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Djénane Kareh Tager présente dans l'avant-propos sa consœur journaliste soudanaise Lubna Ahmad al-Hussein ; celle-ci a été arrêtée et condamnée au fouet, dans son pays, il y a peu, pour le port d'un pantalon : de là est né son combat contre l'intégrisme islamique qui dévoie l'Islam Lubna-al-Hussein.jpgpour en faire un instrument de domination, des femmes en particulier, ainsi qu'elle le prouve dans son ouvrage. Depuis des siècles, théologiens et juristes manipulent la parole d'Allah dans leurs hadiths —ces commentaires des dits du Prophète dont le Coran ne fait nulle mention. Ces textes ont plus d'importance, pour bien des croyants, que les versets coraniques et les librairies islamiques en regorgent. Lubna démontre que ces hadiths sont souvent pure invention et exhorte les musulmans à lire le Coran.

• Comme dans la Bible, Allah a dicté au Prophète des limites —des "houdoud"— fixant la ligne générale d'une conduite juste (ne pas voler ni tuer, ne pas pratiquer l'adultère, se soucier de son prochain), mais sans impératifs de châtiment ni aucune loi terrestre ; c'est pourquoi le Coran contient peu de versets à vocation juridique. Donc, pour fonder la jurisprudence islamique, les juristes ont inventé des hadiths. Mohammed a toujours interdit à ses compagnons d'écrire ses dires : "que celui qui a écrit les paroles que j'ai prononcées, à part le Coran, les efface". Après sa mort, Muslim, Boukhari et d'autres les ont cependant consignées, de mémoire, par transmission orale. Ces textes parfois se contredisent, selon qu'ils émanent de théologiens sunnites ou chiites, en Turquie ou en Arabie Saoudite : ainsi, le port du pantalon est-il interdit aux soudanaises mais imposé aux iraniennes... Comment croire que ces hadiths reflètent la parole d'Allah? C'est blasphémer que de les lui imputer , c'est porter atteinte à Sa dignité.

• Les femmes constituent la principale cible des juristes intégristes violemment machistes ; or Allah n'a jamais ordonné de les frapper — le Prophète n'a jamais battu ses épouses — ni de les lapider ; même en cas de fornication, péché grave dans toutes les religions, le Livre dit : "quiconque se repent après son tort et se réforme, Allah accepte son repentir. Car Allah est celui qui pardonne". Et on peut y lire que le mariage est un contrat d'association n'imposant nullement à la femme obéïssance à son conjoint. Allah a dit : "Le Paradis est sous les pieds des mères" et les intégristes ont traduit "le Paradis est sous les pieds de vos époux". D'autres exemples révèlent la substitution de mots arabes :  au début du verset de la sourate des femmes, les théologiens ont décrété qu'il fallait comprendre "les hommes ont autorité sur les femmes"; or, autorité se dit "kawwamoun" —racine "kama": se mettre debout. Les intégristes l'ont remplacé par "kayyamoun" — racine "kayyem": le tuteur, celui qui a autorité : ainsi ont-ils déformé la parole divine qui enseigne que "l'homme doit être debout à côté de la femme", donc la protéger.

• De même, le Coran n'édicte aucune contrainte vestimentaire féminine. D'ailleurs, rappelle Lubna, jusqu'aux années 80, niqhab et hijab n'avaient pas cours ; seul le foulard couvrait la tête, distinguant l'épouse de l'esclave. Et lors du pèlerinage à La Mecque, interdiction est faite aux femmes de voiler leur visage. Par nécessité économique les femmes avaient le droit de travailler —ce que le Coran n'interdit pas. Et jamais la mixité ne posait problème.

• Il est clair que ce détournement de la parole divine constitue toujours un moyen de terroriser le peuple, soi-disant au nom d'un Dieu vengeur ; en réalité pour servir les intérêts des hommes de religion et asseoir l'emprise des dirigeants politiques. C'est aujourd'hui leur propre haine que les islamistes distillent, écrit Lubna Ahmad al-Hussein, en prétendant imposer le retour à un Islam des origines. Or on ne peut retourner en arrière ;  ce qui indigne l'auteur c'est que des femmes musulmanes éduquées acceptent d'être battues, et qu'aucun théologien ne démasque publiquement les supercheries de ces hadiths : elle s'en charge donc car "c'est la charia des hommes, non celle d'Allah".

• C'est un livre courageux où Lubna rejoint la position de N.Khouri-Dagher dans "L'Islam moderne" publié voici deux ans (voir sur Wodka): ces deux journalistes contribuent à propager la résistance à l'intégrisme islamique qui détourne les musulmans du Coran, seul pilier de leur foi.

Lubna Ahmad al-Hussein avec Djénane Kareh Tager  -  Suis-je maudite ? La femme, la charia et le coran. Plon, 2011, 170 pages.

 

 

Tag(s) : #MONDE ARABE, #FEMINISME