 54-57). Les révoltes des esclaves des plantations des Antilles, et le marronnage, avaient connu des précédents : en Irak au IXe siècle avec les Zendj soulevés contre les califes abassides, en Sicile cent ans avant notre ère puis en Italie avec celui qui reste comme la figure fondatrice de la longue histoire de la révolte des esclaves : Spartacus.

Marcel Dorigny et Bernard Gainot : Atlas des esclavages. Editions Autrement, 2010, 80 pages.

 

Tag(s) : #TRAITE, #ESCLAVAGE & COLONISATION