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La France des années trente, une petite ville de province. À la sortie des classes, Antoine aymé-sourdineRigault, douze ans, s’amuse avec ses camarades. Le récit les retrouvera régulièrement jusqu'à son terme.

 

Comme à l'accoutumée, Marcel Aymé nous offre une galerie de personnages pittoresques qui donnent du véridique à son roman. Outre les écoliers, il y a les bourgeois qui habitent la ville haute et sur lesquels il y a beaucoup à dire, les policiers dont le gros Maillard est le plus actif, et « la racaille de la Malleboine » dans les bas quartiers. La Sourdine y sort au grand jour, sous la fenêtre des filles à Tétère, issue d’une sorte de canal souterrain d’où provient un mystérieux bruit de moulin hydraulique. Nos jeunes héros projettent une expédition pour tirer au clair tout cela, mais le brigadier Maillard ne leur en laissera pas le temps.

 

Les notables locaux sont préoccupés. Suite au décès du député radical de la circonscription, le maire Philippon et ses conseillers recherchent la meilleure candidature pour conserver le siège. La crise économique rend incertain le sort de l’usine TDC, à moins que le père Butillat ne lui vende son terrain adjacent, nécessaire au regroupement sur un seul site d’activités industrielles frappées par la dépression. Pendant ce temps, Me Marguet assassine sauvagement Charlotte, sa jeune bonne, et prend des photographies de son crime, mais en cette époque argentique à qui peut-il faire confiance pour lui en faire des tirages avec discrétion ? Par la suite, il reçoit une lettre anonyme qu'il montrera à son ami le juge d'instruction :

 

«  Mon assassin chéri. – Sois tranquille, ce n’est pas moi qui te vendrai à la police. J’ai lu tous les livres de Marcel Proust , et ce que je voudrais, c’est égorger toute ma famille pour m’asseoir dans ses entrailles. Mais quand on occupe un certain rang, il faut renoncer à bien des choses. Pourtant, toi, tu n’as pas eu peur. Si tu savais comme je t’envie et comme je voudrais être, moi aussi, une sale crapule toute dégoûtante de sang, etc.»

 

Un pauvre type, Troussequin, lui qui jadis lutinait les filles à Tétère, est déjà sous les verrous. Est-ce qu’un notable tel que le notaire pourrait être considéré mieux que lui comme le coupable ? Le maire est sûr que non. Le commissaire de police et le juge d’instruction sont hésitants. Pourtant une chose est certaine : le  crime a été commis à dix-sept heures, et à cent mètres de là, sur la tour du clocher, Antoine a reconnu le notaire à la fenêtre de l’étage des bonnes… Mais qui peut croire le témoignage d’un gamin ?

 

Le crime ne fait pas le polar. Il donne de l’ampleur à la satire de la bourgeoisie provinciale plus soucieuse de ses intérêts particuliers que de justice. Surtout, ce roman de Marcel Aymé continuera à séduire les amateurs d’atmosphère… désuète.


Marcel AYMÉ
Le Moulin de la Sourdine
Gallimard, 1936, 254 pages (Livre de Poche).

 


 

Tag(s) : #LITTERATURE FRANÇAISE