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"LE" volcan ? Non. Il y en a deux dans ce roman. Popocatepetl (5426 m.) et Ixtaccihuatl (5286 m.) : "la montagne qui fume" et "la femme blanche" en nahuatl. La légende raconte 

que lorsque le guerrier Popoca  partit au combat, la princesse Mixtli se donna la mort, pensant ne plus revoir son aimé… Avec ces volcans à l'horizon, Quauhnahuac, cadre de ce roman, est présentée comme une cité touristique, verdoyante et réputée, au sud de la capitale fédérale, mais le lecteur y découvre la proximité du Jardin d'Eden et de l'Enfer. Le Consul aura-t-il le choix entre  les deux ? Je n'évoquerai pas la dimension autobiographique de l'œuvre.

 Paru en 1947, "Under the volcano" comprend quatre personnages principaux. Yvonne, une actrice de Hollywood — de ce temps où les films américains en noir et blanc osaient un travelling du  côté d'Acapulco — chargée de valises décorées d'étiquettes d'hôtels de luxe. Le Consul britannique, Geoffrey Firmin, qui vient de divorcer de l'actrice et qui reste lié à l'alcoolisme. Hugh, le jeune demi-frère du Consul, guitariste, marin et journaliste, concerné par les combats en cours en Espagne — nous sommes en novembre 1938. Et puis un ami français du Consul, Jacques Laruelle, qui prolonge son séjour à Quauhnahuac jusqu'au Jour des Morts de l'année suivante, et qui, parce que la guerre a été déclarée, s'apprête à repartir vers l'Europe. Tous trois, sont, ou ont été amoureux d'Yvonne. Elle a quitté le Mexique un an plus tôt, laissant le Consul s'enfoncer irrémédiablement dans l'alcool, tequila et mezcal. Lorsqu'elle revient tenter d'arracher le Consul à sa chute, à sa descente aux enfers — en une inversion du mythe d'Orphée et Eurydice — la belle Yvonne n'aura pas plus de réussite que les deux autres  personnages.

 Sous le volcan c'est la chambre magmatique : la lave s'y accumule en attente de l'éruption… Mais laissons l'image géologique trop facile pour une autre, plus essentielle : la descente aux enfers. Celle-ci est inscrite dans le cadre d'une seule journée. Le Consul salue son voisin, croise un serpent dangereux près du Jardin protégé par une inscription menaçante, salue le retour d'Yvonne mais, rendu impuissant par l'alcool, il recule devant la reprise de leur relation amoureuse. Yvonne et Hugh font une excursion à cheval et découvrent des ruines du temps de Maximilien. Tous se retrouvent chez Laruelle et vont à la fête foraine. Puis sans lui, ils prennent l'autocar pour se rendre à une sorte de corrida. De retour à Quauhnahuac, le Consul leur échappe. Hugh et Yvonne partent à sa recherche, tous partageant un sentiment de culpabilité qui sera encore celui de Laruelle un an après... Derrière ses lunettes noires, le Consul a choisi les ténèbres. 

À résumer simplement quelques étapes de cette funeste journée, on ne peut faire comprendre les pièges qui guetteraient un lecteur persuadé que l'histoire se limite à une banale affaire de déchéance alcoolique. Les événements qui remplissent cette journée sont en effet submergés par des signes, par des réminiscences et des émotions, par des références littéraires, par le delirium tremens de Geoffrey, par des morceaux de monologue intérieur — puissante caractéristique de cette œuvre. Il faut tenter d'organiser ces signes par-delà les thématiques qui se croisent ou se chevauchent : les coutumes mexicaines et les chants de la guerre d'Espagne, les hôtels et débits de boisson — cantinas — que fréquente Geoffrey, les dangereux paramilitaires qu'on croise sur une route et dont le repaire est justement l'une de ses cantinas préférées, l'ésotérisme étonnamment présent dans sa bibliothèque, les courriers à Yvonne qu'il n'a pas postés et ceux qu'il n'a pas lus… Il y a abondance de signes — réels ? imaginaires ? — qui semblent renvoyer à des récits cachés : les affiches pour un film, le cheval marqué au fer rouge du chiffre 7, la roue de la fête foraine, les têtes de mort en chocolat, etc...  Jusqu'à atteindre parfois un sentiment de trop plein… Aussi peut-on comprendre que cet envoûtant roman-culte soit précédé d'une réputation d'œuvre difficile qui réclame du lecteur une attention supérieure.

Malcolm LOWRY.  Sous le Volcan. Traduit par Jacques Darras, Grasset, 1987, 447 pages.

 • Pour plus d'explications sur les difficultés de cette œuvre, voir l'article de Judith Sarfati Lanter. "Under the Volcano": excès de sens ou "idiotie du réel" ?

 

Tag(s) : #LITTERATURE ANGLAISE, #MEXIQUE