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Heureux ? C'est beaucoup dire ! Sous le tropique, la vie est triste aussi. Les personnages de cette œuvre qui ne porte pas d'indication, ni roman ni nouvelles, appartiennent au milieu rural — le village de Rodeiro— et à de petites villes duRuffato-Des_gens_heureux.jpeg Minas Gerais, telle Cataguases, non loin de Rio. L'auteur a disposé ses créatures en quelques liens familiaux :  « Sur les bords du chemin, les cahutes défilent, ici habitait Orlando Spinelli; là, la fazenda des Bicio; plus loin, les Finetto ; au détour d'une colline, les pacages Benvenuti...» On imagine des ancêtres débarqués d'Italie, mais d'autres sont venus d'Espagne, ou d'Allemagne. Une grand-mère ne comprend plus ses petits-enfants : ne connaissant que le castillan, elle ne communique plus avec eux, scolarisés en portugais. Mais l'ambition de Luiz Ruffato vise plus essentiellement à montrer la misère économique et psychologique de beaucoup de ces gens. La mort est très présente : fins de vie douloureuses, sous la contrainte de la solitude, de la folie ou d'un cancer.

En choisissant cet "anti-titre" l'auteur ne s'est pas enfermé dans un banal réalisme social platement dessiné. L'écriture se fait imaginative pour intriguer le lecteur, pour qu'il ne se contente pas de s'apitoyer en voyeur de cet échantillon d'humanité souffrante. Dans la nouvelle intitulée "Aquarium", après un deuil, Carlos —qui a vécu un mariage malheureux— emmène sa vieille mère revoir l'océan ; il en résulte un voyage de Cataguases à Guarapari, huit heures de voiture, un itinéraire précis et minuté, au cours du duquel la conversation s'organise mais aussi, avec des changements typographiques, des fragments de monologue intérieur et des flashes mémoriels.

Présentés en mélangeant la chronologie, "Rituel", "Fin" et "Embuscade" sont des récits apparentés avec Orlando, le maître, et Badeco, le jeune domestique noir qu'il a adopté. Sobre toute la semaine, le fermier s'adonne chaque dimanche au billard et à la boisson, la cachaça, dans une auberge du village. La boisson lui monte à la tête. La bagarre survient comme une fatalité. « La bande de ritals sortit dans la rue, trouvant tout çà très drôle.» L'aventure finit mal. Badeco est soupçonné. Il prend la fuite. Fin ouverte encore avec "Le secret" où le Professeur qui a rompu depuis longtemps avec sa famille imagine ses obsèques, hésitant entre Bach et Beethoven, imagine sa condamnation à mort ou imagine qu'il paie quelqu'un pour le tuer — à moins que l'épisode soit réel.

Bref, des histoires très enracinées, illustrées de couleur locale, avec une foule de personnages et un narrateur qui cherche à la fois à être novateur et à ne pas ennuyer ses lecteurs. Et parfois ces mini-drames ne manquent pas d'humour !

Luis RUFFATO : Des gens heureux. Traduit par Jacques Thiérot, Métailié, 2007, 2004. Titre original : "Inferno provisorio I: Mamma, son tanto felice".

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